Au féminin

Un petit livre que j’ai glissé dans ma mallette un jour de délibés, me disant que si les choses tiraient en longueur, j’aurais de quoi passer le temps agréablement. J’avais les clefs d’un joli monde.

Nous voilà dans un gynécée parisien où vivent Carla, Giuseppina, Rosalie, Simone et la Reine. À l’abri des hommes. Un mode de vie qui n’est pas un choix féministe mais une sorte d’instinct de survie car la vie les a bien cabossées, ces dames. Chacune a un sac à dos plein à ras bord de blessures, de désillusions, d’humiliations.

C’est ce que va nous raconter Karine Lambert dans son premier roman, L’immeuble des femmes qui ont renoncé aux hommes.  

prix2.jpeg  Karine Lambert.jpeg

Carla partie se ressourcer en Inde, c’est Juliette qui va occuper son appartement. Car ces dames vivent en communauté dans un grand immeuble du XXème arrondissement de Paris mais avec chacune son espace à vivre personnel.

Juliette découvre un endroit calme, fleuri, reposant. Aucun homme n’y entre jamais. Pour toutes les situations de la vie quotidienne nécessitant l’intrusion dans leur résidence, elles font appel à des femmes. Un exception: Jean-Pierre, le matou… Elles ont fait allégeance au réglement édicté par la Reine, en souffrent parfois car même leurs fils sont interdits d’entrée. Mais le lieu ne ressemble en rien à un couvent, tout y est souvent joyeux, on y partage une fois par semaine un vrai festin.

Sauf que Juliette, elle, n’a en aucun cas renoncé à l’amour des hommes. Tout en respectant l’interdit, elle va quand même titiller les certitudes, chambouler les esprits. Vous pensez, elle est monteuse et ses films cultes sont Le Vieux Fusil, Des Dieux et des hommesOut of Africa et Sur la Route de Madison. Elle côtoie tous les jours l’expression cinématographique de l’amour sublimé…

Avec légèreté, l’auteur nous brosse le portrait de ces femmes. Giuseppina, la Sicilienne, « vendue » par son père à un mari qui ne voit en elle qu’une machine à satisfaire ses besoins de mâle. Simone tombée sous le charme de l’Amérique du Sud et de ses machos. Rosalie qui a vu son François d’amour prendre ses jambes à son cou quand elle a parlé de son désir d’enfant. La Reine, ancienne danseuse étoile qui a collectionné les aventures romanesques, mais dont le corps lâche inexorablement. Juliette? Elle, elle ne fut jamais aimée de ses parents qui l’oubliaient sciemment partout où ils le pouvaient… 

C’est vif, moderne, optimiste, désenchanté aussi et plein d’humour. J’ai lu certains commentaires de lectrices qui  avaient été déçues du manque de vrai féminisme revendicateur. Ce n’est pas le propos de cette histoire mais bien les stratagèmes que ces femmes ont trouvés pour s’en sortir dignement et chercher l’apaisement.

Je ne doute pas que ce livre délicieux sera bientôt porté à l’écran. Un film choral comme Vincent, François, Paul et les autres ou Le coeur des hommes mais où cette fois, ce seront les femmes les narratrices.

Et d’ailleurs, pourquoi ne pas jouer au petit jeu des actrices qu’on verrait bien dans tel ou tel rôle? J’attends vos suggestions! 

Parmi les scènes cultes de Juliette, il y a le final de Sur la route de Madison, le moment où Francesca tourne lentement la poignée de la portière… avec Meryl Streep au sommet de son art. On se la regarde? Tout juste sublime! 

     

Comme un opéra…

Pour tout amateur d’opéra, il faut pour son plaisir une ouverture, deux ou trois actes et un bis. Je les ai eus ! Je suis comblée avec ce nouvel opus « Rita ou la retraitée ravie ».

L’ouverture

Dominique de Saint-Lazare et Barbara en furent les conceptrices.  Dès la fin de mes jours de cours, le vendredi 5 juin, l’une m’envoya le parfait kit de la retraitée zen et l’autre me convia à un superbe repas agrémenté de cadeaux!

