C’est un des plaisirs d’un blog : vous n’écrivez plus et vos amis s’inquiètent, viennent aux nouvelles.
Dans mon cas depuis six mois, le travail manuel a pris le pas sur tout le reste. Mener de grands travaux toute seule face à un entrepreneur, c’est un travail à plein temps.
De deux pièces séparées par une baie, je voulais faire un espace unique et lumineux.
Il y eut de faux départs depuis La Toussaint, des déménagements vers les étages supérieurs, des retours au rez-de- chaussée pour les fêtes. Déjà bien entamée physiquement par les kilos de livres et de disques à transporter toute seule ! Et puis tout démarre à la mi-janvier, du hard! On arrache tout, pendant les jours les plus froids de l’hiver. Je suis réfugiée dans la cuisine 15 jours, sans chauffage mais avec le chien!
Les travaux furent menés de main de maître. Le gros oeuvre passé, à mon tour! je détapissage, je ponce, je pose la fibre de verre, j’étire les couches de primer et de couleur, tout à grande vitesse car le nouveau parquet arrive encessamment sous peu! Et puis que faire de tout cet espace? Un store, des rideaux sur mesure, merci Heytens d’avoir résolu tous mes problèmes! Acheter quelques meubles, en customiser d’autres. De vieilles étagères IKEA sciées, décapées, lasurées et peintes par mes petites mimines désormais bricoleuses m’ont permis de créer un meuble TV, une grande bibliothèque et un coin bureau. Chaque jour, je conquiers l’espace, cet espace lumineux que je désirais tant! Il est là, je l’apprivoise.
C’est loin d’être fini! Il va falloir redescendre tous les livres, tous les disques, tous les souvenirs, trouver une place pour chaque chose. Mais je l’ai, mon grand espace lumineux et complètement rénové selon mon goût. J’espère que vous comprenez maintenant mon silence intermittent!
Et que je vous le dise sans fausse modestie, je suis fière du travail accompli! Bisous à tous, je redémarre!
Enfant, mes vacances étaient souvent bruxelloises : à Etterbeek, en contrebas du Cinquantenaire, chez mes oncle et tante.
C’est donc un endroit que je connais très bien de l’extérieur, j’y faisais du patin à roulettes, nous allions souvent nous promener vers la mosquée qui était une curiosité à l’époque, et nous supervisions les expropriations puis les fondations du futur Berlaymont.
Mais aujourd’hui dans le complexe qui jouxte l’arcade proprement dite, il existe de nombreux endroits dignes d’intérêt : l’autoworld, le musée de l’air et le musée du Cinquantenaire. Ce dernier présente des expos temporaires comme celle que nous avons visitée. Exceptionnelle!
Mais aussi bien d’autres choses!
« Il présente les activités humaines et artistiques des cinq continents – hormis l’Afrique noire –, de la Préhistoire à nos jours. Les collections remplissent quatre bâtiments et sont regroupées en quatre départements: l’Antiquité, les civilisations extra-européennes, l’archéologie nationale et les arts décoratifs européens. »
Cet énorme totem amérindien vous accueille dès le péristyle d’un bâtiment monumental construit sous Léopold II, en apparence un peu désuet quand on le compare aux concepts muséaux d’aujourd’hui. Ah! on est loin de Beaubourg, de la Fondation Vuitton ou du musée des Confluences…
Et pourtant, dès 1922, on y organisait des programmes éducatifs et on y installa un magasin d’illustrations d’art. En 1925, l’égyptologue Jean Capart en devint le conservateur et en fit une institution scientifique de premier plan.
La Belgique était riche à l’époque et l’entre-deux-guerres fut une période faste pour l’agrandissement des collections et la naissance de divers centres d’études (Fondation égyptologique Reine Élisabeth, Société des américanistes, Institut des hautes études chinoises…). Le navire-école Mercator partit également pour plusieurs expéditions scientifiques, notamment celle d’Henry Lavachery à l’île de Pâques en 1935.
Comme dans les musées français, ces exceptionnelles collections furent cachées pendant la 2ème guerre mondiale. Mais un terrible incendie ruina une bonne partie d’entre elles en février 1946. Il fallut plus de vingt ans pour reconstruire et réaménager l’ensemble.
