Wagner en chambre

Sacrifier à la commémoration du bicentenaire de la naissance de Verdi et de Wagner quand on est un festival consacré à la musique de chambre, ce n’est pas simple! On peut évidemment en passer par le bon vieux Liszt et ses paraphrases verdiennes et autres transcriptions wagnériennes. Mais cela devient un peu répétitif au fil de tous les concerts de l’été.

Pour Verdi, on peut envisager son quatuor ou encore ses nombreuses mélodies trop mal connues:

http://www.arre-se.com/arr-verdi_fr2.html

Mais Wagner… Si on veut éviter son beau-père hongrois, il reste la fameuse transcription (encore) de la Siegfried-Idyll de Glenn Gould et puis…

Et puis le festival de Stavelot a eu une autre idée et fait ainsi découvrir au public d’hier et de ce soir une véritable perle!

Suzanne Micha, présidente du festival et Jérôme Lejeune, directeur artistique ont fait le siège auprès de Tedi Papavrami et du quatuor Schumann, détenteurs d’une version des Wesendonck lieder qu’ils avaient transcrite pour quatuor à clavier et voix… qui ont fini par céder les partitions.

Choc de la musique, comme dirait une revue bien connue !!!

Frank Braley, Lorenzo Gatto, Gérard Caussé, Camille Thomas et Angélique Noldus (superbe mezzo-soprano de chez nous) ont donc livré à nos oreilles ébahies des sonorités inconnues pour une oeuvre si souvent entendue dans sa version orchestrale ou pianistique.

Non, ne vous précipitez pas à l’abbaye de Stavelot ce soir, c’est sold out ! mais Musiq3 enregistre le concert et nous aurons ainsi la joie de (re)découvrir cette interprétation dans quelques mois à la radio.

Pour ceux qui ne peuvent pas attendre, il existe une version CD du quatuor Schumann avec Felicity Lott (grande chanteuse de lieder mais pas la plus grande wagnérienne qui soit!).

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Il est aussi possible d’entendre ce disque par Spotify (télécharger Spotify, la version free est gratuite, et puis taper dans la recherche Wesendonck Lieder quatuor Schumann, c’est tout simple et efficace).

Ou via ma page Facebook.

La soirée compta également d’autres bien belles choses que je vous laisse découvrir grâce à ce lien : http://www.festivalstavelot.be/

Et merci à tous les amis du festival, vous m’avez réservé un accueil plein d’amitié sincère qui a rendu ce premier retour parmi vous, certes un rien nostalgique, mais tellement chaleureux.  

La Fanny révélée

Ah, cette Fanny, la coquine, elle est déjà révélée par deux de mes plus chères lectrices ! Alors, baste, arrêtons le compte à rebours et revenons à Marcel Pagnol qui va tout vous expliquer dans Le Temps des Amours.

Petite mise en place: Un concours de boules richement doté doit avoir lieu au village. Cent vingt joueurs sont inscrits mais pour viser la deuxième place, car c’est l’équipe du facteur Pessuguet qui rafle tous les premiers prix en « vrais professionnels ». Une stratégie va cependant être mise en place pour tenter de les battre, c’est l’oncle Jules et Joseph (le papa de Marcel) qui sont chargés de la mener à bien en formant l’équipe des Bellons. Mais il faut déjà sortir des éliminatoires…

   Le village avait formé six équipes, dont trois n’avaient absolument aucune chance de gagner une seule partie : mais c’était une manigance de M. Vincent, il nous avait confié son plan.

   Il nous fit savoir que, d’après ses renseignements, Pessuguet transpirait beaucoup et se laissait facilement tenter par la bière fraîche : c’est pourquoi, vers le soir, son tir perdait quelquefois sa meurtrière efficacité. Il fallait donc faire durer le concours le plus longtemps possible, et c’est pourquoi M. Vincent s’efforçait de réunir au moins quarante équipes, afin que la finale ne pût avoir lieu qu’après quatre parties en quinze points, vers les six heures du soir, au déclin du soleil et de Pessuguet.

