Au fil des mots (131) : « monstre »

Amour maternel ?

Certaines natures ne peuvent aimer d’un côté sans haïr de l’autre. La mère Thénardier aimait passionnément ses deux filles à elle, ce qui fit qu’elle détesta l’étrangère. Il est triste de songer que l’amour d’une mère peut avoir de vilains aspects. Si peu de place que Cosette tînt chez elle, il lui semblait que cela était pris aux siens, et que cette petite diminuait l’air que ses filles respiraient. Cette femme, comme beaucoup de femmes de sa sorte, avait une somme de caresses et une somme de coups et d’injures à dépenser chaque jour. Si elle n’avait pas eu Cosette, il est certain que ses filles, tout idolâtrées qu’elles étaient, auraient tout reçu ; mais l’étrangère leur rendit le service de détourner les coups sur elle. Ses filles n’eurent que les caresses. Cosette ne faisait pas un mouvement qui ne fît pleuvoir sur sa tête une grêle de châtiments violents et immérités. Doux être faible qui ne devait rien comprendre à ce monde ni à Dieu, sans cesse punie, grondée, rudoyée, battue et voyant à côté d’elle deux petites créatures comme elle, qui vivaient dans un rayon d’aurore !

La Thénardier étant méchante pour Cosette, Éponine et Azelma furent méchantes. Les enfants, à cet âge, ne sont que des exemplaires de la mère. Le format plus petit, voilà tout.

Victor HUGO, Les Misérables

2 commentaires sur “Au fil des mots (131) : « monstre »

  1. Que voilà un bel et court extrait qui devrait donner envie, à ceux qui ne l’on pas encore lu, de découvrir ce chef d’oeuvre de la littérature française. Il est vrai que c’est une oeuvre difficile dans ses circonvolutions politiques et sociales autour d’une intrigue principale que l’on voudrait voir progresser plus rapidement. J’ai découvert cette oeuvre « complète » assez récemment et j’avoue avoir dû mordre sur ma chique, à de nombreuses reprises, pour ne pas « sauter » trop (🤔) de paragraphes.

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  2. Ce que j’ai détesté cela! Quelle horreur ….et c’était d’un long sans limite!
    Et quand je pense qu’en classe, dans nos œuvres éternelles de «  rédaction » les «  trop long », «  redite »
    « Phrases sans fin » , «  améliorez votre ponctuation » «  concision »pleuvaient, avec une note en rapport… grrrr et lui il avait le droit!
    Et tout le monde trouvait ça merveilleux!
    L’injustice me mordait la main et le stylo qui allait avec.

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