Ces immenses espaces colossaux et un rien écrasants permettaient des mises en scène qui laissent pantois les visiteurs d’aujourd’hui.
Après l’exposition « Sarcophages », notre guide-professeur proposa à ceux qui le désiraient de grimper au 2ème étage. Un bonus pour les courageux après déjà plus de quatre heures de visite, car il sélectionnerait quelques pièces égyptiennes particulièrement intéressantes et les expliquerait. Nous fûmes trois ou quatre à lui emboîter le pas et au détour d’un couloir… Mon coeur d’amoureuse de l’époque gréco-romaine s’emballa! Mais le professeur a déjà escaladé les deux étages, il faut faire vite, le musée ferme à 17h!
Quel spectacle! Vite, une nouvelle batterie dans mon appareil et que je me lâche!
J’aime les photos graphiques, les lignes et les courbes structurées…
Notre guide-professeur tint parole et nous présenta quelques pièces… Il y en a des milliers d’autres, rien qu’en égyptologie!
Il y a encore le mastaba hélas défiguré à jamais pas l’incendie, des trésors grands et petits, minuscules parfois à profusion… et nous nous sommes juste promenées à toute vitesse dans une petite partie de la section Égypte. Il paraît que la section grecque a une collection de vases spectaculaires et Septime Sévère nous accueille à Rome…
Ah, les beaux dimanches que nous allons passer en déambulant dans les vestiges de l’antiquité!
Et puis il y aura les autres départements, de quoi s’en mettre plein les mirettes à deux pas de chez nous!
Le musée du Cinquantenaire, quelle merveilleuse découverte!
Avoir plusieurs casquettes artistiques n’est jamais simple mais toujours enrichissant pour l’artiste, tout comme pour son public. Peintre et sculpteur, écrivain et réalisateur, danseur et chorégraphe, c’est assez fréquent.
L’artiste que je voudrais vous faire découvrir est musicienne et écrivaine ; plus original, non?
Musicienne de bientôt 40 ans, elle a réalisé le parcours d’une jeune violoniste douée. Partie boursière à Boston, devenue violon solo du N.E.C. Symphony Orchestra, venue se spécialiser à Bruxelles en musique ancienne avec Sigiwald Kuijken. Elle se produit ensuite régulièrement avec Les Talents Lyriques, Les Musiciens du Louvre, Le Concert Spirituel et La Petite Bande. Elle fonde aussi l’ensemble baroque L’Yriade avec le ténor Cyril Auvity. Écoutons-les, elle est au violon.
Mais Léonor de Récondo a un autre talent, elle est écrivaine. C’est à ce titre que je l’ai découverte. J’ai acheté un de ses livres « Pietra viva », captée par la couverture et par le sujet : Michel-Ange.
« D’art et d’amour », cet air tiré de l’opéra Tosca, me semble un beau résumé de ce livre inclassable et bouleversant.
Le grand Michelangelo séjourne à Carrare afin de choisir le marbre pour le tombeau que le pape lui a commandé. Il y est en proie au doute de l’artiste mais aussi à l’amour sous trois formes.
L’amour d’Andrea perdu dramatiquement, l’amour des gens humbles de Carrare, l’amour d’un petit orphelin qui va transformer le sculpteur misanthrope en un homme heureux. Il y a aura des étapes, des clés qui conduiront Michelangelo vers l’introspection et l’apaisement.
« Entre 4 et 14 ans, j’ai passé tous mes étés à Pietra Santa, un village toscan près de Carrare. Ces vacances italiennes, la lumière, la montagne et la liberté de gambader du matin au soir sont gravées en moi comme des moments magiques », sourit Léonor de Récondo. On sait que, en 1505, Michel-Ange est venu à Carrare choisir les blocs de marbre destinés au tombeau de Jules II. Une commande du pape mécène à un sculpteur de 30 ans, dont le génie avait déjà saisi ses contemporains grâce à la Pietà de Rome et au David florentin, poursuit Léonor de Récondo.À partir de ce fait avéré et de quelques autres, j’ai bâti un récit sur la force de l’art. »
Par son métier de musicienne baroque et par la personnalité de Michelangelo, on pourrait s’attendre à un récit qui nous emmène dans la redondance, la démesure comme la musculature des sculptures de Michelangelo. Mais au contraire, c’est un récit serré, économe, concentré. Tellement frémissant qu’il en naît une sensualité brûlante dans sa sobriété villageoise er monacale.
