Haut comme 3 apples…

En vacances encore pour quelques jours avec un vrai temps de Toussaint, je me venge donc sur la télé où quand on cherche, on trouve pléthore d’émissions intéressantes. Au détour de l’une d’entre elles, un sujet grave qui ne me concerne plus vraiment mais hélas bien d’actualité : la recherche d’un emploi et la rédaction d’un C.V. efficace.

L’homme de « com » que l’on interviewait dégagea d’un revers de la main dédaigneux le C.V. papier. La lettre manuscrite, de la préhistoire… Pourtant, moi, en tant que prof de français, je trouve la copie manuscrite très instructive sur la personnalité de celui qui l’a rédigée. Sans parler de la syntaxe et de l’orthographe, on peut y déceler bien des choses : le soin, l’organisation dans l’espace (chaque élément du texte à la bonne place), l’élégance, l’originalité de l’écriture…

Sans doute suis-je ringarde ; le nec plus ultra aujourd’hui, c’est le C.V. vidéo. On s’y met en scène avec plus ou moins de sérieux, plus ou moins d’humour, plus ou moins de dextérité et de bon goût. Pas mal, après tout. 

Pour les chasseurs de tête, il est évident que si on est jeune et créatif, ça saute aux yeux ! La preuve!

Superbe coup de pub de l’agence Curriculum Vidéo qui vous propose de créer un C.V. de 80 secondes irrésistible aux yeux des employeurs ! On veut bien les croire !

Migration d’oiseaux…

Ce vendredi, j’ai assisté à un spectacle incroyable. Franchissant la Meuse tôt le matin pour me rendre au travail, j’ai soudain vu débouler un escadron d’une centaine d’oies cendrées qui commençaient sans aucun doute leur migration. Mais au lieu de croiser dans le ciel, elles avaient choisi de passer sous la Passerelle, au ras de l’eau, dans un ensemble digne de la Patrouille de France. Ce fut un spectacle inouï que j’ai pu contempler du petit promontoire qui donne l’impression romantique d’être accoudé au bastingage d’un paquebot.

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Croyez-moi si vous voulez, je fus la seule à m’arrêter… Mes compagnons de traversée n’ont, à mon avis, rien vu venir ni rien entendu. L’oeil fixé sur leur Ipod au cas où le sort de l’humanité dépendrait de leur Facebook, l’oreille bouchonnée par leur musique dématérialisée.

La nature leur réservait pourtant un moment inoubliable. Tant pis pour eux!

Que l’on parle d’oiseaux, je vous propose une vidéo que m’a envoyée ma cousine du Québec. Tchaikovsky mode cuisine chinoise, c’est du Nem de cygnes (pardon!)…  Poétique? Athlétique !

Gymnastique théâtrale liégeoise

Même si toutes les générations liégeoises et immigrées s’essayent au wallon et le font vivre tant bien que mal, Liège est une indécrottable cité francophone et à ce titre, elle se doit d’avoir un lieu de « théâtre parlé ».  Il faut avouer que depuis très longtemps, le théâtre parlé fut le plus mal loti, entre l’orchestre et la rénovation de sa salle, et la totale métamorphose de l’opéra.

Ceux de ma génération gardent un souvenir ému du Théâtre du Gymnase situé au pied des degrés du square Notger au sommet de l’antique place Saint-Lambert. Sa démolition fut vécue, pour tous les Liégeois, comme le premier acte de la tragédie de cette place. Le théâtre Royal du Gymnase… Royal et du Gymnase comme à Paris, oui, oui! L’esprit principautaire ne reculait devant rien à l’époque, on se la pétait un peu…  

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Après, où aller, où partir en exil? Mais chez Tchantchès, pardi! À Dju d’là Mouse, Outremeuse-sur-Meuse, rive droite. Le grand écart  au-dessus du fleuve, et il lui ouvrit les bras, l’accueillit pendant 37 ans. Ainsi naquit l’épisode du Théâtre de la Place, théâtre dit « éphémère » (hum)…

Le rêve de tout Liégeois : le retour de « son » Théâtre  sur la place Saint-Lambert, comme un pied de nez à l’histoire. Mais l’espace Tivoli, seul endroit encore non bâti, ne convenait pas. On finissait par se résigner :  condamné à jamais au préfabriqué, notre théâtre parlé…

C’est alors que naquit le projet de l’Émulation. Bâtiment à l’abandon, chancre culturel nargué par le siège du savoir, l’Université, juste en face. De deux misères réunies, pourquoi ne pas faire un miracle? C’est ce que nous avons découvert le samedi 5 octobre.

