Ceux qui se sont promenés ce week-end à Liège ont pu admirer la façade de l’opéra restaurée, libre enfin de ses échafaudages. Qu’elle est belle! Le soleil et le ciel bleu s’étaient invités, de bonne augure pour la suite.
Lors de ma visite du mois de mai, j’avoue que j’angoissais en voyant tout ce qui restait à faire à l’intérieur… Échafaudages en tous sens, gravats, câbles pendants, on avait peine à imaginer que tout serait prêt 4 mois plus tard! Eh bien, les choses avancent à grands pas! Ouf…
Les couloirs et le plafond du foyer en ce début juillet.
Le foyer qui, comme on vous l’explique, a donné bien du fil à retordre…
Et la salle, la salle ! pas vraiment plus simple !
Travail sur les dorures et la restauration des toiles du plafond…
Tous ces savoir-faire aboutiront à la renaissance de la salle, une salle où nous vivrons des moments musicaux fabuleux. Merci à tous ces artisans artistes tellement passionnés!
Mais oui, la salle, on veut la voir!
Faisons un grand « chuuuutttt » comme aux championnats d’Europe et alors, et alors…
La voilà, toute dernière photo de début juillet!
Waouh, mais ça donne envie! Vivement le 19 septembre, encore une grande date pour la Cité ardente!
Il est des choses anglaises absolument délicieuses. Uniques et révolutionnaires.
L’endroit où je vous emmène est de celles-là. Imaginez la verte campagne du Sussex entre vaches et moutons.
Se cache ici un des plus vieux festivals. On y vient de Londres en train puis en car, tenue élégante de rigueur et champagne obligatoire, mais on emporte son nécessaire de pique-nique : plaids, chaises pliantes, paniers d’osier…
Incredible, isn’it? Comme je vous le dis! GLYNDEBOURNE, c’est là, cela ne peut être que là…
Le festival de Glyndebourne est né de la volonté d’un homme, John Christie. Mélomane et propriétaire d’une fabrique d’orgues, il part en voyage de noces en 1930 à Bayreuth et à Salzbourg et en revient avec l’idée de faire de sa propriété un lieu de festival. Un petit théâtre est construit attenant à la résidence qu’il possède à Glyndebourne. Il y engage le metteur en scène Carl Ebert et le chef Fritz Busch qui avaient fui l’Allemagne nazie. La première: le 28 mai 1934. Interruption pendant les années de guerre. Il renaît en 1946 et depuis se taille une réputation internationale. De Mozart comme point de départ, la programmation s’est diversifiée jusqu’à aborder Wagner en 2003.
En 1992, l’ancien théâtre ferma et la construction d’une nouvelle salle de mille deux cents places commença. Elle ouvrit en 1994.
Au-delà de l’excellence des productions de ce festival, c’est le cheminement vers ce lieu improbable qui enchante. Un joli film de 1956 vous explique l’odyssée…
Celle d’aujourd’hui filmée avec un Iphone…
Et ce documentaire vous retraçant une si belle aventure musicale! Sorry, only in english without subtitles, a good opportunity to revise it again…
Un festival d’une vitalité et d’une versatilité merveilleuses, qui accueille tout au long de son histoire les plus grands chanteurs, les musiciens les plus célèbres, des metteurs en scène et designers réputés. Comme d’autres maisons d’opéras, il s’est tourné vers la projection en direct des spectacles dans les cinémas anglais. Les CD et DVD permettent aussi d’immortaliser ces spectacles de très haute qualité. On en trouve sur le Net des centaines d’extraits plus beaux les uns que les autres. Ne vous privez pas!
Et puis un lien incontournable où vous trouverez des trésors anciens et à venir: www.glyndebourne.com
Je vous conseille d’aller faire un tour à la boutique (shop) : des cadeaux so british!
Glyndebourne est bien l’ancêtre de tous ces festivals d’été, où l’on peut goûter la musique et le théâtre sans le stress de la vie quotidienne, une parenthèse enchantée.