Michelangelo n’y apparaît pas comme un personnage sympathique : il est bougon, négligé et sale, misanthrope, colérique, avare. La création le soulage de tout, même s’il reste hanté par la mort de sa mère. Son aventure humaine, sa misère psychologique nous prend aux tripes et on le voudrait tellement heureux, vivant d’art et d’amour! Le soulagement : libérer les personnages de son imaginaire de leur gangue de pierre et les faire vivre.
Ce soir sur France 2, retransmission du film « Le Chapeau de Mitterrand ». On dit le plus grand bien de l’adaptation de ce livre d’Antoine Laurain dont je vous avais parlé il y a presque 4 ans.
(si le lien ne marche pas, ce qui semble être le cas sans raison apparente, copiez-le dans votre navigateur, il fonctionne alors…)
Je viens de relire cette critique et j’en suis ravie. J’étais littéralement enchantée de ma lecture, de cette belle trouvaille de l’auteur, et cet enchantement reste profondément ancré dans ma mémoire de lectrice. Comme un livre bonheur.
Aussi ai-je hésité à acheter et à lire La Femme au carnet rouge du même auteur. j’ai tourné autour, je l’ai flairé et puis j’ai plongé…
Quel délice cette fois encore!
Laurent, libraire de son état, trouve un matin un sac à main abandonné sur une poubelle. Qui en est la propriétaire? Il se lance alors dans une enquête. Ses indices : un miroir, un parfum, des photos, un ticket de pressing, une barrette à cheveux, un livre dédicacé par Patrick Modiano et un carnet rouge dans lequel une certaine Laure écrit ses pensées…
Cette Laure ne tarde pas à le fasciner. Il n’y a pas plus intime que le contenu d’un sac de dame et puis sans la connaître, il a lu bien de ses pensées dans le fameux carnet. Une lente séduction va alors s’opérer…
On s’attache à Laurent, on voudrait que son jeu de piste le mène vers le bonheur !
Cette fois encore, quel joli livre ! Vif, alerte, bon pour le moral. Il y a de l’humour, de l’émotion, une incroyable douceur. Et puis la traque de Modiano dans le jardin du Luxembourg…
Dans notre approche contemporaine du chant, il est parfois difficile de voir dédier à des femmes des rôles masculins. Cherubino des Nozze di Figaro, pas de problème, c’est un adolescent. Tout comme Octavian, son double chez Richard Strauss même si les rapports avec la Marschallin sont déjà bien ambigus. Quand il s’agit du rôle de Roméo dans I Capuletti e I Montecchi de Bellini interprété par une femme, on frise pour certains la limite de la crédibilité. Le bel canto est pris à son propre piège. On peut certes argumenter qu’à l’époque la voix de ténor propre au héros romantique n’était pas celle que nous connaissons… Cecilia Bartoli, Joyce di Donato et Elina Garança sont les garantes actuelles de cet art du chant, soutenues par d’éminentes études musicologiques.
Le chant baroque a, quant à lui, réussi sa révolution grâce aux contre-ténors qui ont fait renaître l’art des castrats. Par les moyens vocaux de la seule voix de tête (heureusement pour eux…), nous redécouvrons une tradition de virtuosité perdue mais ausi une certaine ambiguité sexuelle vocale qui plaisait à nos ancêtres.
Mais entre les derniers castrats du début du 20ème siècle et notre époque de redécouverte baroque, les grandes partitions de Bach et de Haendel furent interprétées par des voix féminines hors-normes comme celle de Kathleen Ferrier.