Voilà donc un nouveau théâtre à Liège, « le Théâtre de Liège »,  que le public fut convié à découvrir tout un week-end avec des visites, des concerts et des animations. La foule avait répondu en masse, ce qui me conforte dans l’idée que les Liégeois sont plus que jamais attentifs au moindre frémissement qui annonce la renaissance de leur ville, dont ils sont si fiers. Une attitude positive pleine d’espoir, je vous en reparlerai un peu plus tard.

Quand nous sommes arrivés en fin d’après-midi, le hall était encore plein à craquer de candidats à la visite. Les hôtesses nous ont découragés d’attendre mais nous nous nous sommes incrustés, nous voulions montrer aux enfants ce nouveau théâtre! Et nous fûmes vraiment vernis puisque, en tant que dernier groupe de la journée, nous fûmes pris en charge par le directeur lui-même, Serge Rangoni.

Quelle chance! Pour cause d’encombrement (toujours la foule, on frisait la rançon du succès), il nous emmena tout d’abord dehors contempler le bâtiment. Il nous parla avec passion de ce lieu, de son histoire. « Place du XX août », souvenir de fusillés à cette date en 1914 par l’armée allemande. Le bâtiment? incendié en représailles, reconstruit par l’asbl Société libre de l’Émulation dans un esprit assez rétrograde pour l’époque puisqu’il est contemporain de Flagey à Bruxelles, symbole de l’art Nouveau. 

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On saura tout : la visite se fera à l’envers, pour notre plus grand bonheur: des ateliers de costumes et des coulisses vers les lieux publics.

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Un restaurant gastronomique « Le Balcon de l’Émulation »,accessible même en dehors des spectacles, clair et ouvert sur l’extérieur.

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Rénovation vraiment très réussie avec la mise en valeur de la beauté intrinsèque du bâtiment et de son mariage avec des parois en bois, modernes mais très douces à l’oeil, rassurantes, accueillantes. Le visiteur-spectateur est comme cocoonné! 

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Seul regret : la salle de la Grande Main dont il nous avait expliqué toute la complexité architecturale nous restera fermée, les animations y avaient débuté. On ira comme spectateurs, c’est pas plus mal…  

Un fil conducteur : tous ces textes et petites phrases qui ponctuent chaque endroit:

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Le plafond du hall d’entrée est ceinturé d’une frise où l’on parle d’un Alberto et d’une Elsa…

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C’è Alberto M., il vero ? Moravia, sicuro! E la sua Elsa… Certo, ragazzi, non si puo essere che la stupenda Elsa Morante… Chè bellezza, no?

Et puis levez  les yeux, la verrière a aussi son secret…

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L’ensemble est complété au rez-de-chaussée par Le Café des Arts et une nouvelle librairie que je m’en vais visiter un de ces jours.

Un petit album des photos de la visite sur la colonne de droite pour ceux qui veulent en voir plus. 

Vous voulez connaître la Société de l’Émulation qui donna son nom au bâtiment ? Vous y rencontrerez Velbruck et de Launoit, des noms qui comptent à Liège!

http://www.emulation-liege.be/fr/Historique/7.html  

Viva Verdi!

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C’était hier, l’exact bicentenaire. J’ai fait le tour des sites et autres blogs musicaux que je fréquente régulièrement, tous rendent hommage au grand homme. Pourtant dans certains commentaires sur Facebook notamment, j’ai lu un certain mépris de la part de mélomanes plus enclins à aimer la musique de chambre, baroque, contemporaine. Et j’avoue que cela m’attriste. Oui, notre cher « Peppino » comme aimait l’appeler affectueusement son épouse est encore bien souvent considéré comme « populaire ». Pire, dans leur bouche, « vulgaire »…

Vulgaire, dites-vous? Sachant que le mot vulgaire vient du latin « vulgus » ayant notamment comme signification le peuple ou encore le public, j’en arrive à me dire que ce commentaire volontairement désobligeant dans la bouche de nos contemporains aurait drôlement bien plu au maître de Busseto ! 

J’ai souvent dit ici combien le peuple italien d’hier et d’aujourd’hui s’identifie à Verdi. Lors de mes voyages en Italie, il y eut plusieurs fois des catastrophes nationales, attentats ou tremblements de terre. La foule rassemblée ne chantait pas Fratelli d’Italia mais d’une seule voix, d’une seule âme « Va, pensiero« .

