L’immigration, quelle chance!

Loin de moi l’idée qu’à notre époque de mondialisation, les états doivent fermer les yeux sur le problème bien réel de l’immigration. À l’heure où les populations se déplacent à toute vitesse en quête d’un eldorado, une régulation est absolument nécessaire dans l’intérêt de tous, le nôtre comme le leur.

Pourtant ce qui me chiffonne dans cette histoire, c’est que certains dirigeants européens se posent en Dame Vertu et redresseuse de torts, en quelque preux chevalier sans peur et sans reproches.

Sans reproches? Sommes-nous si sûrs, nous les Européens, de n’avoir pas commis les erreurs pour lesquelles nous stigmatisons aujourd’hui certaines communautés?

L’Histoire et les hommes qui en ont souffert jugent sans ménagement notre attitude passée.

Reprenons les problèmes actuels.

 

Ce que nous voulons de la part des populations immigrées, c’est tout d’abord l’intégration. 

En avons-nous été capables lorsque nous, Européens fûmes nous-mêmes des immigrés économiques? Aux États-Unis notamment aux 19ème et 20ème siècles, qu’avons-nous fait? Nous nous sommes regroupés en quartier (Little Italy par exemple) afin de continuer à parler notre langue, à vivre selon nos coutumes, à nous entraider. Quoi de plus normal? L’instinct grégaire devient instinct de survie. Dans nos villes européennes, le phénomène fut le même: les Italiens, les Espagnols, les Portugais expatriés vécurent plusieurs générations en communauté. Pourtant on pourrait croire que leur assimilation ne devait pas poser de problème: venant du même continent, des racines communes, des langues romanes, une même religion… Mais chacun est resté chez soi un long moment avant d’oser s’affranchir puis de s’intégrer. Alors que dire des difficultés rencontrées par des peuples non européens  fraîchement débarqués ? Avons-nous fait mieux qu’eux?

 

Ce que nous reprochons aux plus radicaux d’entre eux, c’est de nous demander de reconnaître en partie leur façon de vivre, leurs us et coutumes.

Qu’a fait l’Européen en Amérique avec les Indiens? Qu’a fait l’Européen lors de la colonisation? Il a imposé à des populations qui ne lui avaient rien demandé une façon de vivre qui balayait toute une organisation millénaire au nom de « sa » civilisation et de « sa » religion. En terme d’imposer sa vision du monde aux autres, l’Européen a fait fort, non?

 

Ce que nous ne comprenons pas, c’est cette amertume, parfois cette rage intergénérationnelle.

S56.jpegL’Europe après les deux conflits mondiaux du 20ème siècle a eu besoin de main d’oeuvre bon marché pour relancer son économie. En Belgique, de la nourriture et de l’énergie à l’Italie dévastée en échange de bras vaillants. La population masculine de villages entiers a été recrutée pour venir travailler au fond de nos mines.

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  Comment les a-t-on accueillis et logés?

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Dans des baraquements récupérés des camps de prisonniers de l’est de l’Europe, baraques que l’on posait à même le carreau de la mine comme on le voit ici, au charbonnage de Saint-Nicolas dans la banlieue liégeoise. Sans chauffage, sans eau courante, sans sanitaires. Le chanteur Salvatore Adamo a souvent raconté l’épopée de son papa en ce temps-là.

camp_italiens2.jpegPlus tard les corons apparurent et grâce aux épouses et aux enfants, la vie quotidienne devint moins précaire, un peu plus douce…corons.png

   

 

 

 

 

 

En France également, l’industrie avait besoin de bras pour sa reconstruction et on alla puiser généreusement dans les colonies du Maghreb. On parqua ces pauvres bougres à l’extérieur de Paris, sans logement prévu à l’avance. Ils construisirent de leurs mains des bidonvilles à quelques minutes à vol d’oiseau de la tour Eiffel.

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Ils y vécurent jusqu’au début des années 1970. Les grandes barres d’appartements construites alors pour la classe moyenne française se vidèrent de leurs habitants devenus propriétaires ou locataires dans des quartiers plus huppés, au profit de cette population des bidonvilles. Nombre d’habitants peuvent encore raconter leur arrivée et leur vie sur la terre de France!

Édifiant, non?   