Il existe chez nous des tas de manifestations d’été d’excellente tenue artistique. Le festival de Wallonie avec ses diverses villes qui ont chacune leurs spécificités musicales, le Printemps de Valdieu, les Musicales de Beloeil où la tradition du pique-nique a été reprise. Alors, ne nous en privons pas d’autant que les prix sont très démocratiques, que le public s’y rend en toute décontraction vestimentaire et que les après-spectacles sont des plus conviviaux. Une excellente façon d’aborder la musique classique et de commencer à l’aimer, un plaisir pour la vie!
Et puis si votre bourse le permet, cap to The Glyndebourne Experience! Assurément mémorable.
C’est parti pour de vrai ! Après un début de deuxième journée de folie à Liège, la première étape en ligne du Tour a démarré. Énorme satisfaction générale, tout le monde louant unanimement le professionnalisme et la chaleur de l’accueil : plus de 300.000 personnes hier tout le long du parcours du prologue et ce matin, un village du Tour gorgé de visiteurs. Le temps météorologique était de la partie et il faut dire que la Province de Liège avait mis le paquet en terme de promotion. Voyez donc avec quel Thalys je suis rentrée il y a un mois… Quelle fière allure il avait en gare de Paris-Nord ! Je n’ai pas pu résister de le photographier « sous toutes ses coutures » avant de monter à bord.
Maintenant le peloton des coureurs est le meilleur ambassadeur de notre si belle région: routes ondulant au gré des collines, vallées aux rivières fraîches, forêts somptueuses et toujours cette ambiance chaleureuse au bord de la route. Bravo à la RTBF d’avoir couvert cet événement depuis tôt ce matin avec notamment comme invité un Jean-Mi Saive vraiment à son affaire.
Pourvu que tous ces efforts déployés avec générosité et cette convivialité naturelle nous permettent de gagner la timbale pour l’Expo 2017 ! Ce serait alors une fête somptueuse pendant 3 mois. Comme j’aimerais vivre ça!
Mais auparavant, Liège sera aussi à l’honneur en 2014, centenaire de la Première Guerre Mondiale. Première ville attaquée qui résista autant qu’elle le put pour permettre à la France d’organiser la défense de Paris. Cela lui valut la Légion d’Honneur, la première ville à la recevoir. Vous comprenez pourquoi le 14 juillet est si bien fêté chez nous et pourquoi les Liégeois ont considéré la fermeture du Consulat et la vente du bâtiment par Nicolas Sarkozy comme une véritable insulte ! Ouftî, dirait Tchantchès d’amon nos autres…
Liège est décorée de la Légion d’honneur
Du Journal officiel (8 août 1914) Paris, le 7 août 1914
Monsieur le President,
Au moment où l’Allemagne, violant délibérément la neutralité de la Belgique, reconnue par les traités, n’a pas hésité à envahir le territoire belge, la ville de Liège, appelée, la première, à subir le contact des troupes allemandes, vient de réussir, dans une lutte aussi inégale qu’héroïque, à tenir en échec l’armée de l’envahisseur.
Ce splendide fait d’armes constitue, pour la Belgique et pour la ville de Liège en particulier, un titre impérissable de gloire dont il convient que le gouvernement de la République perpétue le souvenir mémorable en conférant à la ville de Liège la croix de la Légion d’honneur.
J’ai, en conséquence, l’honneur de vous prier de vouloir bien revêtir de votre signature le projet de décret ci-joint, approuvé par le Conseil de l’Ordre de la Légion d’honneur et décidant que la croix de la Légion d’honneur est conférée à la ville de Liège.
Le ministre des Affaires étrangères, Gaston Doumergue. Le President de la Republique Française
Sur la Proposition du Ministre des Affaires étrangères
DECRETE:
Article Premier. — La croix de chevalier de la Légion d’honneur est conférée à la ville de Liège.
ART. 2. — Le ministre des Affaires étrangères et le grand chancelier de l’Ordre sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l’exécution du présent décret.
