Lantin, très fort!

Il y a 102 ans, le mois d’août fut chaud à Liège : la ville capitulait sous les assauts allemands. Et cela malgré la neutralité de la Belgique et une défense archarnée. Mais comme souvent, nos responsables étaient en retard d’une guerre.

Telle une petite ligne Maginot, une ceinture de douze forts devait protéger le site de la ville de Liège dans l’optique défensive d’un 19ème siècle finissant. Le jeune royaume de Belgique craignait deux ennemis : l’Allemagne évidemment et les Français qui rêvaient encore de l’épopée napoléonienne ayant annexé à l’époque le couloir industriel wallon vers le Luxembourg pour son bassin sidérurgique et les bassins miniers hennuyers jouxtant le Nord de la France.

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L’architecte de Brialmont, avait une conception de la guerre pas très lointaine de celle de Vauban : c’est l’infanterie qui mènerait l’assaut. On mettra donc dans ces forts le plus d’obstacles possibles: des murs d’enceinte, de profonds fossés, des ponts non pas levis mais escamotables, avec des fosses remplies de barbelés ; des canons fixes aux angles prêts à faire des soldats à pied de la chair du même nom…

Conçus entre 1888 et 1892, tous ces forts voulaient également mettre en pratique les nouvelles lois hygiéniques : des douches, de vraies toilettes avec chasse d’eau mais placées comme au fond du jardin, au-delà du fossé de défense ; et puis de l’air, un système de ventilation qui éliminait les gaz intérieurs du fort mais qui s’avéra aussi capter ceux de l’extérieur…

Juste après la guerre de 1870, personne ne pouvait imaginer que les Allemands, car ce sont eux qui envahiront, viendraient avec la grosse Bertha, les blindés et les premiers avions… Les forts de la rive droite étaient installés dans le bon sens, ceux de la rive gauche présentaient à cet ennemi leur face la plus faible, l’entrée.

Dès le milieu du mois d’août 1914, tous les forts vont capituler les uns après les autres : la plupart bombardés, celui de Loncin sera pulvérisé… Aucun fantassin allemand ne devra tenter l’assaut!

google-earth-fort-lantin.jpgDe ces  douze forts, on en rénovera certains pour attendre la guerre suivante, on en construira d’autres et les rescapés en bon état servent aujourd’hui de lieux d’expérimentation industrielle.

 Le seul à avoir gardé son identité authentique du 19ème siècle intacte, c’est le fort de Lantin. Un petit fort triangulaire en appui de celui de Loncin.

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P1080787.JPGSur ce plan, on remarque que les chambres sont voisines des poudrières… Les WC en face : pour y aller, il faut traverser le fossé de défense et s’exposer ainsi à l’ennemi. C’est une des raisons de la reddition du fort: au pire du bombardement, les 350 hommes furent confinés au centre du fort, réunis dans la salle de rassemblement (photo ci-contre) et y restèrent longtemps, faisant leurs besoins sous eux. Le système d’aération refoula également les gaz du bombardement, rendant la situation intenable.

La poudre devait être transportée du rez-de-chaussée du fort vers le premier étage et les différents canons cachés sous des coupoles et orientables à bras d’hommes.

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Unique à Lantin, le massif central avec les différentes coupoles cachant les canons et le phare restauré depuis peu, qui balayait quelques centaines de mètres.

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Autour du massif central, les positions de tir pour les fantassins, les banquettes…

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De part et d’autre, les fossés escarpe et contre-escarpe…

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Cet ensemble est remarquablement conservé et restauré. On peut le visiter à la belle saison et le premier week-end du mois d’août, c’est la fête. Cette année, honneur au personnel soignant. Défilé des infirmières, exposition des moyens médicaux et chirurgicaux. Tout semble héroïque et obsolète dans cette médecine de guerre…

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Dans le fort, il y avait une classe…

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Un vrai lieu de mémoire et d’histoire militaire, à découvrir!

Et voici un article et une chouette vidéo si le sujet vous intéresse!

http://www.matele.be/bienvenue-chez-vous-la-ceinture-fortifiee-de-liege

La téloche et mes étonnantes découvertes (2)

Après le Birobidjan, voici une autre découverte que la télévision m’a permis de faire…

Incas, Mayas, Aztèques, ce sont les peuples les plus connus de l’Amérique pré-colombienne. On sait aujourd’hui qu’il y avait une multitude d’autres cultures dont nous avons souvent perdu la trace car elles ne pratiquaient pas la tradition écrite. Comment imaginer leur splendeur, comprendre les causes de leur affaiblissement, de leur déclin et enfin leur disparition bien avant le génocide espagnol?