P1050475.JPG IMG_7692.JPG

IMG_7694.JPG IMG_7710.JPG

Acte 1   

Pas de photo et pour cause, l’affaire était restée secrète jusqu’à son dénouement. Nous sommes le mercredi 16 juin, c’est mon dernier examen.  Les élèves de 3ème qui vont plancher déposent sur mon bureau ce petit mot. Attention bien émouvante mais qui me projette dans un abîme de perplexité. Leur ai-je vraiment appris quelque chose ??? hum, hum.

P1050479.JPG

Ensuite lentement mais sûrement, un défilé d’anciens élèves s’organise. Ils frappent à la porte de la classe, déclament un petit compliment, m’embrassent et m’offrent même des fleurs : la sidération commence. Puis à l’issue de l’examen, ce sont mes camas profs (les vieux et les jeunes!) qui déboulent dans la classe avec cadeaux et bouquets de fleurs. Et ce n’est pas tout, ils ont prévu un adorable apéro avec zakouskis et boissons en tous genres. Même Mich’ a fait le déplacement depuis Huy… séquence émotion!

Acte 2

Le lendemain, c’est au tour d’un duo de bobonnes, Chantal, ma chère « madame Gligli » et Anne, de me convier à un petit resto et de m’offrir des cadeaux. Repas et après-midi bien agréables. Nous nous connaissons depuis si longtemps et elles sont retraitées depuis peu. Leur mine épanouie me dit que j’ai fait le bon choix… Cadeaux avec celui de Rosa en sus!

P1050480.JPG

Acte 3

C’était jeudi soir. « La » cérémonie officielle. Nous étions trois à être fêtées. Trois amies, cela tombait bien.

10389412_10204697458302034_1057195668970039428_n.jpg

Il y eut des fleurs, des cadeaux, des embrassades, des rires et des larmes, le verre de l’amitié et le banquet. 

11667538_10204697461862123_3635722027117001459_n.jpg 10995930_10204701648566788_7451667130014513598_n.jpg

10447094_10204701636886496_8437417291964100934_n.jpg 11539740_10204701733608914_3611251933727224042_n.jpg

11018341_10204697435861473_5491639328166323351_n.jpgMais il y eut aussi LE MOMENT!!!

Oui, je vous l’avoue, le moment que j’attendais depuis des années était celui du discours de Micheline. Elle en avait composé de si délirants pour d’autres collègues que je voulais absolument avoir le mien itou! 

Il y a un an, elle m’avait lancé un S.O.S., l’inspiration lui manquait. Bonne joueuse, j’ai rempilé pour un an, histoire de lui donner un petit répit et le résultat fut au-dessus de toutes mes espérances… 

Elle sait tout de moi. 

Nous avons été si bonnes collègues, nous passant élèves et prépas. Elle m’avait légué son local après son départ ; donc en entrant chaque jour en classe, je pensais à elle…

Nous discutions aussi de littérature à la salle des professeurs, sous les yeux ahuris des autres qui se demandaient de quoi nous parlions avec tant de passion.  

Nous avons partagé des Delfosse, puisque son homme et le mien étaient de vagues cousins.

Elle est une fidèle lectrice de ce blog.

Mais elle a tout de même réussi à me surprendre !!!

Voici donc ce qu’elle a commis…

 

Quoi que vous en pensiez, les discours pour retraités,

Ce n’est vraiment plus ma tasse de thé.

Et pour chanter dignement celle que l’on fête aujourd’hui,

Il faudrait entendre, dans la langue du midi,

La voix talentueuse d’un vrai troubadour

Car Rita Leclercq, M’sieurs Dames, «  c’est du lourd  »,

Comme dirait mieux que moi son cher Luchini !

Mais j’avais promis d’être ici… et j’y suis.

Eh oui ! J’ai des dossiers sur toi, ma petite Rita…

Et tu risques de reconnaître le baiser de Tosca !

Sans avoir du beau Nicolas Le Floch le talent

Ni du commissaire Brunetti le charme troublant,

J’ai aussi mené mon enquête et j’ai interrogé

Quelques bobonnes habituées à certains dîners.

Elles n’ont pas hésité à se mettre à table

Et sont vite devenues intarissables.

C’est ainsi que j’ai pu vérifier

Que «  la dona e mobile  » !

D’abord place à Sainte Rita, patronne des cas désespérés :

Aider de jeunes Bosniaques à se rescolariser,

Epauler des gamines défavorisées

Pour qu’elles obtiennent enfin leur CEB,

C’est ce genre de prof qu’on a toujours appréciée.