J’ai aussi dit souvent ici mon amour pour Verdi et son oeuvre. Un artiste toujours en évolution, ancré dans la tradition italienne mais à l’écoute de la modernité, la devançant parfois (ce magique Fastaff!). Un homme qui n’a jamais renié ses convictions, qui a combattu la censure, qui a mis en exergue l’intolérance de la religion catholique. Un homme libre qui a vécu sa vie intime en bravant tous les interdits, à la campagne de sucroît. Un homme politiquement engagé.  Un notable ayant mis son aisance pécuniaire au service des humbles et des faibles, la Casa  Verdi en est toujours un exemple remarquable.

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Statue de Verdi – Piazza Buonarotti, Casa di riposo per musicisti – Milano

 

Verdi, un musicien à « flonflons » comme on me l’a dit l’autre jour ?

De son oeuvre immense, faudrait-il choisir un seul exemple pour mettre à mal cet avis, que je proposerais l’incroyable duo de basses dans Don Carlo. Un duo de basses, déjà ça, c’est révolutionnaire! Et puis  nous voyons Philippe II, roi d’Espagne, se confrontant au Grand Inquisiteur sur la mise à mort de son fils pour raison d’état…et puis surgit la question de l’hérésie. Frissons garantis, les amis, et dites-moi si vous entendez les relents d’un bal musette dans cette partition sublime !  

 

Il ne faut pas non plus oublier que Verdi a créé une typologie de voix, le baryton qui porte son nom, un  emploi moderne, riche vocalement et théâtralement. Que feraient les barytons d’aujourd’hui sans Verdi? Pour les fans et pour les autres, voici le beau Dmitri Hvorostovsky, baryton sibérien dont j’ai découvert la voix en achetant par hasard son premier CD consacré à Verdi au marché de Vaison-la Romaine il y a 20 ans… Passions modernes d’Un Ballo in maschera !

 

Que dire encore? Voyez Otello ! Le sublime duo d’amour du 1er acte, Plácido Domingo et Kiri te Kanawa en direct du Covent Garden de Londres, sous la direction de Sir Georg Solti en 1992.            

 

Le plus bel hommage à Verdi, citoyen italien, homme du peuple, VULGUS donc pour certains. C’était le 20 mars 2011 à Rome, le maestro Riccardo Muti sonnait le début de l’hallali de Berlusconi… Va pensiero !

 

N’oublions pas Rigoletto, né sous la plume du grand « Totor » Hugo, qui se dresse contre les privilèges des grands. Et la Traviata, la Dame aux camélias d’Alexandre Dumas fils, femme libre victime du bon plaisir puis des préjugés des bourgeois. Personne ne peut résister à cette musique déchirante d’humanité.

Grazie a Lei, Signor Verdi !  

 

Petit quizz sympa… http://www.lamonnaie.be/fr/130/

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Superbes reportages et photos sur http://operachic.typepad.com/

 

36 chandelles X 1000… et beaucoup plus !

Et sans doute autant de visiteurs à cette nouvelle édition des Coteaux de la Citadelle à Liège. Est-ce le classement par le Huffington Post des escaliers de la Montagne de Bueren comme les plus extrêmes du monde, ou le pouvoir romantique des milliers de bougies, ou la météo idyllique de cette nuit, ou encore la légendaire convivialité des fêtes liégeoises? Peu importe ! En cette nuit du 5 octobre, Liège fut plus que jamais la Cité Ardente dans le quartier Hors-Château.

Ah! cette Montagne de Bueren, elle s’impose dans le panorama de Liège. On nous la fait contempler avec orgueil dès notre plus tendre enfance. De mon temps, le plaisir était double puisque la caserne des pompiers se trouvait au pied et avec un peu de chance, le vertige des escaliers se combinait au frisson de voir partir la grande échelle toutes sirènes hurlantes.

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Elle s’impose dans l’âme et la fierté liégeoise, le lieu mythique d’un fait d’armes désespéré des Liégeois attaqués par Charles le Téméraire et trahi par le Roi de France.

En 1468, la Principauté de Liège est cernée de toutes parts par les possessions des Ducs de Bourgogne, farouches opposants au Roi de France. Mariages, achats, héritages, et enfin installation d’un prince-évêque aux ordres de Philippe le Bon, tout est organisé pour faire céder Liège. On en vient à la guerre. Les Liégeois s’allient au roi de France Louis XI, qui les trahit. Charles le Téméraire, ayant succédé à son père Philippe le Bon, supprime toutes les libertés de la Ville et le Perron est envoyé à Bruges. Honte suprême.