« Sa voix de contralto, reconnaissable entre toute, son attitude simple et directe, ont ému les scènes du monde entier, popularisé l’art lyrique et ont fait d’elle une cantatrice adulée en Grande-Bretagne, son pays natal. Le chef d’orchestre allemand Bruno Walter disait que ses deux plus grandes expériences musicales furent la rencontre de Ferrier et Mahler, « dans cet ordre », précisait-il. Pourtant, les débuts de Kathleen Ferrier furent difficiles. Quand elle voulut rejoindre le chœur de son école, on lui conseilla de ne pas chanter fort, car on jugeait sa voix très rauque. Issue d’un milieu modeste, elle arrêta les études à 14 ans pour devenir téléphoniste, mais profitait de ses loisirs pour jouer du piano. Ce n’est qu’à 25 ans qu’elle se découvre un don pour le chant. Elle se produit alors dans les concerts locaux et y trouve un exutoire à un mariage désastreux. Sa carrière internationale ne démarre qu’en 1946, à l’âge de 30 ans, mais sera fulgurante, avant qu’un cancer ne l’emporte huit ans plus tard. Portée par un souffle généreux, cette voix à la tessiture androgyne, troublante pour l’époque, lui permit d’interpréter le rôle d’Orphée dans l’opéra de Gluck. Mais c’est avant tout dans les lieder de Bach, Brahms, Schubert et surtout de Mahler, qu’elle fit merveille. Un an avant sa mort, elle interpréta, sous la direction de Bruno Walter, une version magistrale du Chant de la terre, qui fait référence aujourd’hui. «
Un enregistrement sous la direction de Karajan, un Bach bouleversant…
Bist du bei mir…
Mahler et Bruno Walter, comme un certain monde révolu…
Courez à sa rencontre et écoutez Brahms, vous l’aimerez! Mais elle chanta aussi Pergolese, Glück et Haendel…
Kathleen Ferrier (1912-1953), on devient addict de cette voix unique! C’est comme une force tellurique qui vous prend aux tripes! Avec elle, on vit dangereusement et c’est toujours étonnant et passionnant… Un envoûtant mystère.
Il n’est pas rare à l’occasion d’une réunion familiale autour de l’ouverture d’un testament, qu’on voie apparaître un frère ou une soeur dont on ignorait absolument tout de l’existence. Sujet de bon nombre de films, de pièces de théâtre, de romans car une telle apparition met toute la famille dans un état de sidération absolue ! Certains de ces enfants cachés deviennent célèbres comme Jean-Marie Périer (en réalité le fils d’Henri Salvador) ou de Mazarine Pingeot (la fille de François Mitterrand).
Des enfants abandonnés, mis en nourrice ou confiés à des orphelinats, c’est extrêmement fréquent lorsque les femmes ne peuvent avoir accès à aucune contraception. Bien des mères au XIXème siècle et au début du XXème n’avaient pas d’autres choix, et dans tous les milieux.
C’est une énigme de ce genre à laquelle on est confronté à plusieurs reprises quand on se penche sur la vie intime de Giuseppe Verdi (1813-1901), grand compositeur d’opéras et héros patriotique de l’Italie naissante.
L’histoire officielle nous apprend que Verdi, jeune compositeur exilé à Milan ayant à son actif un premier succès d’estime (l’opéra Oberto), voit disparaître de mars 1838 à juin 1840 ses deux enfants (Virginia et Icilio Romano) et sa femme Margherita. Inconsolable, il envisage même d’abandonner la carrière de compositeur.
En 1842, Verdi renoue avec le succès grâce à l’opéra Nabucco et à l’interprète du rôle féminin principal, Giuseppina Strepponi. Célèbre cantatrice, elle chante tous les grands rôles belcantistes de l’époque et plus tard Ernani et I Due Foscari de Verdi. Les deux jeunes gens ne sont pas insensibles l’un à l’autre et entament une relation amoureuse épisodique. Dès 1846, épuisée et ayant perdu sa voix, Giuseppina devient professeur de chant à Paris. C’est là que Verdi la retrouve en 1848 et qu’ils décident de vivre ensemble. Verdi a 35 ans, Giuseppina 31, le temps encore de fonder une famille. Et pourtant aucun enfant déclaré…
Giuseppina Strepponi a connu une vie sentimentale tumultueuse. De ses multiples grossesses, elle a apparemment eu de nombreux enfants morts en bas-âge, et trois vivants qu’elle a mis en nourrice: Camillino, Adelina Rosa et Giuseppina Faustina. Quand elle s’installe avec Verdi, c’est une femme fatiguée, de santé fragile, désabusée et de caractère à jamais dépressif.