Fait à Paris, le 7 août 1914.
Par le président de la République. R. Poincaré
Le ministre des Affaires étrangères Gaston Doumergue
Pas finies pour autant, les émotions! Ce soir, c’est la finale de l’Euro. On aura de toutes façons droit à un concert de klaxons que ce soit l’une ou l’autre équipe qui gagne, il y a tant d’Italiens et d’Espagnols parmi nous! Chaude, l’ambiance dans le Carré!
Le foot, j’adore! J’y ai un peu joué avec les garçons du quartier. À mon époque, les équipes de filles étaient inconcevables, pauvres petites créatures fragiles !
Nous collectionnions, mon frère et moi, les images Panini. Juste ça, car les parents n’étaient pas du tout portés sport et on n’avait pas la télé! Mon premier grand émoi footballistique, ce fut de voir l’équipe d’Allemagne début des années 70 avec un système de passes précises et efficaces. Puis dans les années 80, les superbes exploits de l’équipe belge, notamment à Mexico. Tout cela en noir et blanc, puis en couleurs avec des joueurs qui, sur l’écran, couraient plus vite que leurs maillots!
Pour ce soir, mon coeur balance. J’aime immensément ces deux pays mais j’ai un petit penchant pour l’équipe d’Italie, tout en sachant que si elle gagne, cela fera beaucoup de peine à un grand ami! Mais elle a fait preuve d’une incroyable vitalité devant l’Angleterre et d’une merveilleuse créativité face à une Allemagne tétanisée devant ces démons bondissants et jamais rassasiés. Les Espagnols, au fil des matches, m’ont semblé plus stéréotypés dans leur système de passes à l’infini.
Qu’importe, voilà une finale inédite, et c’est génial pour un des sports les plus riches du monde dans lequel tout semble formaté par le rendement financier des joueurs. Ainsi il peut encore y avoir « la glorieuse incertitude du sport » malgré les pétrodollars du Qatar!
Voulez-vous qu’on réconcilie ces deux grandes équipes grâce à des fondus de foot un peu spéciaux qui ont déchaîné les passions pendant plusieurs Coupes du monde? Ils sont italien (1-Pavarotti) et espagnols (2- Carreras-Domingo) – aïe! pas ce score!
C’était un soir de la Coupe du Monde de 1990 aux Thermes de Caracalla à Rome et la légende des 3 Ténors prit son envol… Chanté en italien, sous-titré en espagnol, parité tenue!
Et maintenant, que le meilleur gagne ! Andiamo, vamos!
Enfin une journée agréable, il est plus de 20 heures ce 30 juin, et pas encore une goutte de pluie! Alors, on pense irrésistiblement au sud et on a soif…
Soif de soleil, con qualche parola d’Italia
Et Milos, un beau gosse du Montenegro qui, à la guitare, nous parle de l’Espagne mais pas seulement, de musique méditerranéenne, donc métissée, latino, un trésor… Milos, une odyssée à lui tout seul et qui, ce matin, a fait le buzz au festival Musiq3 à Flagey avec des variations de Bach!
Libertango de Piazzolla, que du bonheur, mucho caliente !
Le hasard (non, pas le footballeur) tout de même! Il y a quelques jours, nous conversions par courriel, ma cousine québécoise et moi, de l’orthographe française. Longtemps barrière de classe sociale, aujourd’hui système de sélection à l’emploi bien injuste quand on voit le peu de temps consacré durant les études secondaires notamment à cette matière. Les enfants en demandent, conscients de leurs lacunes ; les profs voudraient les aider, les inspecteurs dans leur tour d’ivoire les sanctionnent s’ils osent prononcer le mot « dictée ». Tabou de tabou!
Professeur de français, je vais paraître iconoclaste aux yeux de certains en disant que l’orthographe n’est pas ma priorité essentielle. Que l’on sache faire les accords basiques, que l’on connaisse les principaux homophones grammaticaux, que l’on ait assez de vocabulaire pour ne pas confondre les mots homonymes les plus fréquents, et basta :une orthographe honnête avec le réflexe du dico en cas de gros pépin!