Au hasard d’un zapping sur la chaîne ARTE, j’ai découvert le peuple Moché, les Mochicas… 

Leur capitale, surmontée d’une pyramide gigantesque, aurait été abandonnée suite à une révolte du peuple contre une vague de sacrifices humains. On note une érosion notable du monument aux alentours de l’an 600 de notre ère, ce qui correspond à un terrible épisode del Niño (déjà lui!). Pour tenter d’enrayer le phénomène climatique, les prêtres organisèrent des milliers de sacrifices humains, sans résultat. Le peuple alors se souleva et chercha à reconstruire une société libérée du pouvoir religieux sanguinaire… Sans succès, la civilisation si brillante disparut.

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Un peu d’histoire sur la civilisation mochica

« La côte nord du Pérou est une région aride, périodiquement dévastée par le phénomène climatique El Niño. Quand ce courant marin chaud atteint le rivage, des pluies torrentielles s’abattent et provoquent des crues catastrophiques. C’est dans cet environnement hostile qu’a prospéré la civilisation Moche (ou Mochica) entre l’an 100 et l’an 700 de notre ère. L’origine de ce peuple contemporain des Mayas est assez mystérieuse, ce qui ajoute à sa magie et à sa légende. La tradition orale prétend qu’ils seraient descendus en radeau du nord, c’est-à-dire de Colombie ou d’Amérique centrale.
La vallée de Lambayeque, à environ 800 kilomètres au nord de Lima, fut un des centres de la culture Mochica. Les Moche étaient des grands bâtisseurs. Ils ont conçu des pyramides à degrés en adobe d’une taille stupéfiante pour l’époque. Ces constructions nécessitaient des millions et des millions de briquettes d’argile séchées au soleil.
Comme la plupart des sociétés précolombiennes, la société Moche était très hiérarchisée. Au sommet siégeait un seigneur, considéré comme un demi-dieu. Venaient ensuite les prêtres, les guerriers, les administrateurs. Puis les artisans, les commerçants, les bâtisseurs, les pêcheurs et les paysans. Les pyramides abritaient les salles de prière et les autels sacrificiels, les espaces de vie du seigneur et des prêtres, les salles de réception et de conseil. Plus on occupait un rang important, plus on habitait près de la pyramide. Pour apaiser les dieux constamment affamés de chair et de sang, il convenait de les nourrir. Les victimes avaient soit la gorge tranchée, soit le crâne défoncé à coups de masse. Les nobles s’offraient parfois en sacrifice en se tranchant les jugulaires, des filles vierges se jetaient aussi du haut des falaises. Pour les aider à franchir le pas, elles absorbaient un philtre obtenu à partir d’un cactus des Andes riche en mescaline, qui les plongeait dans une ivresse hallucinatoire. Etre sacrifié était un honneur. L’ingratitude du littoral nord péruvien semble avoir stimulé la créativité des Moche. Ils avaient mis au point un système de culture hydraulique élaboré, leur permettant de cultiver deux fois plus de terre qu’aujourd’hui dans ces mêmes régions. Outre le maïs, ils connaissaient la pomme de terre, les quinoas riches en protéines, quantité d’autres plantes nutritives, les lamas pour la viande, et leur alimentation était bien plus riche que celle des Mayas, à la même époque. Les Moche croyaient à la vie après la mort. Ils étaient enterrés avec toutes leurs possessions. Pour leur dernier voyage, les personnages importants étaient accompagnés de leurs épouses, de leurs concubines, de leurs serviteurs et de leurs gardes, sacrifiées contre leur volonté ou non. La présence de trésors à quelques mètres sous terre fait que le paysage, vu d’avion, ressemble parfois à une zone crevassée par les bombes. Chaque excavation correspond à une tombe profanée, de nuit, par les huaqueros, les pilleurs de sépultures. C’est l’un de ces voleurs qui a découvert le plus important complexe funéraire de la culture Mochica, non loin du village de Sipán, en 1987. Un de ses comparses se souvient de la terreur sacrée qu’ils éprouvèrent tous cette nuit-là, quand ils commencèrent à remonter des masques et des bijoux en or. Ces objets somptueux furent retrouvés par la police dans la maison du chef des huaqueros et, depuis, l’archéologue Walter Alva fouille cette nécropole, considérée comme la plus grande découverte depuis celle du Machu Picchu. Une des tombes les plus riches est celle d’un personnage qui régna probablement aux alentours du IIIe siècle, à qui les chercheurs ont donné le nom de Seigneur de Sipán. Douze autres tombes appartenant à de hauts dignitaires ont été exhumées, contenant des parures, des céramiques, des masques, des poteries à effigie d’une expressivité extraordinaire. Certaines nuits, les archéologues ont dû repousser les attaques des pillards pour sauvegarder ces trésors. Ils se trouvent aujourd’hui exposés dans le Musée des Tombes royales de Sipán ».

Voici ce documentaire étonnant!