   L’équipe des Bellons descendit donc au village pour s’entraîner, sur le terrain même où se jouerait la finale, et l’équipe d’Honoré lui donnait la réplique. J’étais assis sur le parapet, entre Paul et Lili, et nous encouragions nos joueurs par des cris d’admiration et des applaudissements. L’oncle Jules et Joseph mesuraient les pentes, marquaient des repères à la craie sur le tronc des platanes (afin de pouvoir juger des distances au premier coup d’oeil), examinaient les moindres cailloux incrustés dans le sol avec une attention minutieuse. L’oncle Jules fut élégant, Mond efficace, Joseph éblouissant, et M. Vincent radieux. Le cinquième jour, il était si content qu’il conseilla à nos joueurs d’arrêter leur entraînement et de prendre quarnte-huit heures de repos, comme font les grands athlètes. (…)

Arrive le jour du Concours. Bon premier tirage au sort pour l’équipe des Bellons.

   Naturellement, je restai, avec Lili, François et quelques autres – dont M. Vincent – près de l’équipe des Bellons, qui jouait contre ceux d’Éoures. L’oncle Jules était brillant, et sa boule, par des chemins imprévus, allait presque toujours mourir sur le bouchon. Mon père n’était pas content, parce qu’il manquait une boule sur deux, et paraissait énervé, mais Mond, malgré ou grâce à son bras en tire-bouchon, jouait magistralement. Au bout d’une demi-heure, ils « menaient » par 8 à 2. Comme leur victoire me paraissait assurée, je proposai à Lili d’aller sur l’Esplanade, pour voir où en était le massacre de Pessuguet. Comme nous débouchions de l’étroite ruelle, nous entendîmes le choc métallique d’un carreau, puis la voix de Pessuguet qui disait:

   « 15 à zéro! c’est une Fanny! » 

   La foule fit de grands éclats de rire, et des bravos à l’adresse de Pessuguet tandis que les hommes de Ruissatel ramassaient leurs boules, et les remettaient dans les petits sacs sans lever les yeux. Quelques-uns leur lançaient des plaisanteries, et tout à coup plusieurs garçons partirent en courant vers le Cercle en criant « Fanny ! Fanny ! » comme s’ils appelaient une fille. Alors Pessuguet prit ses boules qu’un admirateur avait ramassées pour lui, et dit à mi-voix: « Je crois qu’il y en aura d’autres! »

   Il avait l’air si décidé que j’en fus épouvanté.

   Devant le Cercle, il y avait déjà deux douzaines de joueurs qui venaient de finir leurs parties, et parmi eux, je vis avec joie notre équipe des Bellons, qui avait battu Éoures par 15 à 8. Il était facile de reconnaître les vainqueurs : ils frappaient leurs boules l’une contre l’autre, ou les fourbissaient avec leurs mouchoirs et ils étaient en bras de chemise. Les vaincus avaient remis leurs vestons ; leurs boules étaient déjà serrées dans les sacs ou les muselières, et plusieurs se querellaient, en se rejetant la responsabilité de la défaite.

   À la table officielle, le journaliste notait soigneusement les résultats de chaque partie sur un petit registre et faisait signer les chefs d’équipe. Pendant ce temps, M. Vincent triait ses numéros pour le tirage du second tour, car il fallait supprimer les sorties.

   Quand ces travaux furent terminés, M. Vincent lut solennement les résultats, qui furent salués par des applaudissements et quelques protestations. Puis, dans un grand silence, comme il présentait l’ouverture du sac à une petite fille, la voix de Pessuguet s’éleva:

   « Et la cérémonie? »

   Alors les jeunes se mirent à crier en choeur:

   « La Fanny ! La Fanny!

    – C’est la tradition, dit le journaliste. il me semble que nous devons la respecter! »

   À ces mots, deux jeunes gens entrèrent en courant dans la salle du Cercle, et en rapportèrent, au milieu de l’allégresse générale, un tableau d’un mètre carré, qu’ils tenaient chacun par un bout.