Mais j’avoue que les commentaires laissés sur certains blogs m’énervent. Cette façon d’écrire n’importe comment, à peine phonétiquement, m’apparaît comme un manque de respect à votre lecteur potentiel. Il fait l’effort de vous lire, faites donc l’effort de vous exprimer le mieux possible!
Comme je le disais à ma cousine, l’orthographe ne fait pas le style ; la grammaire, oui. Les grands auteurs d’aujourd’hui ont des relecteurs et des correcteurs pour traquer la bêbête qui fâche!
Mais oui, l’orthographe française est aussi un merveilleux jeu de l’esprit que l’on peut pratiquer avec plaisir comme un bon sudoku ou des mots-croisés.
La preuve : Jean-Marc Onkelinx et Jean-Pierre Rousseau se sont passé le mot pour nous créditer de dictées gratinées.
Le texte de Jean-Marc Onkelinx:
« Monsieur Lamère a épousé Mademoiselle Lepère. De ce mariage, est né un fils aux yeux pers. Monsieur est le père, Madame est la mère. Les deux font la paire.
Le père, quoique père, est resté Lamère, mais la mère, avant d’être Lamère était Lepère. Le père est donc le père sans être Lepère, puisqu’il est Lamère et la mère est Lamère, bien que née Lepère.
Aucun d’eux n’est maire. N’étant ni le maire ni la mère, le père ne commet donc pas d’impair en signant Lamère.
Le fils aux yeux pers de Lepère deviendra maire. Il sera le maire Lamère, aux yeux pers, fils de Monsieur Lamère, son père, et de Madame Lepère, sa mère.
La mère du maire meurt et Lamère, père du maire, la perd. Aux obsèques, le père de la mère du maire, le grand-père Lepère, vient du bord de mer, et marche de pair avec le maire Lamère, son petit-fils.
Les amis du maire, venus pour la mère, cherchent les Lamère, ne trouvent que le maire et Lepère, père de la mère du maire, venu de la mer, … et chacun s’y perd ! »
Celui de Jean-Pierre Rousseau, en réponse:
“Camille Saint-Saëns ne m’aurait pas reproché d’évoquer ses cinq cents visites recensées sur l’île de Sein. Toujours ceint d’un épais cachemire, le compositeur, qui n’était pas un saint, aimait y admirer ce tableau de Zurbaran, acquis sous seing privé, représentant Sainte-Agathe et ses deux seins coupés. L’essaim d’abeilles qui laissait les saints seins à l’abri des usures du temps produisait un miel sain comme le lait du sein maternel. Et Saint-Saëns de s’écrier : je ne sais si ces cinq seins sont saints, mais je sais que mes cinq sens sont sains.”
Ah, arrachons-nous les cheveux à de telles lectures ! Ou alors bénissons notre langue d’être si belle dans sa complexité.
Mais grand dieu, ne culpabilisons pas les « mauvais en orthographe ». Leurs difficultés résultent souvent de vrais handicaps et deviennent vite une souffrance, une tare lourde à porter. Rien à voir avec ces paresseux du clavier, ces grossiers du Net qui se glorifient d’écrire n’importe comment… et n’importe quoi, souvent rien que des c…!
Trafic d’idées entre Montréal et Liège, un commentaire sur le blog au post « tics de langage horripilants » et deux courriels entre cousines pour partager nos idées à propos de l’orthographe et du pouvoir de certains mots sur notre imaginaire.
Oui, nous avons tous de ces mots qui nous embarquent pour le rêve, un rêve intime, qui n’appartient qu’à nous.
Je tairai les siens, secret de courriel.