Ajout ce 2 mai 2012 : Élise Lucet au 13h de France2 traite le problème du personnel marocain recruté par la SNCF dans les années 70. Voici ce qu’en dit L’express: http://www.lexpress.fr/emploi-carriere/emploi/discriminations-la-sncf-face-a-plus-de-700-plaignants-marocains_1109177.html

L’immigration, sujet sensible où les gens sont souvent traités de profiteurs, cela ne date pas d’aujourd’hui. Quand j’étais jeune, en pleine immigration italienne nécessaire pour faire tourner l’industrie minière et sidérurgique wallonne, une chanson devint très à la mode. Il y avait plus de 30 ans que certains Italiens descendaient au fond des puits de charbon qui rongeait leurs poumons… Je rassure tout de suite tout le monde : avec la teatralità qui les caractérise, les « tchitchos » comme on les appelle chez nous jouèrent l’auto-dérision. N’empêche…

Que savait-on de ces gens, de leur histoire, de leur misère? Ces gens que nos pays avaient embauchés en toute légalité et que l’on fustige aujourd’hui après en avoir bien profité. Comment ne pas comprendre la rage de leurs enfants et petits-enfants, discriminés bien que devenus Belges ou Français ?

Nous sommes au 21ème siècle. Il y a toujours des gens qui rêvent d’un monde meilleur pour leur famille, pour leurs enfants. Ils quittent tout, famille, village, traditions, fuient la guerre et la répression, mettent leur vie entre les mains de passeurs, bravent les dangers de la mer, voyagent entassés dans les faux-planchers de camions, sur les attelages de trains…

Lorsqu’ils ont la chance d’arriver sains et saufs chez nous, ne nous voilons pas la face (!), ils vont occuper des emplois que nos populations européennes refusent d’assumer aujourd’hui. Techniciens de surface pour nettoyer à toute vitesse et toute la nuit des plateaux entiers de bureaux, éboueurs, dans la construction dehors par tous les temps, personnel de maison, esclaves de familles richissimes…

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Mais le phénomène touche également des professions qui jouissaient naguère d’un certain prestige comme infirmière et même médecin généraliste, professions avec des contraintes d’horaires pour des salaires souvent peu attrayants dont se détournent des générations bluffées par l’argent facile des golden boys, traiders et autres vedettes du sport ou du spectacle… 

La France qui se lève tôt, le « vrai » travail. Oui, il y a des tas d’immigrés qui connaissent, déclarés ou pas. Qui apportent de la richesse à nos économies, une main-d’oeuvre dont elles ne sauraient se priver. Mais des hommes et des femmes qui ne sont plus aujourd’hui que des statistiques qu’on s’envoie à la gu… ou des repoussoirs pour les extrêmistes de tous poils.

Ces êtres humains nous donnent aussi en partage leur richesse culturelle. Que serait l’Europe – et de tous temps, la Renaissance vient bien d’Italie, non? – sans ces apports musicaux, artistiques, culinaires et philosophiques par exemple ? Un vieux continent desséché replié sur lui-même, sclérosé ! 

Rappelone-nous toujours ceci: il y a eu dans toutes nos familles des émigrés et nous sommes tous des émigrés en puissance ! 

Je ne résiste pas à vous faire partager cette version de Lily. Merci à Pierrot Perret d’avoir si bien tout exprimé!

 

2 commentaires sur “L’immigration, quelle chance!

  1. Merci pour ton beau texte toujours nécessaire. Merci aussi de m’avoir donné l’occasion d’écouter à nouveau Lily, qui fut pendant de longs mois la berceuse que j’avais choisi de chanter à Hugo puis à Jean. Il n’est jamais trop tôt pour former la jeunesse!