Mais Rita est aussi la patronne des prostituées

Et une amoureuse des plaisirs de la vie comme toi

Peut oublier parfois de la juste mesure les lois.

Par exemple, quand on a connu ta discrétion

Nourrie de tact et de distinction,

On douterait du témoignage de Suzanne Micha

Qui, un soir, à Paris, derrière l’opéra,

T’a récupérée échevelée, débraillée,

Une manche arrachée,

Parmi les groupies et autres passionnées

A la sortie des artistes de Garnier.

Eh oui ! Sous prétexte que tu es fondue de musique classique,

Qu’on a donné ton nom à un opéra comique

Et que, toute petite, tu es montée déjà

Sur la scène de notre royal opéra,

Tu poursuis sans cesse de tes ardeurs de mélomane

Certains artistes lyriques dont tu admires… le bel organe !

«  Cosi fan tutte  » dis-tu ?… Pas sûr…

Qu’il se méfie ce jeune Péruvien photographié avec toi récemment !

Sait-il que tu l’appelles déjà ton Don Juan ?

Ta dévotion à Placido, personne ne l’ignore,

Et tu ne caches pas, en parlant de ce ténor,

Qu’il fait battre ton cœur plus que tout autre artiste.

Oui, mais quand Jaroussky entre en piste,

Conquise, tu déclares l’écouter jusqu’à l’ivresse.

Tu dis : «  Regardez son corps, ses bras, ses mains…  »… pourquoi pas ses fesses?

Puisqu’elle ne te choque pas, avoues-tu Rita,

La totale nudité sur scène d’un chanteur d’opéra !

Mais abandonnons ce sujet délicat

Et passons à Rita, la collègue très sympa.

Mille fois, tu l’as prouvé…

Quand Anne Léonard a dû s’absenter

Pour je ne sais quel brevet aquatique

A l’autre bout de la Belgique,

Supprimant ton jour de congé, tu n’as pas hésité

A faire passer des tests de math toute une matinée.

Aux quarante cours préparés au long de ta carrière

Tu as pu ainsi ajouter une nouvelle matière.

Or, de la distribution des livres au service social,

En passant par la présidence ou l’intendance de l’Amicale,

Tu jouais déjà bien des rôles à Pitteurs !

Tu ne comptais jamais tes heures…

Mais en les gaspillant parfois, ma belle

Comme ce jour, en mission pour l’ASBL,

Où tu as rapporté, avec Margaret,

Des sets de table, hideux, pour une fête.

En période électorale, c’eût été louche

D’en acheter des verts, des bleus ou des rouges…

Oui, vous aviez des restrictions de couleurs

Mais Nicole ne s’attendait pas à ces horreurs !

Peut-être que, prenant votre tâche à la légère,

Aviez-vous, en chemin, bu un petit verre ?

Car si on salue en toi l’intellectuelle

Amoureuse de la vie culturelle,

Ta jouissance des plaisirs terrestres

N’a jamais été en reste !

De la petite coupe dégustée dans ta jeunesse

Avec ta grand-mère…  «  pour dissiper la tristesse  »,

Aux montagnes escaladées pour cueillir du génépi,

Tu honores volontiers les vins de France et d’Italie,

Sans dédaigner le p’tit «  pèkèt  » du 15 août

Ni la crapuleuse Jupiler de chez nous.

On m’a rapporté qu’à Berlin, en voyage culturel,

Ne trouvant pas de verre dans votre chambre d’hôtel,

Tu as incité tes collègues à déguster du porto

Dans des godets de films photos !

Voilà le genre de prof à qui on a confié 41 ans

L’éducation de nos enfants.

Mais ce bonheur de vivre est dans ta nature

Et, dans ta vie privée ou à l’école de coiffure,

Il t’a bien aidée dans les moments les plus durs

A préserver ta vocation de passeuse de culture.

Tu as toujours été pour moi d’ailleurs

Une sorte de Jean d’Ormesson de Pitteurs.

Toujours enthousiaste et prête à partager

Tes émerveillements si variés.