Pour ma part, celui qui me vient tout de suite à l’esprit, vous allez rire, c’est un mot d’une banalité…: « vraiment ». Oui, vraiment. Rien de bien poétique, me direz-vous. Un mot qui ne paie pas de mine. D’accord, mais tout dépend de l’intonation, du timbre de la voix et des souvenirs à fleur d’inconscient. Ce mot, que je l’entende ou que je le prononce, me fait fondre à chaque fois… Je ne vous en dirai pas plus!
Il y a de ces noms d’épices, de fleurs, de villes qui sont déjà tout un voyage: Samarkande, Zanzibar, Syracuse…
Mélodie du mot, mystère de ses syllabes, tout est bon pour faire rêver. Voici la grande Colette qui livre une bien belle confidence enfantine.
À huit ans, j’étais curé sur un mur.(…) Le mot « presbytère » venait de tomber, cette année-là, dans mon oreille sensible, et d’y faire des ravages. » C’est certainement le presbytère le plus gai que je connaisse… » avait dit quelqu’un. Loin de moi l’idée de demander à l’un de mes parents : » Qu’est-ce que c’est, un presbytère ? » J’avais recueilli en moi le mot mystérieux, comme brodé d’un relief rêche en son commencement, achevé en une longue et rêveuse syllabe… Enrichie d’un secret et d’un doute, je dormais avec le mot et je l’emportais sur mon mur. « Presbytère ! » Je le jetais, par-dessus le toit du poulailler et le jardin de Miton, vers l’horizon toujours brumeux de Moutiers. Du haut de mon mur, le mot sonnait en anathème : » Allez ! vous êtes tous des presbytères ! » criais-je à des bannis invisibles. Un peu plus tard, le mot perdit de son venin, et je m’avisai que » presbytère » pouvait bien être le nom scientifique du petit escargot rayé jaune et noir… Une imprudence perdit tout, pendant une de ces minutes où une enfant, si grave, si chimérique qu’elle soit, ressemble passagèrement à l’idée que s’en font les grandes personnes… – Maman ! regarde le joli petit presbytère que j’ai trouvé ! – Le joli petit… quoi ? – Le joli petit presb… Je me tus, trop tard. Il me fallut apprendre – » Je me demande si cette enfant a tout son bon sens… » – ce que je tenais tant à ignorer, et appeler » les choses par leur nom… « – Un presbytère, voyons, c’est la maison du curé. – La maison du curé… Alors, M. le curé Millot habite dans un presbytère ? – Naturellement. Ferme ta bouche, respire par le nez… Naturellement, voyons… J’essayai encore de réagir… Je luttai contre l’effraction, je serrai contre moi les lambeaux de mon extravagance, je voulus obliger M. Millot à habiter, le temps qu’il me plairait, dans la coquille vide du petit escargot nommé » presbytère… « – Veux-tu prendre l’habitude de fermer la bouche quand tu ne parles pas ? A quoi penses-tu ? – À rien, maman…
…Et puis je cédai. Je fus lâche, et je composai avec ma déception. Rejetant le débris du petit escargot écrasé, je ramassai le beau mot, je remontai jusqu’à mon étroite terrasse ombragée de vieux lilas, décorée de cailloux polis et de verroteries comme le nid d’une pie voleuse, je la baptisai » Presbytère « , et je me fis curé sur le mur.
COLETTE, » Le curé sur le mur « , La Maison de Claudine, 1922.
Et c’est au tour de Norge, l’immense poète de chez nous:
Sucre candide
Maman, l’hiver, m’en donnait un petit morceau pour la gorge, quand je partais à l’école.
L’instituteur m’apprit un jour qu’on ne dit pas le sucre candide mais sucre candi. Quelle déception! Le lendemain, je doutais du Père Noël et un peu plus tard, je réfléchis à l’existence de Dieu.
(Norge, Le sac à malices)
Et puisque nous avons abordé le rivage des gourmandises, voici un joli texte trouvé sur Internet. L’énoncé des douceurs et autres biscuits vous ravira l’oreille et vous mettra l’eau à la bouche. Et la chute, jolie!