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  2. Je suis une émigrante, donc une immigrée….blanche, très, blonde en mon jeune temps, catholique de tradition, sinon de conviction, jeune mariée de 15 jours. Et me voici, un 23 décembre 1971, en pleine tempête de neige monstrueuse, comme c’était « en ce temps là » mon jeune mari et moi arrivés à Québec, au Canada.
    Hé, hé, hé! après 41 ans, ça m’arrive encore de me faire traiter de « maudite française » et pas avec le sourire, car j’ai eu la mauvaise idée de ne jamais perdre mon accent d’origine.Mais ça fait belle lurette que je m’en balance!
    Vous dire que dans ce pays bien blanc, bien catholique, bien sous tout rapport ça a été facile serait un vil mensonge. Les 10 premières années ont été extrêmement laborieuses et épuisantes car il n’y avait rien pour nous aider.Au contraire. Je vais vous faire bondir: mon mari était accepté en tant que professionnel minier, et moi? pour un ventre à remplir. Oui, vous avez bien lu. Le fonctionnaire de service, monsieur Jolicoeur, me convoquait chaque semaine, me regardait le ventre et me menaçait de me renvoyer dans mon pays d’origine, car dans son optique je ne remplissait pas mon « contrat!Je devais en avoir 5 des enfants, pas 1 de moins!
    Maintenant l’immigration ici est un plaisir!,Mais bien sur certains ronchonnent, et pourtant dès l’arrivée, aide à la santé et gratuité totale, aide et cours gratuits de français pour les non francophones, école pour les gamins, sommes versées pour venir en aide aux familles placements pour des boulots, transports en communs gratuits la première année je crois, et même si ici s’appeler Aïcha n’est pas bien vu…. peut-on s’en ‘étonner si même mon simple accent fait encore des vagues?On permet ici les mosquées, les sinaguogues, les temples de ceci et de cela sans impôt aucun. Et pourtant, et pourtant…..on voit aussi beaucoup de femmes avec des tenues que je réprouve avec conviction,et dont les Afghanes voudraient bien se débarrasser, il y a eu récemment une demande en haut lieu de musulmans pour que la charia soit acceptée en legisalation canadienne. Idem du côté des indiens de l’Inde, et j’ai vu de mes yeux une femme brulée vive dans un parc derriere chez moi, et une gamine de 12 ans envoyée chez son tonton pour l’épouser, et revenir enceinte…….
    Alors moi, l »immigrée je dis STOP! C’est bien beau de dire que tout le monde a droit à son monde, d’avoir de bons sentiments, mais où doit-on mettre une barriere infranchissable? car ça n’arrive pas d’un bloc, mais en douce, ça s’installe, ça se répand, et paf les femmes sont faites, ou les enfants, ou les hommes de bien qui eux voudraient bien vivre en paix…
    Précision: dans la banlieue parisienne, dans mon village d’enfance, en 1957, toute ma campagne adorée s’est remplie d’un coup, de batiments modernes, 4 étages, un balcon par appartement,un bout de jardin en bas, 2 portes d’entrée. Entre les batiments, arbres, et parcs pour enfants avec des tas de sable, je me souviens ça m’avait épatée, j’avais 9 ans. Chaque batiment avait une couleur pastelle. Et en 2 étés nous nous sommes retrouvés avec une incroyable population d’algériens au lieu des champs de petits-pois et de carottes,2-3 femmes par homme,moisson d’ enfants, grands-parents, chèvres et moutons dans ces quelques 10 immeubles, qui nous semblaient infiniment modernes et enviables par rapport à nos petites maisons d’ouviers…ils n’ont pas tous été logé dans des taudis( et ceci est innaceptable bien évidement) par contre ces beaux immeubles sont devenus extrêment vite insalubres! car eux non plus ne connaissaient pas ce luxe dans leur pays d’origine et n’entretenaient rien, mettaient des poules dans la salle de bains ( ce que nous n’avions pas à l’époque: bassine et eau du robinet) et j’en passe. Alors, où se trouve le bon et le mauvais?Et mon père qui ne gagnait pas beaucoup était extrêment furieux, donc nous aussi, de voir ce gâchis fait avec ses petits impôts fonciers qu’il avait tant de mal à payer…….
    Depuis des millions d’années l’homme et sa tendre se déplacent et avec eux leurs us et coutumes….donc depuis des millions d’années l’homme et sa douce savent qu émigrer est potentiellement très problématique que ce soit avec les papiers légaux ou sans.Ça ne changera jamais. Et aucune loi jamais n’arrangera ça.
    Émigrer est un tour de force. Les immigrants doivent savoir que ça prend beaucoup de temps, beaucoup de patience, apprendre toutes les nouveautés, S’Y COULER tant bien que mal, c’est énormément de travail pour y arriver et en être heureux au sein d’une autre société.

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