36 chandelles X 1000… et beaucoup plus !

Et sans doute autant de visiteurs à cette nouvelle édition des Coteaux de la Citadelle à Liège. Est-ce le classement par le Huffington Post des escaliers de la Montagne de Bueren comme les plus extrêmes du monde, ou le pouvoir romantique des milliers de bougies, ou la météo idyllique de cette nuit, ou encore la légendaire convivialité des fêtes liégeoises? Peu importe ! En cette nuit du 5 octobre, Liège fut plus que jamais la Cité Ardente dans le quartier Hors-Château.

Ah! cette Montagne de Bueren, elle s’impose dans le panorama de Liège. On nous la fait contempler avec orgueil dès notre plus tendre enfance. De mon temps, le plaisir était double puisque la caserne des pompiers se trouvait au pied et avec un peu de chance, le vertige des escaliers se combinait au frisson de voir partir la grande échelle toutes sirènes hurlantes.

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Elle s’impose dans l’âme et la fierté liégeoise, le lieu mythique d’un fait d’armes désespéré des Liégeois attaqués par Charles le Téméraire et trahi par le Roi de France.

En 1468, la Principauté de Liège est cernée de toutes parts par les possessions des Ducs de Bourgogne, farouches opposants au Roi de France. Mariages, achats, héritages, et enfin installation d’un prince-évêque aux ordres de Philippe le Bon, tout est organisé pour faire céder Liège. On en vient à la guerre. Les Liégeois s’allient au roi de France Louis XI, qui les trahit. Charles le Téméraire, ayant succédé à son père Philippe le Bon, supprime toutes les libertés de la Ville et le Perron est envoyé à Bruges. Honte suprême.

Des patriotes liégeois tentent un coup de force : Jean de Wilde, Gosuin de Streel et Vincent de Bueren, alors que le Duc de Bourgogne et le Roi de France assiègent la ville en installant leur campement sur les hauteurs. Sont appelés à la rescousse 600 Franchimontois qui tentent la nuit du 29 au 30 octobre 1468, l’opération de la dernière chance. Ils échouent. Les soldats bourguignons mettent à sac la ville, la pillent et l’incendient ; le feu brûle pendant 7 jours, la ville est rasée.

La Montagne de Bueren symboliserait le chemin emprunté par les 600 Franchimontois, ce qui occasionne une méprise entre le nombre de soldats et de marches. Des marches, il y en a 374 à presque 30 degrés d’inclinaison, sur près de 200 mètres entre le quartier Hors-Château et le Citadelle.

Certains historiens pensent que les assaillants seraient plutôt montés par Sainte-Marguerite car le camp du Téméraire se situait vers la Côte d’Ans. Personnellement, j’ai habité toute ma jeunesse dans le quartier de Xhovémont-Saint Walburge et la rue des Neuves Brassines (en face du stade d’athlétisme Naimette-Xhovémont pour ceux qui connaissent), où habite encore ma maman, est considérée comme le lieu du camp bourguignon (entre la Citadelle et la côte d’Ans effectivement). Brassines voulant dire brasseries en français de l’époque, les Bourguignons parqués là ne buvaient pas que du pinard, c’est moi qui vous le dis!

La Montagne de Bueren telle que nous la connaissons aujourd’hui est une construction datant de la fin du 19ème siècle, suite à une décision du Conseil Communal, afin de permettre à la garnison en poste à la Citadelle de dégringoler rapidement en ville pour mater les soulèvements populaires. Donc un pur syndrome haussmannien, notre Montagne ? Tempérons : on dit aussi que ces escaliers permettaient aux soldats de ne pas passer par la rue Pierreuse où étaient installés cafés et péripatéticiennes…

Qu’importe l’histoire après tout ! Aujourd’hui, la Montagne de Bueren tout enflammée de dessins en bougies reste le clou de l’embrasement des Côteaux de la Citadelle chaque 1er samedi d’octobre. La version 2013 était, aux dires des spécialistes, particulièrement spectaculaire.

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Grâce à mon amie Barbara et à ses grands petits-enfants, j’ai vécu pour la première fois cette fête.

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Tout le quartier Hors-Château était illuminé de milliers de bougies, le chemin agrémenté de concerts, de stands de boissons et restaurations en tous genres (on est à Liège!).

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Arrivés à l’esplanade Saint-Léonard (là se situait la lugubre prison jusqu’en 1982  à l’architecture de château-fort, geôle des prisonniers politiques lors de la seconde guerre mondiale), on grimpe à travers bois par un chemin escarpé toujours parsemé de bougies jusqu’à la Citadelle. On chemine sur le promontoire, contemplant le panorama coloré de la ville avec, en prime, le champ de la foire d’octobre.