Tante Babette prit une profonde inspiration et, d’un ton exaspéré, me dit :
– Ma petite fille, il va quand même falloir que tu apprennes à faire des choix dans la vie et à les assumer. Alors, pour la huitième et dernière fois, lequel veux-tu ?
– Un cannelé, s’il te plaît Tata.
– Un cannelé, s’il vous plait, monsieur, demanda Tante Babette au marchand.
– Euh, non ! Une amandine, plutôt…
Ma tante me regarda de biais, je sentais sa patience atteindre les confins de la limite autorisée. Je sentis mes sourcils former l’accent circonflexe de la mine désolée.
– Cannelé ou amandine ? s’écria-t-elle.
– Lunettes à la framboise, osai-je à peine chuchoter.
– Ah non ! Cette gamine me rendra complètement jobarde ! Lunettes à la framboise !
Elle s’agenouilla face à moi, me prit les mains dans les siennes et, me fixant d’un air sévère, articula :
– Ca-nneu-lé, a-man-di-neu ou lu-ne-tta-la-fram-boi-seu ?
– Je ne sais pas, prononçai-je avec peine, mes yeux se noyant de larmes. Je voudrais aussi des madeleines et des langues de chat, des florentins et des financiers, des brownies et des calissons, des navettes et des biscuits aux pignons, des…
– STOP !!! Tu as tout gagné, on s’en va !
Je lançai au marchand un regard désespéré et contrit. Nous nous dirigeâmes vers la sortie de la petite biscuiterie, lorsqu’il héla ma tante :
– Attendez, madame ! Elle est bien mignonne, cette pitchounette ! Tiens, je ne supporte pas de voir une jolie petite fille pleurer comme cela.
Il me tendit un sachet dans lequel se trouvait un bon échantillon de tout ce que l’on pouvait trouver dans sa boutique. Ma tante commença par refuser mais l’homme, jovial, insista en lui offrant un macaron.
Nous sortîmes et je me retournais vers le marchand, lui décochant mon plus beau sourire du haut de mes cinq ans. Nous nous éloignâmes et tante Babette me serra un peu plus fort la main. Elle me regarda en souriant et me dit :
– Tu as été parfaite, ma chérie. Je suis toujours sidérée de te voir pleurer sur commande. Même ta mère n’était pas aussi douée à ton âge…
Dernier spectacle au Palais Opéra de Liège, dans moins de 100 jours le Théâtre Royal rouvrira ses portes! Cette production connut la « fuite » de sa prestigieuse vieille diva et son heureux remplacement par une jeune chanteuse espagnole.
Car c’est ce qui nous a enchantés, la jeunesse de Manon et de son beau chevalier Des Grieux. On y croit à ces deux-là, adolescents exaltés finalement broyés par la société bourgeoise décadente mais bien pensante. Production très classique avec utilisation judicieuse du flash-back au début et de ce livre dont on tourne les pages au fil de l’histoire. Cela évite de longs changements de tableaux et occupe bien l’espace restreint de la scène.
Quelques extraits :
Le livret de l’opéra de Massenet est tiré de l’oeuvre de l’Abbé Prévost. (1697-1763) qui fit scandale et fut plusieurs fois interdit. Littérairement, l’histoire de Manon Lescaut se déroule sur deux ans et avec de nombreux rebondissements. Voici un schéma vous permettant d’y voir plus clair (tableau fiction et narration)… : http://www.site-magister.com/manon.htm
Le compositeur Massenet et son librettiste, dans la tradition de l’opéra français du 19ème siècle, en ont gardé les épisodes les plus romantiques, créant une sorte de délicieux bonbon rose fondant. Grâce soit rendue à Monsieur Mazzonis qui a misé sur la jeunesse des protagonistes, sur leur immaturité dans un monde dévergondé qui causera leur perte finale. Le drame était ainsi plus consistant.