Quant à Verdi, il se remet lentement de ses deuils et papillonne. Par son physique, ses succès et son caractère mélancolique, il plaît aux femmes. Selon Mary Jane Phillips-Matz (fondatrice de l’Institut américain d’études verdiennes et auteure d’une étonnante biographie de Verdi en 1994), il aurait eu un garçon avec une femme de chambre en 1850. Né à l’hôpital de Crémone, l’enfant aurait été adopté par une famille de Busseto.
Mais cette biographe va plus loin.
Elle trouve la piste d’une certaine Santa Streppini, née en 1851 également à Crémone et qui aurait été, elle aussi, adoptée par un couple proche de Verdi. Par la ressemblance de nom, elle en conclut donc que Giuseppina Strepponi en serait la mère, Verdi le père. Cet abandon écornerait sensiblement l’image de Verdi, père indigne! Mais elle lui trouve certaines circonstances atténuantes. N’aurait-il pas dû alors reconnaître les trois autres enfants de sa compagne, devenir ainsi père de quatre enfants dans une période où sa carrière artistique n’était pas encore affirmée et tout cela, hors mariage…
Beaucoup plus tard, Giuseppina et Giuseppe adopteront Filomena. Née en 1859, devenue orpheline à 3 ans d’un cousin décédé de Verdi, et recueillie tout d’abord par le père de Verdi. Ils supervisent entièrement son éducation voulant la soustraire à une éducation religieuse trop stricte, l’adoptent donc. Ils la prénomment dorénavant Maria et l’envoient au collège à Turin d’où elle sort diplômée institutrice en 1876. Elle épousera Angiolo Carrara, le fils du notaire de Verdi et deviendra légataire universelle du compositeur. Elle décédera en 1936. Ses descendants, la famille Carrara-Verdi, occupent toujours et gèrent la Villa de Sant’Agata.
Voic le superbe témoignage de l’arrière-petite-fils… En italien, quel immense plaisir plein de saveur! et pour les autres, je vous ai mis les sous-titres français.
Pourquoi les biographes du grand compositeur cherchent-ils depuis toujours à élucider ces paternités possibles? Peu de parents à l’époque trouvaient de l’intérêt aux enfants en bas-âge et les perdre était malheureusement monnaie courante. Le couple Verdi n’a pas eu, quelles que fussent les circonstances véridiques ou imaginaires en ce domaine, une attitude différente de celle de leurs contemporains.
Ce qui aiguise à vrai dire leur intérêt, c’est le sentiment parternel tragique récurrent qui traverse toute l’oeuvre de Verdi. Pensons à Nabucco, Luisa Miller, Rigoletto, Traviata, Aïda et même Falstaff, les relations père-fille sont y problématiques voire mortifères. Que dire de Simon Boccanegra dans lequel la fille perdue et retrouvée s’appelle Maria et est l’enjeu involontaire de l’empoisonnement de son père !
Pour avoir vécu pendant 35 ans avec un homme qui avait perdu lors d’une précédente union deux enfants, je puis témoigner du traumatisme, du désarroi, de la peine indélébile dans le coeur d’un père. Verdi les a phagocytés et traduits dans des rôles parmi les plus sublimes de l’opéra. Ce fut une part de son génie universel.
Une telle saga ne pouvait qu’inspirer un grand romancier. Notre cher Jean d’O écrivit dans les années 80 une trilogie dans laquelle les paternités supposées de Verdi s’entrecroisent. Du d’Ormesson pur jus, vif ; maître de l’imbroglio et du puzzle à la résolution inéluctable, amoureux de l’Italie bien sûr. Je vous le conseille sans modération. Que du plaisir!