Un bonus de Guillaume Gallienne

Une page de Philippe Delerm

Une escapade en Provence

Une étape du Tour de France

Des achats chez Gibert à Paris

Un grand air de Verdi…

Mille choses qui ont agi comme une Flûte enchantée

Pour recharger sans cesse les accus d’une passionnée…

Tu es venue nous dire que tu t’en vas pourtant

Sans attendre qu’on porte la retraite à septante ans !

Tu fais bien car tu es vraiment équipée

Pour déguster une retraite bien méritée.

Et même si tu rechignes à passer ton permis,

D’après ce qu’Anne Philippe en dit,

Avec un GPS greffé derrière les yeux

Tu vas, j’en suis sûr, d’ici peu

Sillonner des villes et des sites historiques

Reconvertie en guide touristique !

Mais en attendant, puisque aujourd’hui on a des verres,

Je propose qu’on se désaltère

Et qu’on les remplisse sans tarder… Pour trinquer à ta santé !

 

Comment vous dire mon état d’esprit pendant ce discours ? Je suis allée d’étonnements en découvertes, de stupeurs en tremblements de rire. Quelle virtuosité ! J’ai vécu 8 minutes et demie de pur bonheur. Merci, mille mercis, chère Micheline, car je sais ce que cela t’a coûté d’efforts pour ne pas dépasser les 10 minutes fatidiques selon Cécile (merci aussi à elle!).

Merci aussi à Marga, les deux Nicole, Pascal et Carine, Jean et Micheline pour leurs cadeaux. Merci à tous les collègues pour leur carte et la généreuse cagnotte qui l’accompagnait. Merci pour ces beaux bouquets !

P1050490.JPG

  P1050483.JPG P1050486.JPG 

Merci enfin à tous les anciens qui sont revenus à l’école pour me fêter.

Le bis

P1050484.JPGC’est à Axelle que je le dois. Son petit montage de fleurs m’a beaucoup émue car je sais combien un euro compte dans le budget de sa famille. Qu’elle sache que je suis fière d’elle car elle a réussi son CE1D en français, pas si facile cette année, avec intelligence et panache ! La dernière grande satisfaction du prof que je fus… 

  

Un violon sur l’épaule

Nous venons, en Belgique, de vivre un mois d’overdose violonistique. Comme à chaque mois de mai, le Concours Musical International Reine Elisabeth de Belgique (le CMIREB pour les fans) enchante nos soirées. Un an le violon, un an le piano, un an le chant et dès 2017, le violoncelle (quelle excitation, quel engouement déjà!).

Riche d’une longue histoire et de lauréats prestigieux,  il est un véritable phénomène au sein de la société belge : beaucoup de nos concitoyens le suivent soirée après soirée, sans être pourtant des mélomanes fanaticos, mais parce que c’est comme une trêve, la parenthèse enchantée qui revient chaque mois de juin. Et tout le monde commente le palmarès…

http://cmireb.be/

Discutant à bâtons rompus à cette occasion, nous nous sommes posé la question de savoir comment font les gauchers dans une discipline où la précision des gestes et des doigts est primordiale. Chez les guitaristes, on en connaît de célèbres, des virtuoses, qui assument leur différence : Paul Mac Cartney, Jimmy Hendrickx, Calogero, Philippe Gautier de Chico et les Gypsies… 

450px-Paul_McCartney_live_in_Dublin.jpeg Jimi_Hendrix_1967.png

484996363.jpg 800PX-~1.jpg

Qu’en est-il des violonistes? Les gauchers sont-ils donc tous des gauchers contrariés et cette différence peut-elle s’entendre?

J’ai lancé la question sur Facebook et voici la réponse de Jean-Marc Onkelinx (Merci à lui de m’avoir répondu si longuement et d’accepter que je publie son avis!): 

« Étant gaucher moi-même, j’ai dû, après quelques années passées à jouer sur une guitare classique où seules les cordes, le chevalet et le sillet de tête étaient inversés, faire fabriquer un instrument pour gaucher. En effet, même dans le cas de la guitare, les bois à l’intérieur de la caisse de résonance, l’inclinaison du manche,… sont essentiels aux performances de l’instrument. Mais comme la guitare n’est pas un instrument d’orchestre, mon professeur n’a pas jugé utile de me « contrarier ».

Je crois que les choses ne sont pas si simples dans le cas du violon. Si on peut, sans problème fabriquer un instrument inversé, si on peut en jouer en solo ou en petite formation, dans un orchestre, l’archet, fonctionnant à l’envers de ses collègues n’est non seulement pas esthétique, mais pas très pratique non plus.