Des patriotes liégeois tentent un coup de force : Jean de Wilde, Gosuin de Streel et Vincent de Bueren, alors que le Duc de Bourgogne et le Roi de France assiègent la ville en installant leur campement sur les hauteurs. Sont appelés à la rescousse 600 Franchimontois qui tentent la nuit du 29 au 30 octobre 1468, l’opération de la dernière chance. Ils échouent. Les soldats bourguignons mettent à sac la ville, la pillent et l’incendient ; le feu brûle pendant 7 jours, la ville est rasée.

La Montagne de Bueren symboliserait le chemin emprunté par les 600 Franchimontois, ce qui occasionne une méprise entre le nombre de soldats et de marches. Des marches, il y en a 374 à presque 30 degrés d’inclinaison, sur près de 200 mètres entre le quartier Hors-Château et le Citadelle.

Certains historiens pensent que les assaillants seraient plutôt montés par Sainte-Marguerite car le camp du Téméraire se situait vers la Côte d’Ans. Personnellement, j’ai habité toute ma jeunesse dans le quartier de Xhovémont-Saint Walburge et la rue des Neuves Brassines (en face du stade d’athlétisme Naimette-Xhovémont pour ceux qui connaissent), où habite encore ma maman, est considérée comme le lieu du camp bourguignon (entre la Citadelle et la côte d’Ans effectivement). Brassines voulant dire brasseries en français de l’époque, les Bourguignons parqués là ne buvaient pas que du pinard, c’est moi qui vous le dis!

La Montagne de Bueren telle que nous la connaissons aujourd’hui est une construction datant de la fin du 19ème siècle, suite à une décision du Conseil Communal, afin de permettre à la garnison en poste à la Citadelle de dégringoler rapidement en ville pour mater les soulèvements populaires. Donc un pur syndrome haussmannien, notre Montagne ? Tempérons : on dit aussi que ces escaliers permettaient aux soldats de ne pas passer par la rue Pierreuse où étaient installés cafés et péripatéticiennes…

Qu’importe l’histoire après tout ! Aujourd’hui, la Montagne de Bueren tout enflammée de dessins en bougies reste le clou de l’embrasement des Côteaux de la Citadelle chaque 1er samedi d’octobre. La version 2013 était, aux dires des spécialistes, particulièrement spectaculaire.

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Grâce à mon amie Barbara et à ses grands petits-enfants, j’ai vécu pour la première fois cette fête.

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Tout le quartier Hors-Château était illuminé de milliers de bougies, le chemin agrémenté de concerts, de stands de boissons et restaurations en tous genres (on est à Liège!).

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Arrivés à l’esplanade Saint-Léonard (là se situait la lugubre prison jusqu’en 1982  à l’architecture de château-fort, geôle des prisonniers politiques lors de la seconde guerre mondiale), on grimpe à travers bois par un chemin escarpé toujours parsemé de bougies jusqu’à la Citadelle. On chemine sur le promontoire, contemplant le panorama coloré de la ville avec, en prime, le champ de la foire d’octobre.

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Et puis, nous voilà au-dessus de cette fameuse Montagne qu’on redescend en slalomant entre les bougies. La foule est immense, certains grimpent et montent à la vitesse de l’éclair. Nous, nous nous arrêtons chez une collègue de Barbara qui vient d’y acquérir une maison. Tout étroite avec trois étages à l’escalier tournant raide à l’intérieur. Avec ceux de l’extérieur, je frise l’overdose et je me dis qu’à l’âge de vieillesse, il y aura de quoi déchanter, quel que soit… le charme indéniable de la maison!

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Nous vagabondons vers le Musée de la Vie Wallonne, dégustant une succulente pâtisserie et une bière bien rafraîchissante, les jeunes étant condamnés aux jus de fruits.

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Vers 23h30, un superbe feu d’artifice ponctue le milieu de la nuit, des effets pyrotechniques jamais vus, somptueux !

Il nous reste une heure avant le dernier autobus, nous nous laissons bercer par la foule bonne enfant et festive, faisant une dernière découverte au Collège Sainte-Croix, une église havre de calme polychrome dont je n’avais, je l’avoue, jamais entendu parler. Superbe!

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Nous traversons la Place du Marché aux terrasses surchargées de monde, une foule festive, heureuse, paisible. Pas un propos, pas un geste violent durant toute cette nuit, le bonheur! C’est Liège, tout simplement et merveilleusement.