Mais pour les amateurs d’opéra italien (dont je suis), rien ne vaut le choix des épisodes opéré par Giacomo Puccini. Manon y apparaît beaucoup plus cynique, elle est déportée en Amérique et elle y meurt. Version donc plus conforme à l’oeuvre littéraire initiale.
J’ai découvert cette oeuvre, qui est parmi celles que je chéris – comme tout Puccini d’ailleurs -, grâce à une intégrale en 33T sortie en 1971, je crois. Un monstre sacré de l’époque : Montserrat Caballé, et un jeune latino prometteur: Plácido Domingo. Les voici à la même époque, en 1972, au gala d’adieu de Rudolf Bing, le patron du Met.
Ceux qui me connaissent savent ma dévotion à Plácido. Je suis une inconditionnelle, j’avoue et je le revendique!
Voyez dix ans plus tard, la métamorphose d’un artiste. D’un ténor au physique un rien rondouillard, il est devenu un véritable acteur, ce qui le mènera à tourner plusieurs films.
Je ne me lasse pas de regarder cette version prise sur le vif à Covent Garden le 17 mai 1983. Plácido a cette fois comme partenaire Kiri te Kanawa. Elle raconte dans un livre de mémoires combien cette prise de rôle la stressait. Puccini, l’opéra italien, elle, la suprême interprète de Richard Strauss. Les répétitions frôlèrent le mélodrame, le chef Giuseppe Sinopoli étant d’une exigence extrême, il y eut un monsieur « bons offices » pour calmer ce petit monde. devinez qui?
Oui, on pouvait avoir les nerfs à vif avec ce direct intégral planétaire il y a 30 ans ! Et le résultat est sublime de tension dramatique. Certes imparfait, mais qu’importe, c’est le témoignage d’un moment inoubliable, d’autant que le maestro nous a quittés trop tôt, hélas.
Nous sommes au deuxième acte, Manon se vautre dans le luxe de son souteneur et Des Grieux arrive…
Quelques minutes de making of!
Contrairement à la version de Massenet, la fin de celle de Puccini se situe dans le désert américain avec une dernière scène hautement dramantique. Kiri te Kanawa est à bout de souffle, mais ses faiblesses vocales renforcent le drame et elle réussit enfin à se laisser aller. Scène poignante qui reste un must pour tout qui l’a vue… Si vous avez la chance de regarder toute l’oeuvre sur cassette ou DVD (version très bien remasterisée au niveau de l’image notamment), n’hésitez pas. Vous pouvez aussi la trouver sur You Tube en 14 morceaux HD. Et si les acteurs/chanteurs sont sublimes, Giuseppe Sinopoli rend justice à toute la modernité de Puccini. À voir et revoir, à entendre et réentendre sans modération!
La dernière semaine de l’année scolaire approche. Restent le stress des délibés, la rédaction des bulletins et les réunions de parents… Tout un programme!
Mais c’est l’été (!), le début du week-end et les vacances sont en vue. Une envie de se divertir sans prise de tête? J’ai ce qu’il vous faut : « La clinique de l’amour »!
Film « hallucinant » dirait Fabrice Lucchini qui sort le 27 juin en France et dont tout le monde parle en bien. Bande-annonce à Télématin et nous étions, mon homme et moi, en larmes…de rire entre le kawa et le croissant!
Allez, je partage la bande annonce, vous allez tout de suite comprendre…
Jean d’Ormesson est un de ces auteurs dont je conserve les livres au chevet de mon lit. Au détour d’une humeur chagrine, j’y mets le nez et j’y trouve du réconfort, déjà celui d’une langue belle. « Jean d’O » n’a pas son pareil pour magnifier des mots simples par le style, la musique et la vivacité iconoclaste de sa pensée… À son âge, on peut tout dire, surtout avec une telle étincelle spirituelle sous la plume. Et, ceci en dehors de toute considération littéraire, j’avoue qu’en tant que femme, je ne puis résister au bleu de ses yeux et à la mélodie cabotine de sa voix! Et quelle auto-dérision! * voyez la vidéo à la fin de mon post!