La typologie des voix humaines semble très simple. Pour les femmes: soprano, mezzo, contralto ; pour les hommes: ténor, baryton, basse. Quittée cette nomenclature, on se retrouve très souvent en présence d’artistes atypiques à la tessiture extrêmement étendue, au timbre particulier, à l’envie d’aborder certains rôles… qui vont bousculer tout cela.
Le plus bel exemple dont on garde un témoignage moderne est sans aucun doute Maria Callas. Jeune fille, elle pensait être contralto ; arrivée au conservatoire, on lui découvrit une voix de mezzo-soprano puis de soprano dramatique ; à force de travail, elle réussit à aborder les rôles pyrotechniques des grandes héroïnes du bel canto auxquelles elle voulait redonner une âme dramatique. Dans la voix de Callas en pleine maturité, il y a tout cela : la tessiture très large, le timbre sombre, la virtuosité. Cantatrice hors-norme qui dans l’inconscient collectif restera pour toutes ces raisons l’interprète parfaite de Norma, l’héroïne tragique de l’opéra de Vincenzo Bellini. Glorieuse interprétation de 1957.
Ce rôle est donc dédié aujourd’hui à un soprano dramatique capable de l’agilité bel-cantiste. Le rôle de la servante Adalgisa est confié à une mezzo-soprano et le rôle de Pollione à un ténor au moins spinto. Beaucoup de mes amis savent que mon interprétation de référence reste celle de 1974 au Théâtre Antique d’Orange. Devant le mur romain, voir s’entredéchirer Montserrat Caballé, Josephine Veasey et Jon Vickers fouettés par le mistral me bouleverse depuis 40 ans! Et puis, c’est toujours un peu chez moi…
Mais les lignes vocales peuvent encore bouger…
Le rôle de Norma, dès le début, posa quelques problèmes à ses interprètes. Giudita Pasta, la créatrice, ne put dompter la tessiture trop élevée pour elle et le compositeur transposa ensuite d’un demi-ton.
La Malibran, première toute grande Norma à la réputation internationale que l’on pourrait mettre en miroir avec Callas – avec le même prénom, avait une voix à la tessiture phénoménale mais était mezzo-soprano. Elle connut ainsi un succès international en chantant la version mezzo, les partitions s’adaptant alors aux voix des interprètes. Le rôle d’Adalgisa glisse vers le soprano léger et celui de Pollione devient un ténor rossinien.
Résultat sans aucun doute très étonnant pour nos oreilles modernes!
Cette interprétation exotique, diront certains, nous pouvons l’entendre aujourd’hui grâce à Cecilia Bartoli. Un enregistrement, une production à Salzbourg. Sumi Jo, Adalgisa, fut une très grande Reine de la Nuit de La Flûte enchantée de Mozart, elle vint à Liège interpréter Rosine du Barbier de Séville ; John Osborn, Pollione, chante La Fille du Régiment (il gagna le concours Operalia avec cet air), la Donna del Lago, le Barbier de Séville, La Sonnambula mais aussi Guillaume Tell, La Juive, les Huguenots…
Un enregistrement du 1er air de Pollione, pas de très bonne qualité mais qui nous interpelle quand nous avons dans les oreilles les interprétations de Mario del Monaco, de Franco Corelli, de Jon Vickers ou de Plácido Domingo…
Dans sa recherche musicologique, Cecilia Bartoli croisa évidemment le chemin de La Malibran, « la voix qui dit je t’aime ». Née en 1808, fille du grand ténor espagnol Manuel Garcia, soeur de Pauline Viardot, elle devint « La Malibran » par un premier mariage. Diva Assoluta qui déchaîna l’enthousiasme de tous les artistes de son temps. Après un divorce tumultueux, elle épousa le violoniste belge Charles-Auguste de Bériot, son seul grand amour. Victime d’un accident de cheval, elle mourut à l’âge de 28 ans. Sa tombe se trouve au cimetière de Laeken.
C’est le plaisir d’un déménagement : redécouvrir des choses conservées mais oubliées, délaissées. Ce dimanche matin, je me suis attaquée à ma discothèque de 33T qui trônait tout au-dessus d’une très haute étagère IKEA et que je n’avais plus visitée depuis belle lurette, n’ayant plus de platine pour lire ces galettes. Il a fallu affronter une couche de « moumouches » d’un bon demi-centimètre, de poussière insinuée dans les pochettes mais au fil du nettoyage, que d’émotions, que de trésors redécouverts, que de souvenirs retrouvés!
