Norma, Maria, Cecilia et les autres…

La typologie des voix humaines semble très simple. Pour les femmes: soprano, mezzo, contralto ; pour les hommes: ténor, baryton, basse. Quittée cette nomenclature, on se retrouve très souvent en présence d’artistes atypiques à la tessiture extrêmement étendue, au timbre particulier, à l’envie d’aborder certains rôles… qui vont bousculer tout cela.

Le plus bel exemple dont on garde un témoignage moderne est sans aucun doute Maria Callas. Jeune fille, elle pensait être contralto ; arrivée au conservatoire, on lui découvrit une voix de mezzo-soprano puis de soprano dramatique ; à force de travail, elle réussit à aborder les rôles pyrotechniques des grandes héroïnes du bel canto auxquelles elle voulait redonner une âme dramatique. Dans la voix de Callas en pleine maturité, il y a tout cela : la tessiture très large, le timbre sombre, la virtuosité. Cantatrice hors-norme qui dans l’inconscient collectif restera pour toutes ces raisons l’interprète parfaite de Norma, l’héroïne tragique de l’opéra de Vincenzo Bellini. Glorieuse interprétation de 1957.

 

Ce rôle est donc dédié aujourd’hui à un soprano dramatique capable de l’agilité bel-cantiste. Le rôle de la servante Adalgisa est confié à une mezzo-soprano et le rôle de Pollione à un ténor au moins spinto. Beaucoup de mes amis savent que mon interprétation de référence reste celle de 1974 au Théâtre Antique d’Orange. Devant le mur romain, voir s’entredéchirer Montserrat Caballé, Josephine Veasey et Jon Vickers fouettés par le mistral me bouleverse depuis 40 ans! Et puis, c’est toujours un peu chez moi…

 

Mais les lignes vocales peuvent encore bouger…

Le rôle de Norma, dès le début, posa quelques problèmes à ses interprètes. Giudita Pasta, la créatrice, ne put dompter la tessiture trop élevée pour elle et le compositeur transposa ensuite d’un demi-ton.

La Malibran, première toute grande Norma à la réputation internationale que l’on pourrait mettre en miroir avec Callas – avec le même prénom, avait une voix à la tessiture phénoménale mais était mezzo-soprano. Elle connut ainsi un succès international en chantant la version mezzo, les partitions s’adaptant alors aux voix des interprètes. Le rôle d’Adalgisa glisse vers le soprano léger et celui de Pollione devient un ténor rossinien.

Résultat sans aucun doute très étonnant pour nos oreilles modernes!

Norma Bartoli.jpegCette interprétation exotique, diront certains, nous pouvons l’entendre aujourd’hui grâce à Cecilia Bartoli. Un enregistrement, une production à Salzbourg. Sumi Jo, Adalgisa, fut une très grande Reine de la Nuit de La Flûte enchantée de Mozart, elle vint à Liège interpréter Rosine du Barbier de Séville ; John Osborn, Pollione, chante La Fille du Régiment (il gagna le concours Operalia avec cet air), la Donna del Lago, le Barbier de Séville, La Sonnambula mais aussi Guillaume Tell, La Juive, les Huguenots…

 

Un enregistrement du 1er air de Pollione, pas de très bonne qualité mais qui nous interpelle quand nous avons dans les oreilles les interprétations de Mario del Monaco, de Franco Corelli, de Jon Vickers ou de Plácido Domingo… 

 

Dans sa recherche musicologique, Cecilia Bartoli croisa évidemment le chemin de La Malibran, « la voix qui dit je t’aime ». Née en 1808, fille du grand ténor espagnol Manuel Garcia, soeur de Pauline Viardot, elle devint « La Malibran » par un premier mariage. Diva Assoluta qui déchaîna l’enthousiasme de tous les artistes de son temps. Après un divorce tumultueux, elle épousa le violoniste belge Charles-Auguste de Bériot, son seul grand amour. Victime d’un accident de cheval, elle mourut à l’âge de 28 ans. Sa  tombe se trouve au cimetière de Laeken.  

Bartoli, Norma, Bruxelles… 

 

 Le document entier, passionnant!

Grazie a Lei, cara Cecilia! 

Un commentaire sur “Norma, Maria, Cecilia et les autres…

  1. Incrédulité, vulnérabilité, horreur, peine, choc, incompréhension,deuil, peur,
    Mais aussi,
    Solidarité, empathie,câlins,cœur,chœur,entraide,fleurs,nécessité
    Et
    Services de police, pompiers,ambulanciers,infirmiers, urgences médicales,psychologiques,rapides
    Et enfin, un jour, y croire sans condition
    Paix, bonheur, rire,joie…….partout
    La musique peut beaucoup pour aider tout le monde, les voix exceptionnelles, les arias, certains airs d’opéra, le chant d’un ruisseau, les oiseaux, le vent dans les feuilles, les cigales, mon chat, et ce matin Bach comme pansement chaleureux.

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