Sursauts d’orthographe

Le hasard (non, pas le footballeur) tout de même! Il y a quelques jours, nous conversions par courriel, ma cousine québécoise et moi, de l’orthographe française.  Longtemps barrière de classe sociale, aujourd’hui système de sélection à l’emploi bien injuste quand on voit le peu de temps consacré durant les études secondaires notamment à cette matière. Les enfants en demandent, conscients de leurs lacunes ; les profs voudraient les aider, les inspecteurs dans leur tour d’ivoire les sanctionnent s’ils osent prononcer le mot « dictée ». Tabou de tabou!

Professeur de français, je vais paraître iconoclaste aux yeux de certains en disant que l’orthographe n’est pas ma priorité essentielle. Que l’on sache faire les accords basiques, que l’on connaisse les principaux homophones grammaticaux, que l’on ait assez de vocabulaire pour ne pas confondre les mots homonymes les plus fréquents, et basta :une orthographe honnête avec le réflexe du dico en cas de gros pépin!

Mais j’avoue que les commentaires laissés sur certains blogs m’énervent. Cette façon d’écrire n’importe comment, à peine phonétiquement, m’apparaît comme un manque de respect à votre lecteur potentiel. Il fait l’effort de vous lire, faites donc l’effort de vous exprimer le mieux possible!

Comme je le disais à ma cousine, l’orthographe ne fait pas le style ; la grammaire, oui. Les grands auteurs d’aujourd’hui ont des relecteurs et des correcteurs pour traquer la bêbête qui fâche!

Mais oui, l’orthographe française est aussi un merveilleux jeu de l’esprit que l’on peut pratiquer avec plaisir comme un bon sudoku ou des mots-croisés.

La preuve : Jean-Marc Onkelinx et Jean-Pierre Rousseau se sont passé le mot pour nous créditer de dictées gratinées.

Le texte de Jean-Marc Onkelinx:

 « Monsieur Lamère a épousé Mademoiselle Lepère. De ce mariage, est né un fils aux yeux pers. Monsieur est le père, Madame est la mère. Les deux font la paire.

Le père, quoique père, est resté Lamère, mais la mère, avant d’être Lamère était Lepère. Le père est donc le père sans être Lepère, puisqu’il est Lamère et la mère est Lamère, bien que née Lepère.

Aucun d’eux n’est maire. N’étant ni le maire ni la mère, le père ne commet donc pas d’impair en signant Lamère.

Le fils aux yeux pers de Lepère deviendra maire. Il sera le maire Lamère, aux yeux pers, fils de Monsieur Lamère, son père, et de Madame Lepère, sa mère.

La mère du maire meurt et Lamère, père du maire, la perd. Aux obsèques, le père de la mère du maire, le grand-père Lepère, vient du bord de mer, et marche de pair avec le maire Lamère, son petit-fils.

Les amis du maire, venus pour la mère, cherchent les Lamère, ne trouvent que le maire et Lepère, père de la mère du maire, venu de la mer, … et chacun s’y perd ! »

 Celui de Jean-Pierre Rousseau, en réponse: 

“Camille Saint-Saëns ne m’aurait pas reproché d’évoquer ses cinq cents visites recensées sur l’île de Sein. Toujours ceint d’un épais cachemire, le compositeur, qui n’était pas un saint, aimait y admirer ce tableau de Zurbaran, acquis sous seing privé,  représentant Sainte-Agathe et ses deux seins coupés. L’essaim d’abeilles qui laissait les saints seins à l’abri des usures du temps produisait un miel sain comme le lait du sein maternel. Et Saint-Saëns de s’écrier : je ne sais si ces cinq seins sont saints, mais je sais que mes cinq sens sont sains.”

Ah, arrachons-nous les cheveux à de telles lectures ! Ou alors bénissons notre langue d’être si belle dans sa complexité.

Mais grand dieu, ne culpabilisons pas les « mauvais en orthographe ». Leurs difficultés résultent souvent de vrais handicaps et deviennent vite une souffrance, une tare lourde à porter. Rien à voir avec ces paresseux du clavier, ces grossiers du Net qui se glorifient d’écrire n’importe comment… et n’importe quoi, souvent rien que des c…!

Le blog de Jean-Marc Onkelinx: http://jmomusique.skynetblogs.be

Le blog de Jean-Pierre Rousseau: http://rousseaumusique.blog.com

 

 

2 commentaires sur “Sursauts d’orthographe

  1. Ah! ma chère, tes blogs ne me laissent jamais amère, mais au contraire, me font me gondoler de rire et de sagacité me remplissent…mais je ne tente jamais d’aller m’écorcher les yeux vers d’autres destinations blogesques ( bon peut-être que j’invente un mot ici?) au risque d’aileurs de ne rien y comprendre car souvent les abréviations sont tellement abrégées que même un dico n’y peut rien!
    Étant ma seule source d’ouvertures inatendues sur la musique, que je ne maitrise pas bien, mais que j’aime, et autres réactions parfois bien senties ou émerveillées, surtout ne me prive pas de cet éventail sur un autre univers!
    Merci ma chère…et bonne lavande!

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  2. Moi, j’adore te lire. Cette façon inhabituelle pour nous, francophones du Vieux Continent, de combiner les mots a une saveur exotique à nulle autre pareille. Elle ouvre des horizons poétiques sans frontières. Merci pour de si beaux textes!

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