Je vous propose un album de photos prises avec mon tout petit appareil numérique en pleine nuit mais il y a l’ambiance à défaut de qualités photographiques indéniables (!). Que cela vous donne l’envie de participer à la prochaine édition 2014, avec un p’tit rail de pekets aromatisés, why not? Nous, ayant charge d’âmes, nous avons terminé la nuit à la maison, un p’tit verre d’un joli Bordeaux en agréable somnifère. Journée full car avant, il y avait eu la visite de l’Émulation.

Compte-rendu pour demain, faut pas abuser des bonnes choses, même à Lîdje, crê vin d’jû!   

L’album, en haut à droite. Enjoy, piacere a tutti!

Quiétude avec Mickey

leadImage_mini.jpegC’est « le » dimanche sans voitures » dans ma commune. Dès le saut du lit, on sent que quelque chose a changé. Plus de cette rumeur diffuse, de ce ronflement alangui parfois boosté par les sirènes bleues des cow-boys de la rue parallèle qui se croient trop souvent chargés de mission de la NYPD.

On est bien. Pour peu on se croirait dans la vraie campagne, à quelques kilomètres, dans la plaine hesbignonne.

Alors on savoure, le chien et moi ! On part se promener sur le RAVEL en marchant au milieu de la rue de l’Yser. Bacchus me tire insensiblement vers le trottoir, prudent : « Ma maîtresse est devenue folle, déambuler là au plein milieu… » T’inquiète, mon p’tit loup, on est les rois du macadam aujourd’hui ! Savoure et respire!

Brocante bon enfant, stands en tous genres, tente de ventes de livres à des prix ultra-démocratiques, couscous et merguez, apéro entre voisins, vélos électriques et poussettes, le top et même le soleil tente une ouverture.

 Un bon dimanche matin.

Zen.

Tiens, ça me donne l’envie de vous faire découvrir ce qu’une amie italienne m’a envoyé. Le Quiet ensemble, vous connaissez?

C’est italien et très spécial, un collectif qui utilise les concerts « invisibles » d’objets de la vie quotidienne. Voici Orchestra da camera, une installation musicale avec 40 souris qui activent des roues sonores porteuses de maïs. Chaque roue a un carillon et quand il tourne, le carillon commence à jouer sa note musicale. Le grand nombre de carillons et les actions aléatoires des créatures vivantes rendent les mélodies indéfinissables, créant un tapis musical inattendu déterminé par la souris : comme du Mozart, du Brahms ou ce que votre imagination désire.

Le Quintetto des poissons rouges n’est pas mal non plus ! 

Pour tout découvrir : http://one360.eu/blog/?p=10250

La quarantième…

Quarante, oui. Je viens d’effectuer ma quarantième rentrée scolaire en tant que professeur et ça me donne un peu le vertige. Combien d’élèves ai-je vus s’installer devant moi?

Lundi matin, je me suis levée avec un drôle de sentiment au coeur : cette rentrée aurait dû être la dernière, celle que nous attendions avec gourmandise, mon mari et moi, en nous réjouissant du prochain été en Provence qui serait long, long, long! Plus besoin de partir et de rentrer comme tout le monde quand Bisons Futé voit rouge ou noir. On y serait restés jusqu’aux vendanges au moins ! Alors j’aurais préparé ma mallette, mon journal de classe, les copies de mes élèves avec un peu de nostalgie tout de même, comme il se doit lors de cette ultime étape qui m’aurait conduite à la retraite dix mois plus tard. Oui, j’aurais été émue de cet instant.

Mais le scénario a changé et me voilà bien obligée d’envisager un nouveau projet de vie future. L’émotion, ce lundi matin, était autre : j’allais faire cette quarantième rentrée après une longue parenthèse douloureuse et l’abandon de ce rêve de bonheur à deux.

Et il y en aura une quarante et unième, peut-être même une quarante-deuxième.