Reste la question du gaucher contrarié. Elle est cruciale, mais certains pédagogues disent que lorsque l’enfant est pris très jeune, il développera un jeu de droitier comme les autres, les hémisphères du cerveau, inversés n’influent en rien là-dedans, sauf dans des cas plus graves de psycho-motricité. Par contre, plus on avance en âge, plus il est difficile de contrarier. Un adolescent gaucher qui déciderait d’apprendre le violon en droitier aurait beaucoup de peine à coordonner les mouvements, car son réflexe, bien ancré en lui, cette fois, serait de saisir l’instrument naturellement à l’envers. 

Autre cas encore, un gaucher qui jouerait sur un violon de droitier sans rien changer à l’instrument… Toute la technique violonistique est pensée (doigtés, positions, coups d’archet,…) pour jouer en droitier. Il me semble difficile de jouer le répertoire complexe classique à l’envers, la configuration de la main en serait absolument torturée. La pensée musicale (mais c’est là une autre affaire encore) en subirait les conséquences.

Prenons enfin le cas des pianistes. On ne leur inverse pas le clavier quand ils sont gauchers… et ils ne sont pas moins bons que les droitiers.

Je crois que le problème est de taille, mais que tout dépend du moment du début de l’apprentissage. Et c’est le même problème pour tous les instruments. Tout dépendra de ce qu’on veut réaliser avec lui… »

Discutant ensuite avec lui de cet échange informatique, il me signale aussi la problématique de la construction du violon, du choix des bois par le luthier et de leur résonance. Que le problème est vaste!

Merci aussi à Jean-Pierre Rousseau qui me signale ceci : « Et pourtant il y a des violonistes gauchers, comme par exemple Reinhard Goebel le « leader » de l’ensemble Musica antiqua Koeln »

http://fr.wikipedia.org/wiki/Reinhard_Goebel

Merci aussi à une correspondante (mille excuses, je n’ai pas retenu votre nom, faites-le-moi connaître et je l’ajouterai!) qui me donne ce lien bien intéressant également! 

 http://violons.centerblog.net/3-violon-gaucher

C’est si compliqué?

Permettez-moi pour une fois un billet d’humeur…

Ceux qui me côtoient sur Internet ou dans la vraie vie savent que j’ai décidé de prendre ma retraite à la fin de cette année scolaire ; dans un mois dans les faits, au 31 août administrativement parlant.

J’ai pris cette décision à la sortie d’une délibération de juin 2014, estimant que décidément on jouait un trop avec nos pieds et que les réformes à venir ne correspondaient plus à l’idée que je me faisais de ma mission d’enseignante.

Je suis rentrée à la maison et j’ai illico commencé les démarches en ce sens.

J’ai pris contact avec un fonctionnaire de la Fédération Wallonie-Bruxelles au fameux bureau d’Angleur et celui-ci m’a très aimablement expliqué la marche à suivre. Le premier document que j’ai envoyé au SdPSP à Bruxelles  (service des pensions du secteur public) est daté du 25 juin 2014. Accusé de réception et dossier à remplir reçus le 8 juillet. Le 24 juillet, la Ville de Liège, mon pouvoir organisateur, m’envoie le récapitulatif de ma carrière, me fait savoir que celui-ci a été envoyé à Bruxelles. Nouvel échange de courrier le 17 septembre (j’envoie ma lettre de démission à l’échevin de l’instruction publique) puis le 19 septembre où le bureau d’Angleur me signale que tout est encodé. La lettre se termine par « L’administration des pensions, chargée de l’instruction et du calcul de la pension, prendra contact avec vous prochainement pour le suivi de votre dossier ».

Parfait!

Parfait? Sauf que depuis cette date, plus rien! Les mois passent, je suis un peu étonnée de la tournure des événements mais ma voisine, enseignante elle aussi partie à la retraite en juin 2014, me rassure. Elle a  vécu la même situation… Le temps s’écoule et nous voici à la mi-mai, époque à laquelle l’école organise administrativement sa fin d’année : examens, délibérations, remise des bulletins et diplômes, fête des pensionnés. La sous-directrice, une amie, vient aux nouvelles (Feras-tu bien partie de la « charrette » ? parce que nous, on n’a rien te concernant…) et me conseille tout de même de m’assurer de la bonne suite de mes démarches.