   Les trois perdants s’avancèrent, avec des rires confus, tandis que la foule applaudissait. Je m’étais glissé jusqu’au premier rang, et je vis avec stupeur que ce tableau représentait un derrière ! Rien d’autre. Ni jambes, ni dos, ni mains. Rien qu’un gros derrière anonyme, un vrai derrière pour s’asseoir, que le peintre avait cru embellir d’un rosé qui me parut artificiel.

   Des voix dans la foule crièrent:

   « À genoux! »

   Docilement, les trois vaincus s’agenouillèrent. Deux faisaient toujours semblant de rire aux éclats, mais le troisième, tout pâle, ne disait rien, et baissait la tête.

   Alors les deux jeunes gens approchèrent le tableau du visage du chef de l’équipe, et celui-ci, modestement, déposa un timide baiser sur ces fesses rebondies.

   Puis il fit un grand éclat de rire, mais je vis bien que ce n’était pas de bon coeur. Le plus jeune, à côté de lui, baissait la tête et le muscle de sa mâchoire faisait une grosse bosse au bas de sa joue. Moi, je mourais de honte pour eux… Cependant, quelques-uns les applaudirent comme pour les féliciter de la tradition, et M. Vincent les invita à boire un verre : mais le chef refusa d’un signe de tête, et ils s’éloignèrent sans mot dire. (…)

   C’est à six heures du soir, ainsi que l’avait prévu l’astucieux M. Vincent que la dernière partie put commencer. Il faisait encore très chaud, et le soleil déclinait rapidement. La finale opposait l’invincible triplette des Bouches-du-Rhône, qui avait triomphé facilement de ses adversaires, et notre chère équipe des Bellons.

   Nous étions partagés, Lili et moi, entre la fierté de voir nos champions accéder à la finale et la crainte à l’idée de l’humiliante défaite que le terrible Pessuguet allait leur infliger. Celui-ci entra sur le terrain et en apercevant Joseph des Bellons, fit un petit sourire qui me déplut. De plus, à pile ou face, il gagna l’avance de lancer le bouchon le premier, ce qui me parut de mauvais augure – et la partie commença, entre deux haies qui avaient chacune trois rangs d’épaisseur. (…) Quand les Pessuguet eurent marqué douze points d’affilée, M. Vincent, l’archiviste de la préfecture, donna l’ordre de commencer le bal sur la place, pour détourner l’attention d’une si douloureuse épreuve. Tous les spectateurs furent heureux d’avoir ce prétexte pour fuir la place… Lili et moi, nous les suivîmes, et le boulanger résuma l’impression générale en disant :

   « C’est une boucherie ! »

   Monsieur Vincent, soucieux, ajouta :

   « Pourvu que ce ne soit pas une Fanny! »

   Cette idée me bouleversa ; j’imaginais Joseph et l’oncle Jules agenouillés devant ce derrière, présenté par l’affreux Pessuguet. Quelle honte éternelle pour notre famille !…

La suite ? Plongez dans Le Temps des Amours, c’est délicieux! Alors, bonne lecture!

Sachez que la tradition est toujours respectée et que dans tout local bouliste qui se respecte, trône une Fanny plus ou moins avenante ! 

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Quant à la fameuse scène de Mon oncle Benjamin, j’aurais bien aimé la retrouver en video pour remercier ainsi ma chère amie Micheline qui en parle dans son commentaire. Hélas, je n’ai trouvé qu’une photo…

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Mais pour le plaisir de retrouver l’immense Jacques Brel dans ce film délicieusement rabelaisien, voici la bande annonce. Puissent les plus jeunes de mes lecteurs qui ne connaissent pas ce chef-d’oeuvre avoir envie de le découvrir!     

  

 

La Fanny

Premier été sans Provence depuis près de 35 ans et même si l’été en Belgique est exceptionnel, l’odeur du romarin, le chant des cigales et les fureurs du mistral me manquent. Alors Pagnol est venu à mon secours. J’ai d’abord relu les souvenirs de jeunesse du petit Marcel, un régal qui commence bien grâce aux dessins de Sempé.