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Et puis, nous voilà au-dessus de cette fameuse Montagne qu’on redescend en slalomant entre les bougies. La foule est immense, certains grimpent et montent à la vitesse de l’éclair. Nous, nous nous arrêtons chez une collègue de Barbara qui vient d’y acquérir une maison. Tout étroite avec trois étages à l’escalier tournant raide à l’intérieur. Avec ceux de l’extérieur, je frise l’overdose et je me dis qu’à l’âge de vieillesse, il y aura de quoi déchanter, quel que soit… le charme indéniable de la maison!

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Nous vagabondons vers le Musée de la Vie Wallonne, dégustant une succulente pâtisserie et une bière bien rafraîchissante, les jeunes étant condamnés aux jus de fruits.

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Vers 23h30, un superbe feu d’artifice ponctue le milieu de la nuit, des effets pyrotechniques jamais vus, somptueux !

Il nous reste une heure avant le dernier autobus, nous nous laissons bercer par la foule bonne enfant et festive, faisant une dernière découverte au Collège Sainte-Croix, une église havre de calme polychrome dont je n’avais, je l’avoue, jamais entendu parler. Superbe!

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Nous traversons la Place du Marché aux terrasses surchargées de monde, une foule festive, heureuse, paisible. Pas un propos, pas un geste violent durant toute cette nuit, le bonheur! C’est Liège, tout simplement et merveilleusement.

Je vous propose un album de photos prises avec mon tout petit appareil numérique en pleine nuit mais il y a l’ambiance à défaut de qualités photographiques indéniables (!). Que cela vous donne l’envie de participer à la prochaine édition 2014, avec un p’tit rail de pekets aromatisés, why not? Nous, ayant charge d’âmes, nous avons terminé la nuit à la maison, un p’tit verre d’un joli Bordeaux en agréable somnifère. Journée full car avant, il y avait eu la visite de l’Émulation.

Compte-rendu pour demain, faut pas abuser des bonnes choses, même à Lîdje, crê vin d’jû!   

L’album, en haut à droite. Enjoy, piacere a tutti!

4 commentaires sur “36 chandelles X 1000… et beaucoup plus !

  1. quel chaleureux cours d’Histoire, quelle belle nuit vous avez eu.
    Je n’en reviens pas des noms à consonance étrange, telle que Xhovémont, Walburge, Naimette, venus tout droit de quelque envahisseur Vandalo-viking ou autre et qui persistent malgré les siècles et la mémoire qui flanche!
    Et bien sur la photo vertigineuse des escaliers…ils me semblent encore plus raides et hauts que dans mon souvenir…est-ce vraiment si haut? et pourtant mes pattes de sauterelle d’enfant n’en ont pas un souvenir essoufflant! Ça serait une autre histoire en ces jours d’âge plutôt du genre pattes de tortue.
    La féérie lumineuse des photos rend bien son effervescence magnifique. Que cela doit être à couper le souffle. Et ton dernier commentaire sur la paisible joie sans violence de milliers de gens m’a bien étonnée! en sommes-nous là de nous réjouir que la fête se passe bien et sans anicroche? Il est vrai qu’il s’agit quand même de feu éparpillé dans toute la ville. À ce compte là c’est vrai que c’est quand même drôlement chouette.
    Je me réjouis que tu aies pu profiter d’un tel spectacle après tant d’années dans ta chère ville. Et effectivement, le dernier bordeaux a dû prédisposer à rendre bien légés des genoux pour le moins très sollicités cette nuit-là.

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  2. Votre remarquable mémo sur la fête des coteaux de la Citadelle me conforte dans l’idée que Liège et Lyon devraient être villes jumelles. Toutes deux sont traversées par un fleuve qui est chargé des limons d’une histoire mouvementée. Toutes deux sont habitées par des citoyens ayant « la tête près du bonnet », mais aussi le cœur sur la main. Toutes deux ont forgé la gloire des luttes ouvrières. Et voici que maintenant la principautaire s’illumine de milliers de bougies. Tout comme Lyon le fait chaque 8 décembre depuis maintenant plus de 500 ans. Cette fête des lumières est un éblouissement pour les yeux et l’esprit. Et qui n’a pas vu la Cour des Voraces illuminée ne connaît pas Lyon. Si malheureusement c’est votre cas, je vous prescris une ordonnance de plaisir, en vous invitant à le faire sans tarder.

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