Pour moi qui en étais au décompte de mes jours restants, c’est un peu comme si le sol se dérobait sous mes pieds ! Rempiler? Non, pitié… Je veux créer de l’emploi pour mes jeunes collègues !!!

Je reprends donc contact par mail avec mon aimable fonctionnaire d’Angleur, qui très gentiment me répond qu’il n’est pas à son bureau, qu’il ne peut donc pas me répondre précisément mais que, des 9 dossiers envoyés en septembre, un seul lui est revenu de Bruxelles… Il me recontactera dès qu’il aura vérifié. Angoisse.

Je téléphone ensuite à l’échevinat de l’instruction publique de la Ville de Liège, à la personne qui m’avait dit s’occuper de mon dossier et être à mon entière disposition pour toutes informations complémentaires. Sauf que, depuis, mon dossier est passé chez quelqu’un d’autre qui ne sera là que le mardi 26 mai. Douche froide !

Enfin, ce vendredi 22 mai, un nouveau mail de mon gentil fonctionnaire d’Angleur qui a tenu parole et qui me rassure à peu près totalement. Le seul dossier revenu de Bruxelles avec l’accord de la mise à la retraite, c’est le mien ! Il m’envoie une copie de la lettre d’accompagnement datée du 10 avril 2015. Mais la procédure n’est pas terminée pour autant, « le dossier peut suivre son cours »…

J’y lis que la décision a été prise après examen du flux « Capelo ». Très bien, mais ce fameux flux électronique  a été encodé début septembre. Quel gain de temps que l’informatique ! 8 mois pour vérifier, presqu’une grossesse… D’autant que ma carrière est d’un simplicité déconcertante. Plus linéaire que ça, impossible : J’aurai 61 ans et demi au 31 août, j’ai 41 ans de bons et loyaux services,  je suis entrée dans l’enseignement communal liégeois le 18 octobre 1974 et je le quitterai le 31 août 2015, sans aucune interruption de carrière, toujours le même employeur et 39 ans dans la même école ! Quel dossier compliqué à gérer, dites-moi…

Voilà où j’en suis donc ! J’ose espérer que mon interlocuteur de mardi à la Ville de Liège confirmera la bonne nouvelle. Mais le SdPSP ne m’a toujours pas contactée, le « prochainement » de leur dernier courrier date de plus de 9 mois. Quant au montant de ma retraite qu’on allait « rapidement » me calculer et me communiquer, toujours rien non plus.

Je frémis en pensant aux pauvres futurs retraités qui ont enchaîné des postes et des missions dans différents organismes publics et privés, quelle galère ils doivent vivre ! 

 

ZEN !

Pierres-et-paysages.jpeg

Mais qu’est-ce qu’il a ce George?

Je l’avoue, je fais mon mea culpa! J’avais catalogué George Tudorache, notre concertmeister de l’OPRL, comme un bad boy.

Plusieurs fois, j’avais déploré son attitude « un peu » relâchée lorsque l’orchestre devait illustrer les propos d’intervenants. Lors de présentations de saison ou de fêtes de la musique notamment, il avait adopté pendant les commentaires une attitude corporelle à mon avis inadéquate, avachi sur sa chaise, les jambes allongées, la mine boudeuse, apparemment en rien concerné par ce qui se passait autour de lui. Suffisant. Pour moi, franchement antipathique !

Quelle ne fut pas ma surprise de le voir apparaître parmi les demi-finalistes du Concours Musical International Reine Elisabeth de Belgique, un des plus prestigieux concours classiques. Le must pour nous, Belges, un moment musical suspendu, miraculeux réunissant dans un même élan toutes les communautés linguistiques, les aficionados de la musique classique et les autres ! Un curieux phénomène fédérateur à l’ancienne qui revient comme une bénédiction, une trêve tous les mois de mai. 

Hier sur les réseaux sociaux, ses partenaires de l’OPRL le saluaient, l’encourageaient, lui envoyaient tous leurs bons voeux.

j’ai donc décidé de m’intéresser honnêtement à son cas. Être concertmeister d’un phalange réputée à 28 ans, ce n’est pas banal. Remettre son autorité musicale en jeu en participant à un concours vénéré en Belgique, faut en avoir comme on dit!