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Et puis, ce furent les deux films réalisés par Daniel Auteuil : Marius et Fanny. Films « à l’ancienne », pleins de charme, d’émotion, de bel accent et de pudeur. Merveilleuses performances d’acteurs de Marie-Anne Chazel, de Jean-Pierre Darroussin et de Daniel Auteuil lui-même. Ils ne surjouent jamais, ne cherchent pas à faire sonner « l’assent de Marseille » plus qu’il ne faut, ne « singent » pas leurs glorieux ancêtres. Ils sont tout simplement parfaits. Et les « pitchouns »? Marius me fait penser à Alain Delon jeune, et Fanny négocie parfaitement l’évolution de son personnage.

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J’adore ce prénom, Fanny. Tellement féminin dans sa consonance, un rien coquin aussi avec un petit relent belle époque…

Coquin? me direz-vous.  Oui, oui ! Allez, que je vous explique…   

Il fut donc un bienheureux temps où nous étions un groupe d’amis à passer tous nos congés en Provence, nous en étions devenus les heureux résidents. Étant d’habiles cuisiniers et cuisinières, nous nous invitions les uns chez les autres. Un tour au marché, chez le boucher et le boulanger du village et hop à la bonne franquette, nous rivalisions de recettes simples mais goûteuses mijotées au barbecue ou au four à pizza du jardin en bordure de piscine. On n’était pas riches mais on savait profiter de la vie, bien nous en a pris car beaucoup d’entre nous nous ont quittés à tout jamais.

Ca commençait toujours par un pastis, les plus doués savaient reconnaître le 51 du Ricard, on passait ensuite au vin du pays, le Seigneur Côte-du-Rhône, dans le triangle Gigondas-Vacqueyras-Chateauneuf du Pape, que boire d’autre, dites-moi… Le repas terminé, à l’ombre, la peau du ventre bien tendue, on laissait passer la cagnâ en dégustant une bière belge à la mousse bien fraîche qui faisait se pâmer nos amis provençaux. À 17 heures, c’était immanquablement la partie de boules sur le terrain d’en face. Jeu très masculin (sans mauvais jeu de mots) et très macho, les équipes se formaient exclusivement entre hommes mais plutôt habile, j’avais fini par être intégrée à l’une d’elles. Les règles étaient subtiles et changeantes selon l’état de lucidité des participants, je me fiais à mon coéquipier qui me conseillait de tirer ou de pointer.

Et puis parfois pour une équipe, se levait le spectre de « la Fanny »… Notre ami Lambert était le spécialiste du coup d’oeil coquin qui accompagnait la menace : « Attention, les amis, la Fanny vous attend… »

Cette Fanny-là, quelle infâmie !

Tiens, il y a longtemps que je ne vous ai plus proposé une devinette. Alors, cette Fanny tant redoutée, qui peut nous dire ce que c’est ? J’attends vos propositions, chers amis lecteurs, disons jusqu’au 14 août minuit.

Après, pour tout Liégeois qui se respecte, ce sera le règne du pekêt de Dju d’la Mouse !       

Jaroussky encore et encore!

Tout spécialement pour remercier Dominique, ma chère cousine du Québec, qui est un soutien indéfectible chaque semaine au téléphone et plus souvent encore par courriel et par ses merveilleux commentaires sur ce blog, je remets ici les  liens pour atteindre mon ancien blog (dont le compteur tourne encore comme un fou, mais oui, il y a encore des visiteurs…)

http://tempolibero.skynetblogs.be  

Et si Les feuilles mortes vous ont plu et/ou intrigués, voici les liens vers les deux posts que j’avais consacrés à Philippe Jaroussky. Le premier, le 26/10/11, déroulez s’il vous plaît, je ne peux pas faire mieux, je n’ai plus accès à la gestion.    

http://tempolibero.skynetblogs.be/index-22.html

Le lien vers son album Opium est obsolète, je vous remets donc ci-dessous l’exquise vidéo.