J’ai passé mon été à remettre de l’ordre dans ma tête et dans la maison. J’ai tâché vaille que vaille de me fixer de nouveaux objectifs personnels et de repenser l’organisation de ma vie et de ma maison. Nous l’avions un peu délaissée, imaginant passer le plus clair de notre temps sous le soleil. Alors de grands travaux de rénovation s’imposent maintenant. Pour les mener à bien, il me faut travailler un peu plus longtemps. Donc je rempile !

imagesCA325780.jpegJ’avais pensé vivre cette dernière année scolaire avec mon « vieux » matériel. Eh bien, puisque j’ai encore deux bonnes années devant moi, j’ai fait comme les bons élèves : une nouvelle mallette, de nouveaux classeurs, un nouveau stylo… et j’ai même commencé à redonner un coup de jeune à mes cours, ce que je faisais chaque été, attablée à l’ombre des chênes provençaux sous le regard ahuri de ma voisine qui « ne savait pas qu’un prof travaillait autant pendant ses vacances »… Pour le dernier round, je m’étais dit que mes préparations de l’an dernier feraient bien l’affaire. Mais voilà, j’ai encore quelques idées de leçons qui me trottent dans la tête. Pourquoi me priver de les réaliser ? S’il faut rempiler, que ce soit dans l’enthousiasme !

Après cinq mois de pause, je savais en me levant ce matin qu’il y aurait des élèves qui m’attendraient au coin du bois avec un joyeux « Bonjour M’dame!, vous allez bien? » et des collègues qui m’accueilleraient avec une chaleureuse accolade. J’allais même en retrouver deux qui, depuis mon absence, étaient devenues mamans. La vie continue, heureusement.

Pardon donc à mes lecteurs d’être restée silencieuse une bonne semaine mais il m’a fallu remettre tous mes cours en ordre, et puis le métier de prof étant très physique – je déteste rester assise – je suis allée tous les soirs dormir avec les poules, question de récupération sportive!        

Une traversée du désert

C’est une actrice épatante, dirait Jean d’Ormesson ; rare, diraient les gens du métier. Elle choisit consciencieusement les films qu’elle va interpréter, des films forts :

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Oui, c’est elle, Sylvie Testud. Sorte de petit oiseau blond aux yeux bleus d’origine italienne, écrivaine également, dont les livres ont aussi été portés à l’écran. Pour ma part, ce qui me l’a fait découvrir et aimer, c’est son interprétation de Françoise Sagan dans le film de Diane Kurys. Tellement convaincante qu’on a parfois difficile dans un choix de photos de discerner l’actrice de la véritable Sagan.

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Vous voulez en savoir plus sur cette comédienne qui déclare : « J’aime vivre dans l’adultère avec moi-même« ? 

http://www.psychologies.com/Culture/Divan-de-Stars/Interviews/Sylvie-Testud-Je-ne-suis-pas-rebelle-je-suis-libre

C’est exactement le genre de personne que Frédéric Lopez aime confronter à des peuples étonnants dans ses émissions  Rendez-vous en terre inconnue. La rencontre sera enrichissante, émouvante, exaltante, enchanteresse d’humanité.

Bon nombre de ces émissions sont devenues des bombes d’émotion vraie (Muriel Robin qui se couvre de boue et qui convainc des femmes d’entrer dans la mer, chose qu’aucune n’a jamais osé faire ; Gilbert Montagné qui se rend au Zanskar et qui confronte ses hôtes à sa cécité ; ou encore Patrick Timsit qui a ressenti le besoin de partager sa découverte avec son fils).

L’émissions avec Sylvie Testud est de celle-là. D’autant que le cadre est le désert. Et quel désert! Voici l’émission en entier, c’est un baume au coeur et aux yeux. Si vous n’avez pas le temps ou pas l’envie de tout regarder, alors calez le curseur sur 1h20.47 , une découverte sublime vous attend. Mais tout est sublime dans ce film sur les Gorane, je suis certaine que si vous regardez cet extrait, vous allez revenir en arrière ! Rencontres de femmes, d’hommes fiers, courageux et si accueillants. Quelle leçon pour nous, Occidentaux parfois arrogants dans nos certitudes !

Une  telle émission qui réconcilie avec l’humanité, ne vous en privez pas ! Et dites-moi ce que vous avez ressenti. Du bonheur, j’espère, c’est tout le mal que je vous souhaite!