Mes disques étaient de tels trésors que je notais sur la couverture la date d’acquisition. Ainsi je sais que j’ai commencé ma propre discothèque en décembre 1966. J’ai 12 ans et pour ma Saint-Nicolas, mon parrain m’offre un disque d’extraits de Turandot que j’avais repéré depuis bien longtemps au Grand-Bazar de Liège, dans l’annexe qui correspond aujourd’hui à la place Saint-Etienne.
Il y avait là un rayon de disques classiques qui me fascinaient, des disques que je convoitais mais pas d’argent de poche à cette époque, j’étais tributaire des cadeaux qu’on me faisait. Et en attendant ce moment, j’allais vérifier à chaque promenade « en ville » si mon trésor était toujours là. Certains avaient disparu à tout jamais, d’autres m’attendaient. J’avais reçu avec ce disque comme un grand album avec des jaquettes transparentes à la taille de 33T pour protéger le premier et la promesse des suivants. Le suivant, ce fut un an plus tard, des extraits de Rosenkavalier, mon oncle et ma tante m’ayant emmenée voir Elisabeth Schwarzkopf au TRM de Bruxelles…
Petit aparté : j’idolâtre Puccini et Strauss depuis ce temps… Passions juvéniles!!!
Dans ma jeunesse, c’est la musique allemande qui régnait en maître à la maison. Rebelle comme toute ado, je pris le parti de l’opéra italien et de son ténor star de l’époque. Le troisième disque arriva deux ans plus tard pour fêter mon diplôme d’école moyenne… un disque, ça se méritait à l’époque !
Comme ce temps me paraît préhistorique ! Devenue lycéenne, j’eus droit à un peu d’argent de poche (un billet de 20 francs puis de 50 francs par mois), et ce fut alors le véritable départ de ma discothèque personnelle. J’avais une grande amie vendeuse chez un disquaire célèbre à l’époque, qui m’avait prise sous son aile et qui me permettait de payer des disques sur plusieurs mois, en les mettant en réserve. Cette intégrale des concertos de Mozart, il me fallut une année avant qu’elle ne m’appartienne!
Transfert du rez-de-chaussée à rénover la semaine prochaine vers le second étage de quelque 300 disques. Étonnement, ravissement, émotion pour chacun qui passe entre mes mains. J’ai eu envie de faire un choix à vous présenter, comme un petit dictionnaire amoureux… J’aurais voulu tous vous les présenter, les premières intégrales verdiennes de Muti, de Levine, huuummm!!!
Allez, les premiers enregistrements d’Abbado…
Un coffret Karajan que j’aimerais diablement réécouter…
Les premiers enregistrements baroques ; le premier disque, je l’avais gagné et il me donna le goût des autres, notamment quelques coffrets de la grande édition Vivaldi de Philips, celle qui fit redécouvrir ce compositeur… les Indes Galantes après une production à l’ORW naissant…
La découverte de Debussy par Boulez, des interprétations qui m’éblouissent encore aujourd’hui !
Un enregistrement qui doit être complètement élimé tant je l’ai écouté, adolescente romantique avec ma cantatrice homonyme, coffret velours…
Des disques venus de l’au-delà du Mur…
Et cet enregistrement peu connu de Bernstein, coffret que j’avais acheté dans une solderie près de la Scala dans la somptueuse Galerie Vittorio-Emmanuele!
C’était le temps de nouveaux ténors : le premier récital de Domingo (1969) avec quel programme, répertoire original et prise de risque maximale, tout ce qui a fait sa marque de fabrique et qui a fait de moi une amoureuse depuis 45 ans !
Mon récital préféré de Pavarotti et un 45T de Domingo en vente à Vérone le temps de l’été 1975…
Autographes de Rostro et de Galina…
Et puis La Crespin qui se dépoitraille avec son humour ravageur, oh! que je voudrais l’entendre…
Oui, que de trésors! Je les monte en exil momentané sur le palier du second étage et je contemple leurs dos avec gourmandise. Voyez vous-même vers quels voyages ils nous emmènent!