Le second post, le 12/10/11 – on déroule encore !, concernait sa carrière en musique baroque, de loin la plus célèbre qui a fait de lui une super-star! 

http://tempolibero.skynetblogs.be/index-19.html

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Et puis peut-être vous demandez-vous comment on devient un tel chanteur au 21ème siècle? Un film tout récent et passionnant  nous retrace son parcours, on est sous le charme et dans son énergie! Bonne écoute à tous et sachez que Philippe, après 8 mois de repos et de congé sabbatique – quelle sagesse! – nous revient en force et va sortir un tout nouveau disque sous le prestigieux label Erato. En route pour de nouvelles aventures!    

 http://www.philippejaroussky.fr/

 

 

Tant d’émotion

Bouleversée par cette interprétation lors du concert du 14 juillet dernier, n’est-ce pas le jour où je peux vous la faire découvrir et que nous l’écoutions ensemble avec émotion ? Peut-être l’entend-il, lui aussi, il appréciait tellement Philippe Jaroussky… 

Vulgarité cathodique et élégance de l’âme

Tant pis si j’apparais comme un dinosaure aux yeux de bon nombre d’entre vous mais j’ai passé ma jeunesse sans télévision. Mes parents avaient décrété que le petit écran n’entrerait dans la maison que lorsque nous aurions terminé, mon frère et moi, nos études. Comme lui a mis un temps certain à « sortir » de ses humanités, la première télévision a trôné dans le salon parental que j’étais déjà lancée dans la vie professionnelle et que j’habitais seule dans un joli studio, sans télévision toujours. J’allais la regarder chez des amis quand il y avait des retransmissions d’opéras ou de concerts classiques. Lorsque j’ai fait la connaissance de mon homme, j’ai vite rattrapé le temps perdu car c’était un véritable drogué de la dite télé.

35 ans plus tard, pendant le temps de sa maladie, la télévision fut, avec Internet, ma fenêtre ouverte, mon bol d’air, mon lien avec le monde. Je suis une inconditionnelle de France Télévisions (France 5 suffirait à mon bonheur), d’ARTE, de la RTBF et en France, des chaînes parlementaires qui diffusent des documentaires très intéressants.

J’avoue, je suis devenue accro. Sauf à une chose: la téléréalité. Je hais Koh-Lanta avec son « tribunal » et la fausse condition de Robinson des participants alors que des centaines de personnes tournent autour d’eux avec des caméras. Que dire de « L’île de la tentation » ! Mais je n’avais pas tout vu…

Entendant les chroniques acerbes sur Secret Story dans l’émission de Stéphane Bern « À la bonne heure » sur RTL, j’y ai mis le nez et j’ai compris beaucoup de choses sur les querelles sentimentales incessantes qui secouent les récréations de mes élèves ! 

La vulgarité des propos et des sentiments dans cette émission dépasse l’ententement ! (un lien seulement car l’intégration est désactivée)

http://youtu.be/cK7jTbSE9T8

Le jour où j’ai regardé, il y eut le fameux clash entre Florine et Sonja, quel moment d’anthologie de la beauté de l’humanité ! D’accord certains me diront qu’il en faut pour tout le monde et que je me dois de respecter les goûts de chacun… mais que peut bien apporter cet imbroglio pseudo-sentimental à ceux qui le regardent??? Ce serait fait avec humour et auto-dérision qu’on pourrait (peut-être) parler d’une version moderne du bon vieux théâtre de boulevard mais il y a une telle auto-suffisance dans la médiocrité des candidats qui se croient géniaux et investis d’une mission, leur fameux secret… Le sexo-caca-pipi-délire ne m’effraie pas, j’adore « les Grosses Têtes » et autres émissions bien gauloises de Canal mais là, où est l’intérêt? Pardon pour les fans qui me liront mais s’il y a un vrai mode d’emploi, qu’ils n’hésitent pas à me le communiquer, je ne demande qu’à apprendre !

Pour l’instant, vite, un antidote ! il arriva entre deux eaux.  

yehudi-menuhin-.jpegJ’avais les mains dans la mousse de la vaisselle, me battant avec de la graisse récalcitrante d’une poêle et écoutant distraitement Musiq3 quand soudain Yehudi Menuhin joua mais surtout parla. Avec une élégance simple, une humanité évidente, une sagesse bienveillante. Miraculeux.

On frissonne, on a les larmes qui perlent, on est fier d’être un être humain, on sourit… Ouf!