Ce qui me chiffonne en ces temps de journalisme politique effréné, c’est la pauvreté de vocabulaire de ces intervenants audio-visuels. Alors je suis allée piocher dans « Odeur du temps – Chroniques du temps qui passe ».
Dans l’édition Pocket page 299 (dirait François Busnel dans La Grande Librairie!):
Je suis laxiste en matière de langue et j’accepte avec joie néologisme et argot, mots étrangers et drôleries de toutes sortes, fantaisies et calembours à la Queneau ou à la Tardieu. Mais je voudrais que la langue reste claire pour qu’on puisse s’en servir, élégante et légère pour qu’on y prenne du plaisir, univoque et rigoureuse pour que l’esprit ne s’y égare pas. L’imparfait du subjonctif m’est assez indifférent, mais l’usage des « dans ce but » ou des « par contre », l’utilisation de « quiconque » à la place de de « qui que ce soit », la confusion impardonnable entre « rien moins que » et « rien de moins que » ‘qui signifient exactement le contraire l’un de l’autre), la création en gigogne de mots nouveaux dérivés les uns des autres avec une lourdeur croissante (poser, position, positionner, positionnement…) me paraissent non seulement exaspérants, mais dangereux. Les tics de langage, la mode, la répétition chic des mêmes âneries et des mêmes borborygmes (« disons… », « mettons… » et même « dialectique » ou « existentialisme » et peut-être même « philosophique » ) bercent mollement l’esprit et l’endorment. La langue, pour tout dire d’un mot, n’est pas une fin en soi : c’est la pensée qui en est une. La langue est un instrument. Conservons-le en bon état et faisons-le aussi tranchant et efficace que possible.(…) Une langue claire, maîtrisée, sans fioritures de routine ou d’idéologie, sans traces de graisse ou de paresse, sans ambiguïté et sans flou, ouverte à l’extérieur parce qu’elle serait solide à l’intérieur, voilà le but qu’il faut se fixer…
Ah! ça me calme un peu de la rage qui me prend quand j’entends à longueur de journée des journalistes, que j’apprécie au demeurant, se répandre en « hein? » à chaque fin de phrase pour qu’elle devienne une question… (au lieu de « n’est-ce pas? » Moi, on m’a toujours appris que ce mot était impoli…) ou encore ce « qu’est-ce que… » au lieu de « ce que » (Je voudrais savoir qu’est-ce que vous pensez de …) Ce n’est même plus du style indirect libre, c’est du style direct relâché ! Et que dire de cet horrible « initier » auquel on attribue la signification de « commencer, entreprendre », pur anglicisme, et ce fameux « cela m’insupporte » alors que le verbe « insupporter » n’existe pas!… Grrr!!!!
Ces tics de langage bon chic bon genre, je les hais! Preuves d’un relâchement de l’esprit plus encore que de la langue en tant qu’organe.
D’autres me diront qu’il y a encore bien pire : ces liaisons dangereuses avec notamment les verbes terminés en -a, du style « cela sera -t-un grand succès! » Ouiche… Y a pas à dire, y a du boulot!
Et puis, voilà que je découvre aujourd’hui aux Quatre Vérités de Télématin de France 2, l’interview d’Aurélie Filipetti, la nouvelle ministre de la culture. Du charme, de la rigueur dans la connaissance de ses dossiers mais surtout une façon de s’exprimer simple, sans redondance, sans langue de bois et sans ces horribles tics… « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement » disait Boileau.
Oui, elle est écrivaine et sa compétence fut tout de suite saluée par Frédéric Mitterrand, un orfèvre du français élégant et châtié.
Ainsi tout ne serait pas perdu…
* Auto-dérision suprême : Jean d’O imite Laurent Gerra qui l’imite… et vous remarquerez au passage dans le début de l’interview, ces fameux « hein » prononcés à la pelle par Vincent Parisot, journaliste tout à fait respectable et que j’apprécie, un tic disais-je…