Hier soir donc, j’ai regardé et écouté. Il est arrivé sans artifice (certaines jeunes femmes peuvent en jouer avec des robes élégantes), chemise blanche, mine apparemment décontractée mais volontaire, prêt à en découdre comme un baroudeur. Et il a mis le feu en présentant un programme non pas de concours mais de concert. Avec toutes les audaces d’un musicien qui se présente face au public et qui a envie de communiquer avec lui, plus que d’impressionner un jury avec de la pure virtuosité.

J’ai été bluffée. Et je ne suis pas la seule car aujourd’hui encore, le lendemain donc, le présentateur de Musiq3 et Lorenzo Gatto (deuxième prix en 2009) en débattent encore ! Sera-ce payant? Nous le saurons samedi soir mais en tout cas, il aura frappé les esprits. Bravo à lui! Respect.

Pour le réentendre :

https://www.rtbf.be/culture/musique/dossier/concours-reine-elisabeth/detail_george-tudorache-demi-finaliste?id=8980714

Pour en savoir un peu plus sur lui :     

http://www.europanova.be/?p=604

Et si le CMIREB vous est inconnu… 

http://www.concours-reine-elisabeth.be/

Rendez-vous le samedi 16 mai pour son interprétation du concerto de Mozart et pour la proclamation des 12 lauréats allant en finale… Croisons les doigts!

 

Travailleuses, travailleurs, c’est notre fête…

Pourquoi, chez nous, le 1er mai est-il la fête des travailleurs ? Étonnamment, cette coutume nous vient des États-Unis. 

Le 1er mai 1886, aux États-Unis, 200.000 travailleurs obtiennent la journée de huit heures grâce à une forte pression des syndicats. Mais un affrontement avec la police cause la mort de plusieurs personnes. En souvenir de cette victoire amère, les syndicats européens instituent quelques années plus tard une « journée internationale des travailleurs » ou « Fête des travailleurs » destinée à se renouveler tous les 1er mai. Cette journée est aujourd’hui appelée « Fête du Travail » bien que l’expression prête à confusion (on ne fête pas le travail à proprement parler mais on honore les travailleurs)

Une revendication nationale!
 
Au IVe congrès de l’American Federation of Labor, en 1884, les principaux syndicats ouvriers des États-Unis s’étaient donné deux ans pour imposer aux patrons une limitation de la journée de travail à huit heures. Ils avaient choisi de débuter leur action un 1er mai parce que beaucoup d’entreprises américaines entamaient ce jour-là leur année comptable.

Arrive le 1er mai 1886. Un grand nombre de travailleurs obtiennent immédiatement satisfaction. Mais d’autres, moins chanceux, au nombre d’environ 340.000, doivent faire grève pour forcer leur employeur à céder.

Le 3 mai, une manifestation fait trois morts parmi les grévistes de la société McCormick Harvester, à Chicago. Une marche de protestation a lieu le lendemain et dans la soirée, tandis que la manifestation se disperse à Haymarket Square, il ne reste plus que 200 manifestants face à autant de policiers. C’est alors qu’une bombe explose devant les forces de l’ordre. Elle fait une quinzaine de morts dans les rangs de la police.

emeuteschicago.jpeg

Trois syndicalistes anarchistes sont jugés et condamnés à la prison à perpétuité. Cinq autres sont pendus le 11 novembre 1886 malgré des preuves incertaines (ils seront réhabilités plusieurs années après).

Autre chose étonnante :  le 1er mai  devient la « Fête du Travail et de la concorde sociale »  et jour chômé en France sous l’occupation allemande et le régime du Maréchal Pétain en 1941 !

3105449645_1_5_TJnNDFav.jpeg

D’autres informations sur cet excellent site :   

http://www.herodote.net/Tragedies_et_joies_du_1er_Mai-evenement-18860501.php

 

Voilà pour l’aspect social et politique. Mais pourquoi maintenant le muguet?

Il y a quelques années, j’avais posté le fruit de mes recherches à propos de cette coutume du muguet. Je vous repropose le texte inspiré d’un excellent article de Marc Fourny sur LePoint.fr.