Je me suis alors souvenue d’un concert où il était accompagné de son fils Jeremy au piano à l’église Saint-Jacques de Liège. Je n’y étais jamais entrée auparavant et en écoutant ces deux musiciens, je levai la tête et découvris les merveilleuses voûtes de cette église, peut-être la plus belle de Liège. Dorénavant, chaque fois que j’y entre pour un concert, j’y repense, souvenir indélébile. 

Vous voulez tenter l’expérience? Voici le lien avec le podcast. N’attendez pas trop, ce lien peut être très éphémère, ne ratez pas l’humanité à l’état pur. 

http://www.rtbf.be/radio/podcast/player?id=1840827&channel=musiq3

Un fameux coureur indien

On vient à peine de ranger les vélos du Tour de France, plouf imminent dans les piscines catalanes (ça tombe bien en ces temps chauds) et début du mois prochain, gros émoi dans le stade d’athlé chez les Ruskoffs. Dans toute cette agitation sportive, la photo de présentation du moteur de recherche Bing a réveillé en moi certains souvenirs d’un irrésistible coureur que nous avions hébergé à la maison… Un coureur incognito !

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C’est un beau roman, c’est une belle histoire mais sans descendre dans le Midi (pour une fois), si ancienne qu’on pourrait à la limite la commencer par il était une fois

Donc il était une une fois il y a presque 35 ans, mon professeur d’éveil scientifique de mari qui avait décidé de construire une couveuse à oeufs. Outre la construction et le bricolage électrique, les élèves devaient également tourner un petit film sur la naissance de poussins afin que la classe gagne un concours de la Société protectrice des animaux. Un gentil collègue avait fourni des oeufs de cane piqués afin d’avoir des canetons, ce serait plus original. Le tout évidemment juste avant Pâques. Et ce qui devait arriver arriva : la couvaison prit du retard, les vacances arrivèrent et nous nous sommes retrouvés avec la couveuse au milieu de l’appartement. On était presqu’à terme, nous restions l’oeil rivé dans l’objectif de la caméra, au cas où nous raterions les naissances tant attendues!

Tiens, ça me rappelle quelque chose…

Bref, un soir que nous devions aller au Philharmonique, patatras, les oeufs se fendillent, les diamants des petits becs apparaissent. Au lieu des Quatre saisons de Vivaldi par Charles Jongen, nous vécûmes une belle émotion dont je me souviens encore : les canetons craquant la coquille pour respirer puis faisant des efforts désespérés pour s’en extraire… Il nous en resta deux vivants : un tout jaune et un tout noir. Merveille!

Merveille? nous voilà à les héberger pendant les quinze jours de vacances et puis, impossible de s’en séparer. Ravissants, ils nous accueillaient au retour comme des chiots : on tournait la clé dans la serrure, les coin-coin démarraient, on ouvrait la porte et ils accouraient à toutes palmes. Nous en étions arrivés à leur donner un nom, à les laisser regarder la télé sur nos épaules (une photo immortalise la scène, dans mes grands travaux de rangement, je vais la retrouver, je vous le promets!).

Un jour, nous nous sommes dit que des canards, ça aimait l’eau. On allait leur faire un beau cadeau : une baignade dans la baignoire. Le noir bondit dans l’eau avec entrain et se mit le derrière en l’air comme pour chercher dans la vase, le jaune amerrit avec prudence puis bondit sur le porte-savon en cancanant de désespoir.

Mais c’est quoi, ce vilain petit canard qui n’aime pas l’eau????  En voilà un capricieux! Seconde tentative le lendemain, même effet avec des petits mouvements de tête frénétiques et des petits yeux désespérés ! On le sortit de l’eau et il galopa, le cou redressé, se mettre à l’abri derrière un fauteuil… Nous étions très perplexes, son frère devenu un joli col vert barbotait avec ravissement puis sortait de l’eau en se dandinant, un vrai canard, lui!

Pas d’Internet à l’époque, nous allâmes donc dans une animalerie consulter un livre sur l’élevage des canards et là, ô surprise, nous comprîmes tout. Nous avions été de vrais bourreaux avec cette pauvre bête car c’était un coureur indien, une race de canard qui ne raffole pas du tout l’eau et dont l’anatomie particulière – son grand cou tendu – lui permet de se déplacer dans les herbes et les rizières avec la tête en vigie… tout comme ces canards de la photo de Bing.