Les uns et les autres sans Lelouch

C’est le titre d’une collection de biographies de chez Gallimard dont voici la philosophie :

« Des vies mais telles que la mémoire les invente, que notre imagination les recrée, qu’une passion les anime. Des récits subjectifs, à mille lieues de la biographie traditionnelle. L’un et l’autre : l’auteur et son héros secret, le peintre et son modèle. Entre eux, un lien intime et fort. Entre le portrait d’un autre et l’autoportrait, où placer la frontière? Les uns et les autres : aussi bien ceux qui ont occupé avec éclat le devant de la scène que ceux qui ne sont présents que sur notre scène intérieure, personnes ou lieux, visages oubliés, noms effacés, profils perdus. »

Bernard Chambaz, professeur-poète-écrivain-essayiste français, a parfaitement fait sienne cette philosophie en nous livrant le récit de la vie d’un musicien dont le début et la fin de la vie pourraient se résumer en ces deux photos :

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Bien mystérieux, n’est-ce pas ? À bien contempler ces deux clichés, ce musicien naquit dans le sud de l’Europe et mourut dans le nord.

On peut même imaginer qu’il s’agit de l’Italie et de la Belgique, dans une ville sillonnée par des trams, Bruxelles? Voyons voir : quel musicien italien a bien pu recevoir un hommage posthume en l’église Royale Sainte-Marie de Schaerbeek? 

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Oui, c’est bien lui, Giacomo Puccini, le compositeur de La Bohème, de Madama Butterfly, de Tosca, de Turandot notamment, né à Lucques en 1858 et décédé en 1924 dans une clinique d’Ixelles où il était venu faire soigner un cancer de la gorge.

Si l’on voulait être manichéen comme on dit aujourd’hui, on pourrait résumer l’opéra italien par les noms de Puccini et de Verdi. Verdi, parfois bien en prise avec la mélancolie des paysages de la plaine du Pô, nous apparaît pourtant comme un colosse, un phare du Risorgimento et des Chemises rouges de Garibaldi, une personnalité exaltante dont tous les Italiens sont encore fiers aujourd’hui. Puccini vécut aussi à une époque troublée, mais les chemises avaient pris la couleur noire et annonçaient le fascisme. Éternel neurasthénique des paysages brumeux toscans de Torre del Lago, il se fâcha avec son ami Toscanini pour avoir accepté avec une indifférence un peu molle, quelques honneurs des nouveaux maîtres de l’Italie. De sa vie intime, on retient sa passion des femmes et de la cigarette, des voitures et de la bicyclette. Cette dernière passion qu’il partage avec son biographe. Vie entâchée par un drame personnel tout comme celle de Bernard Chambaz également et qui va les réunir bien plus qu’on ne l’imagine comme on le comprend à la fin.

J’ai acheté ce livre à l’aveuglette, ne connaissant ni l’auteur ni la collection, simplement attirée par le sujet, Puccini est un de mes compositeurs préférés et j’aime qu’on lui rendre enfin justice. Ne vous attendez pas à une oeuvre biographique rigoureuse. C’est un peu comme si vous et moi, admirateurs de Puccini, nous nous mettions à raconter sa vie à un ami. En toute simplicité et sans souci de précision historique (mais sans erreur non plus!). Cela donne un livre absolument charmant, savoureux et bouleversant. Il nous chante aux oreilles. 

9782070138272FS.jpg« Né à Lucques à deux pas de la cathédrale Saint-Martin, achète avec son premier cachet une bicyclette, aime les voitures rapides et rutilantes, fumeur invétéré, chasseur, doué pour la mélodie, prétend que ses deux instruments préférés sont le piano et le fusil de chasse, chiche par nature, débourse une jolie somme pour que sa femme échappe à la prison quand leur domestique s’empoisonne au curare, asssez indifférent au mouvement général de l’histoire mais sans la moindre sympathie pour les Chemises noires, esprit curieux des inventions technologiques, auteur d’une ode au dentifrice, tempérament éclectique, timide, toujours très attiré par les femmes, amateur occasionnel du cinématographe, ému à jamais par le spectacle des peupliers, renonce à se faire greffer des couilles de gorille à cause de son diabète, drôle à ses heures, foncièrement optimiste malgré tout, mort à Bruxelles d’un cancer de la gorge.

J’ai toujours eu à traîner un lourd fardeau de mélancolie. Il n’ya aucune raison à cela, mais je suis fait ainsi. C’est, lui, Puccini qui l’a écrit. » B.C.

Catalogué comme « le » musicien de la femme » pour avoir si bien mis en scène les amours tumultueuses de Manon Lescaut, de Mimi, de Cio-Cio-San, de Floria Tosca, de Minnie ou de Turandot ; classé dans ce courant vériste souvent dénigré par les mélomanes intellectuels. Pour ma part, j’estime qu’il vaut bien mieux que cela et je n’ai pas peur de dire que je le mets au même niveau que Ravel ou Richard Strauss dans la virtuosité et la richesse de l’orchestration. Mon avis musical, c’est pour la prochaine fois !