Le mois de mai a toujours été un moment charnière, célébré par différentes civilisations. Pour les Celtes, il s’agit de la fête de Beltaine, le passage de la saison sombre à la saison claire, de l’hiver au printemps en quelque sorte, qui signifie la reprise des activités, le retour dans les champs et le début des expéditions guerrières. De grands bûchers sont allumés pendant que les druides récitent des incantations. Chez les Romains, la période est encore plus festive avec le déroulement des Jeux floraux fêtant l’efflorescence de la nature dans toute son exubérence. Pendant plusieurs jours d’affilée, orgies et danses obscènes rythment la vie des Romains en l’honneur de la déesse Flore, dont la statue est représentée chargée de fleurs. Désormais, l’arrivée du mois de mai gardera cet aspect exceptionnel et festif. Au Moyen Âge, c’est celui des accordailles ou des fiançailles entre jeunes gens : on dépose les premières fleurs de la saison devant la porte de la promise, en fonction de ses qualités. À Toulouse, un grand concours de poésie célébrant la langue d’oc : dès le XIVe siècle, troubadours et ménestrels rivalisent de rimes pour décrocher les premiers prix, des fleurs d’argent telles la violette, l’églantine, le souci ou encore l’oeillet.

Églantine rouge contre muguet blanc

Le muguet pointe le bout de ses cloches à la Renaissance, lorsque le tout jeune roi Charles IX le popularise à la cour de France. La légende veut que le chevalier Louis de Girard ait offert au monarque un bouquet de cette fleur embaumante et encore assez méconnue, de retour d’une mission. Charles IX apprécie tellement la fleur qu’il décide d’en offrir à toutes les dames de la cour la veille de son sacre, le 1er mai 1561, comme gage de bonheur. Le geste s’oublia quelque peu : il faut dire que le massacre de la Saint-Barthélemy ne fut pas la marque d’un règne fort heureux et que le muguet reste une plante potentiellement toxique…

La fin du XIXème siècle, en pleine révolution industrielle, les clochettes n’ont pas encore investi les rues. La fleur d’églantine règne en maître lors du 1er mai : sa couleur rouge reste le signe de reconnaissance des ouvriers qui défilent sur le pavé pour réclamer l’abaissement de la journée de travail à huit heures. Pas question pour les socialistes de choisir le muguet blanc, surtout connu des Parisiens et associé depuis trop longtemps au culte de la Vierge Marie fêtée au mois de mai – les clochettes symbolisant les larmes de la mère du Christ. Les fleurs d’églantine, cultivées au nord de la France, là où se déroulent les premiers rassemblements massifs d’ouvriers, deviennent naturellement le signe de reconnaissance des manifestants, et les policiers commencent à surveiller de près ces contestataires à la « boutonnière fleurie » en tête des cortèges.

d-eglantine-2.jpeg muguet-2010.jpeg

Le muguet symbole de la réconciliation nationale 

Mais le marketing va finir par gagner la partie. Dès 1900, les couturiers distribuent des brins de muguet à toutes leurs clientes à l’occasion du 1er mai. La fleur devient le symbole du printemps, de l’amour et des beaux jours…Elle orne peu à peu corsages et chapeaux des employés, la presse s’en mêle avec des articles pittoresques, les cartes postales se multiplient comme autant de porte-bonheur. Au même moment, la parfumerie parvient à recréer de manière artificielle sa fragrance si particulière dont les femmes raffolent. En 1910, les deux fleurs sont au coude à coude : on compare les « églantinards des boulevards », ferments de la Révolution, aux amoureux tranquilles avec leur brin de muguet. Et lorsque les jeunes filles des halles apportent leurs bouquets de clochettes au président de la République, la messe est dite : la France entière adopte rapidement les couleurs vertes et blanches d’une fleur délicate. L’églantine ne peut plus lutter contre la production quasi industrielle, notamment autour de Nantes, du nouveau symbole du 1er mai. En 1936, un compromis est trouvé : les manifestants mettront un petit ruban rouge autour de leur brin un peu trop blanc. Cette fois, le muguet a conquis toute la France, des catholiques aux socialistes.

Vous ayant livré toutes ces informations un peu étonnantes et, je l’espère intéressantes, je vous souhaite à toutes et à tous, chers amis lecteurs, tout le bonheur du monde pour les 365 jours qui arrivent! Musique, j’adore cette chanson!