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La fin de l’histoire fut mi-figue, mi-raisin. les élèves gagnèrent un super appareil-photo grâce au film tourné dans notre appartement. Nos deux amis palmipèdes grandirent et nous décidâmes de les installer au vert dans le jardin de ma belle-mère à Nandrin. Hélas, une nuit, le renard visita l’enclos… Adieu, notre petit coureur indien. 

Les hommes de chez nous

Ce soir, je rentre d’une agréable promenade avec mon chien ; je rencontre toujours sur le Ravel puis sur la grand-route des amis et connaissances. Tout cela est bien convivial, vous pensez cela fait 30 ans que j’habite la commune, des liens se sont tissés, précieux depuis quatre mois que je suis seule. 

Par curiosité, je me dirige vers une pizzeria qui vient de s’installer sur la grand-route. Elle semble avoir un grand succès, on fait la file à l’entrée et j’avoue que l’odeur de feu de bois me donne envie d’y faire une visite. Soudain je me trouve nez à nez avec une voiture garée au plein milieu du trottoir et sur le début du passage pour piétons que je dois emprunter. Le conducteur, la cinquantaine, en sort, débonnaire. Je lui fais remarquer que son véhicule est bien gênant… Cette simple remarque déchaîne alors de sa part tout de suite un chapelet d’injures, mais de quoi je me mêle, moi pauvre piétonne…  Son fils veut sortir me menacer, il lui demande tout de même de se calmer sans, quant à lui, cesser de  m’envoyer d’autres injures  bien fleuries à la tête et un « dégage! » très énervé. Il rentre dans sa voiture et la déplace. Un bon point pour lui !

Ayant ramené mon chien à la maison, je reviens pour acheter ma pizza et je retrouve le fils toujours bien remonté. Il a 20 ans environ. Non, il ne comprend pas ma colère. J’ai beau lui expliquer que mon défunt mari en chaise roulante n’aurait jamais pu utiliser le trottoir tel qu’ils l’avaient laissé, pas plus que ma vieille maman de 84 ans opérée du genou il y a quinze jours… Là-dessus, le jeune homme sort de la voiture, physiquement menaçant, et je lui demande s’il a l’intention de frapper une dame qui pourrait être sa grand-mère… Sa réponse : « Tu cesses de nous chercher, d’accord? On n’en a rien à foutre de quelqu’un qui circule en fauteuil roulant. »  Je lui fais remarquer que je l’ai pas autorisé à me tutoyer…Alors : » Dégage, lâche-nous vite fait ou tu vas avoir des problèmes ! » Et là-dessus de nouveau les mêmes injures que son charmant papa : « grosse nase, mal baisée, sale gouine »…

Bien.

Les clients, tous des hommes, assistent à la scène, goguenards. Pas un pour prendre mon parti. Je prends ma place dans la file, ils détournent la tête.

Quels sont leurs propos devant la façon de traiter les femmes en Orient quand ils regardent la télé? Quels misogynes, ces Arabes ??? 

Hum, j’ose… Vous savez comment on appelait, en Outremeuse, un garçon peu courageux du temps de la jeunesse de mon mari ? P’tîîite kêkkêtttte… 

Ras la pédale!

Traditionnellement, mes après-midi de juillet sont consacrées aux retransmissions des étapes du Tour de France. C’est un rituel qui me comble de joie : la France est si belle ! Et cette année, France 2 a renforcé la beauté de ses prises de vue grâce à des drones qui envoient des images spectaculaires à couper le souffle.

Hier j’ai enfin pu mettre un nom sur un village que j’admirais du TGV sud-est : Châtillon d’Azergues. À chaque passage, je prenais des points de repère : pas loin de la ligne TGV ni de l’A89, dans le Beaujolais à l’ouest de Lyon, j’avais beau le chercher sur la carte Michelin depuis des années, sans succès, et hier soudain, je le découvre sur le petit écran ! Il ne me reste plus, quand j’aurai mon permis de conduire, qu’à aller le visiter!