Mais que je vous dise aujourd’hui, ce livre est un vrai délice ! Si vous ne vous précipitez pas sur vos CD de Giacomo pendant et après sa lecture, je n’y comprends plus rien!

Encore un mot sur Puccini et Bruxelles. Il y vint se faire soigner car lors de ses précédents séjours, il avait apprécié beaucoup les spectacles du Théâtre de la Monnaie et l’Art Nouveau à la belge.

Durant ses voyages, il vécut avenue Rogier et surtout au 294 de la rue Royale à Saint-Josse, dans un bâtiment connu sous le nom de « Hôtel Puccini ». Un salon couronné d’un plafond à caissons à l’acoustique exceptionnelle lui permettait d’écouter de la musique avant de se rendre à La Monnaie. 

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220px-Puccini_IMG_2523.jpegEn 1924, il séjourna au n°1 de l’avenue de la Couronne à Ixelles où il mourut, étant soigné par le Professeur Ledoux dans une clinique du quartier (disparue depuis) et un hommage religieux lui fut rendu en l’église Royale Sainte-Marie de Schaerbeek.

 Une archive intéressante :

http://archives.lesoir.be/toute-la-belgique-chante-puccini-une-palette-musicale-v_t-20000610-Z0JAP9.html

 

Un cadeau-rappel pour tous les lecteurs qui seront arrivés à la fin du livre et qui comprendront pourquoi.

  

Entre Prosecco et Chianti

Passé le 15 août, les vacances tirent à leur fin dans les odeurs du papier des cahiers neufs et de plastique du nouveau cartable. Il ne reste alors que de beaux souvenirs au coin des yeux et au bord des lèvres, surtout si l’on a visité l’Italie.

Visiter l’Italie? Vous pouvez encore le faire sans quitter votre fauteuil grâce à deux charmants livres que mes commentatrices de prédilection, Dominique et Micheline, ont déjà mentionnés dans leur prose amicale. 

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Marlena de Blasi, l’auteure, est une Américaine chef de restaurant et critique gastronomique. Un jour de pluie à Venise, elle entre dans un café pour se mettre à l’abri et y rencontre un bel Italien aux yeux myrtille qui dit l’avoir déjà rencontrée quelques mois auparavant et ne jamais l’avoir oubliée…

Ah, ces Italiens, rois de la drague ! Sauf que…, sauf que Marlena tombe éperdument amoureuse et que soudain changer de vie s’impose à elle. Si impérieusement qu’elle rentre en Amérique pour tout vendre, son restaurant, la maison qu’elle adore et revenir libre auprès de Fernando. Typiquement américain et à l’eau de rose, me direz-vous. Certes. Mais le récit est autobiographique et Marlena ne nous épargne pas ses déconvenues, son ennui, ses doutes, ses désespoirs même. Elle nous raconte Venise « de l’intérieur », languissante, mystérieuse, flamboyante ; celle des petites gens qui font leurs courses au marché du Rialto, qui sont solidaires et dont le luxe est d’aller boire un cappuccino au café Florian ou un verre de Prosecco au Lido. Même au bord de la lagune dans la cité romantique par excellence, l’amour n’est pas un long fleuve tranquille!

C’est parfois un rien naïf à l’américaine, souvent voluptueux par la gastronomie et les produits fabuleux dans leur simplicité goûteuse, toujours enchanteur dans la description des lieux et des gens.

Un jour, Fernando est victime du même syndrome : il ns supporte plus sa vie formatée à la banque et à Venise. Sans travail, sans logement, cap sur la Toscane!

Un voyage improbable qui les conduit à San Casciano, dans une vieilleMille jours en Toscane.jpg ferme à courants d’air. Ce deuxième livre est rythmé par les saisons dans une vie rurale rude mais passionnante. Il y aura les vendanges, la chasse aux truffes, les recettes de cuisine, les visites au Centrale (le café du village), les fêtes campagnardes,  et encore et toujours la solidarité entre les habitants. Une Toscane vécue de l’intérieur, bien loin des clichés touristiques !

Ces deux livres ne sont sans doute pas de ces chefs-d’oeuvre qui bouleversent l’ordre établi du monde littéraire mais quel vent d’optimisme, de bonté et de beauté ! Rien que pour cela, et surtout pour cela, je vous les recommande. Ils vous procureront une parenthèse humaine, apaisante, savoureuse et enchantée. Pas si mal, non ?