Un bien beau dimanche musical… Reste à me trouver une platine qui rendra justice à ces trésors sans me mettre sur la paille. Si vous avez, amis lecteurs, de bons plans, laissez-moi des références dans les commentaires!
Quel automne béni pour les photographes et autres amateurs de couleurs chaudes ! Grâce à une météo clémente, c’est comme si l’été indien nous rendait visite et donnait l’occasion à ceux qui ne regardent jamais la nature d’admirer arbres et arbustes environnants, et aux enfants de confectionner des bouquets graphiques de feuilles diverses.
Quand j’allais travailler, j’avais un ami du matin et du soir, une sentinelle des saisons, de l’esthétisme et du miracle de l’éclosion de la vie sur terre : « mon » Ginko biloba au pied de la Passerelle.
C’est l’époque à laquelle il répand à ses pieds mille éventails
Premier automne de retraitée, alors j’ai troqué son amitié pour celle d’un de ses confrères, installé au coin de ma rue à Ans…
Chanceux, les Liégeois, car cet arbre précieux se rencontre à plusieurs exemplaires dans notre ville et sa proche banlieue. Il existe même une petite place lui dédiée…
Appelé aussi arbre aux quarante écus ou abricotier d’argent, le Ginko biloba est parmi les premiers arbres à avoir colonisé la Terre il y a environ 270 millions d’années (40 millions d’années avant l’apparition des dinosaures). Il y a des spécimens femelles et mâles, ceux-ci étant le plus souvent utilisés en ville car les fruits sont malodorants. De la fécondation ne naîtra qu’un seul arbre, dont l’espérance de vie est tout de même de 1000 ans ! Potentiellement immortel car il n’a pas de prédateur, de parasite, de maladie et ceux présents à Hiroshima et Nagasaki ont survécu aux bombardements nucléaires…
Originaire de Chine, il apparaît en Corée et au Japon au XIIème siècle. Le médecin et botaniste allemand Engelbert Kaempfer, séjournant au Japon à la fin du XVIIème siècle, fut le premier Européen à décrire cet arbre et à en rapporter dans les Provinces-Unies, le premier ginko européen fut planté à Utrecht en 1732.
En France, c’est en 1795 à Montpellier qu’on planta le premier (ci-dessus) puis au Jardin des Plantes de Paris.
Si beaucoup d’entre nous n’ont jamais vu cet arbre, on en connaît cependant les éventuelles vertus thérapeutiques mises en avant par les laboratoires de compléments alimentaires… Plante miraculeuse pour certains, hautement cancérigène pour d’autres.
Devenu un arbre de choix dans nos villes puisqu’insensible à la pollution, il joint l’utile à l’agréable par sa couleur et ses feuilles au dessin unique au monde. Il est devenu le symbole de la ville de Tokyo depuis 1969
De Weimar également, dans laquelle résida Goethe qui lui dédia ce poème :
La feuille de cet arbre, qui , de l’Orient,
Est confiée à mon jardin,
Offre un sens caché
Qui charme l’initié.
Est-ce un être vivant,
Qui s’est scindé en lui-même,
Sont-ils deux qui se choisissent,
Si bien qu’on les prend pour un seul?
Pour réponde à ces questions,
Je crois avoir la vraie manière :
Ne sens-tu pas, à mes chants,
Que je suis à la fois un et double?
Goethe, le Divan oriental-occidental, Ginko biloba (traduction de Henri Lichtenberger)
Plus proches de nous, les artistes de l’Art Nouveau, sous l’influence du japonisme, l’intégrèrent dans bon nombre d’oeuvres tant architecturales que picturales, des vitraux, des mosaïques, des bijoux… et cela partout en Europe.
Prague
Nancy
Bruxelles, Paris…
Des centaines de photos disponibles sur Internet pour prouver combien cette feuille les inspira. Aujourd’hui, on trouve également énormément de bijoux contemporains.
Merveilleux éventails venus de la préhistoire pour nous enchanter !