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Mais dans le Tour de France, j’aime aussi la performance sportive des coureurs, les tactiques mises en oeuvre par les équipiers, la théâtralité de la victoire ou de la défaite, le courage de ces hommes. Et je ne suis pas la seule, à en juger la foule au bord des routes. Aucun tour ne draine autant de fans : le Giro ou la Vuelta se déroulent sur des routes vides de spectateurs. Ici, les abords sont noirs de monde…

Alors je ne supporte plus qu’avant le départ de cette manifestation sportive, on sorte comme par hasard de vieilles histoires de dopage ; que devant l’exploit d’un coureur, on mette tout de suite en doute l’honnêteté de celui-ci. Quand on assiste à un 100m d’Ussain Bolt, un match de tennis de Federer qui dure  5 heures en plein soleil, un championnat où les footballeurs enchaînent les matches tous les 3 ou 4 jours, met-on tout de suite en exergue le fait que ces athlètes ne marchent peut-être pas seulement « à l’eau claire »?

Comme je le lisais dans un article de journal, le cyclisme est le seul sport où il ne fait pas bon battre les performances des anciens, on devient tout de suite suspect… Que c’est profondément injuste !

Pourquoi cet acharnement ? Personnellement, j’y vois deux raisons : d’abord l’aspect populaire de ce sport. C’est le seul auquel le public peut assister sans rien payer, c’est le peuple qui est au bord des routes. Aux yeux d’une certaine élite, que c’est vulgaire ! Il faut absolument leur expliquer, à tous ces gens, que ceux qu’ils applaudissent les dupent ! Ensuite, toujours pour cette élite, les coureurs sont de gros bétas, pas intellos pour un sou, prêts à avaler n’importe quelle pilule…

Que leur répondre?

Que de grands auteurs de la littérature française ont écrit des pages inspirées sur ce sport qui les passionnait ; que bon nombre de coureurs sont aujourd’hui au moins trilingues, universitaires ou titulaires de diplômes supérieurs ; que le cyclisme est à la pointe des techniques d’aérodynamisme et de matériaux révolutionnaires ; qu’au bord des routes se mêlent toutes les classes sociales dans un même élan festif.

Qu’on confonde les gros tricheurs, d’accord, mais qu’on cesse de vouloir faire mettre pied à terre ces sportifs au nom d’une éthique intransigeante et discriminatoire à leur égard. S’il y a des repentis du dopage dans le cyclisme, il y a aussi dans d’autres sports d’anciens champions qui ont avoué et des vedettes d’aujourd’hui « qui ont été prises par la patrouille » et dont on ne remet pas sans cesse en doute leurs performances actuelles.

Voilà, c’est dit!

Alors pour cette dernière semaine, je vais me régaler : la Provence et les Alpes, deux régions que je connais bien, que je ne me lasse pas de redécouvrir tout au long de la Grande Boucle. Et puis chapeau, messieurs les coureurs, pour le spectacle si passionnant que vous m’offrez.

C’est souvent émouvant comme un opéra. Respect à vous.

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Jazz

Fête nationale américaine, l’occasion pour moi, amatrice de musique classique, de vous faire découvrir un guitariste liégeois partenaire des plus grands jazzmen de son temps : René Thomas.

Liégeois, il était originaire du quartier d’Outremeuse, où il jouait dans les caves de Roture et où il croisa la route de mon homme et de la pâtisserie familiale de la rue Puits-en-Sock. Rencontre musicale et amicale importante au temps des grandes heures  du festival de Comblain-la-Tour. 

René mourut en Espagne en 1975, je ne l’ai donc jamais connu mais il avait imprimé une présence tellement forte et indélébile dans la vie musicale de mon homme qu’il fut comme un compagnon de route en filigrane. Mon plaisir était de dénicher, pour son anniversaire, les derniers CD édités de ce guitariste, véritable star du jazz pourtant bien méconnu aujourd’hui.

Enjoy, les amis, et une p’tite pensée pour mon homme en ce premier trimestre d’absence.

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Ren%C3%A9_Thomas_(guitariste)