C’est l’archéologue belge Peter Eeckhout qui y dévoile les plus grands chantiers de ces dernières années et leurs extraordinaires découvertes. 

 

                   

La téloche et mes étonnantes découvertes (1)

Lors d’une « passe d’armes » sur Facebook à propos de l’actuelle hystérie Pokemon, j’avais fait remarquer qu’à l’aube des années 80, les adultes avaient été pris d’une frénésie semblable pour la série Dallas qui vidait les rues une heure avant sa programmation. Certains refusaient même des invitations à dîner pour ne pas rater un épisode ! (pas encore beaucoup de video-recorder à l’époque).

Là-dessus, une correspondante saisit l’os à moëlle pour proclamer victorieusement qu’elle, elle n’a pas de télévision, qu’elle fait partie de ces irréductibles chez qui ce média dégénératif n’entrera jamais… 

J’ai vécu mon enfance et ma jeunesse sans télévision a casa ; mon frère n’étant pas un très bon élève, il ne fallait pas le distraire, avait décrété mon père. À l’époque ne l’ayant jamais regardée, elle ne m’a pas manqué. Mais j’avoue qu’aujourd’hui, j’adore! Les émissions culturelles de France 2, France 3, ARTE et France 5 m’enchantent et me font découvrir chaque jour des choses intéressantes.

Ces deux derniers jours, par exemple, deux découvertes étonnantes, époustouflantes. Je vous en fais partager une aujourd’hui, l’autre demain.

Hier soir, je voguais sur la Garonne entre Toulouse et Bordeaux, déjà un beau programme. Mais au milieu de l’émission Échappées belles, il y a toujours un petit entracte, une escapade au bout du monde. Et là, j’embarque dans le Transsibérien, arrêt en Birobidjan.

Késako? Vous ne croyez pas si bien dire : un lieu improbable, une destination assez hallucinante, digne au prime abord de l’imagination d’Hergé…

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Sur la route du Transsibérien donc, le long du fleuve Amour, à la frontière russo-chinoise, une République autonome juive, l’oblast de Birobidjan. Créé par Staline en 1934, voilà le premier état juif bien avant celui d’Israël en 1948.

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Les motivations de Staline? Je vous laisse vous faire votre propre opinion en allant chercher les infos si cela vous intéresse… Un texte parfaitement documenté et bien intéressant de l’architecte belge Axel Fisher:

http://www.fau.usp.br/iphs/abstractsAndPapersFiles/Sessions/24/FISHER.pdf

Mais il y a une autre surprise dans cette histoire. On sait que « la ville blanche » de Tel-Aviv, créée en 1909 et future capitale de l’état d’Israël,  fut construite par des architectes venant d’Allemagne et d’Europe centrale très influencés par le mouvement Bauhaus, qu’ils ont ainsi construit plus de mille maisons dont 200 sont de véritables chefs-d’oeuvre classés par l’Unesco.

À Birobidjan, il est aussi question du Bauhaus… Hannes Meyer, architecte suisse et directeur du Bauhaus de 1928 à 1930, en tant que marxiste offrit au GIPROGOR (l’institut soviétique du planning urbain) son expertise. Son projet: Comment transformer Tikhonkaya, petite ville en bordure du du chemin de fer, en la capitale soviétique du peuple juif, comment créer des modèles modernes de la culture juive en architecture? 

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 Plan de Hannes Meyer réédité par Axel Fisher

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Un  documentaire de 2008 pour découvrir ce pays:

 

Autre piste (je ne l’ai pas lu…): 

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Merci à la télévision de m’avoir fait découvrir cette étonnante histoire. Et demain, il y en aura une autre, tout aussi passionnante!  

Le bonheur est au marché

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Explosion de couleurs, de senteurs et de goûts. Sans oublier « l’accent » comme disait Gilbert Bécaud dans ses Marchés de Provence… Intemporelle, cette chanson ! Et avec B.B…

Nos marchés à nous, nos chouchous, c’étaient celui de Vaison-la-Romaine, le mardi et celui de Carpentras, le jeudi. On n’y achetait pas la même chose. À Vaison, le poisson, les épices, les picodons et les faisselles de chèvre, le pain rustique et les fruits. À Carpentras, le miel, les légumes, la tapenade et l’anchoiade, le poulet fermier rôti… À Vaison, il y avait aussi trois superbes étals de livres ; à Carpentras, les beaux tissus et les fleurs! Après le marché à Vaison, on se prenait un petit pastis au Bar à Thym et on rentrait a casa ou on allait pique-niquer dans les dentelles de Montmirail et on repassait dire bonjour aux amis à la cave coopérative de Gigondas. À Carpentras, on mangeait toujours au Malaga et on rentrait par Beaumes-de-Venise ou Vacqueyras, ou encore on faisait le détour par Orange et les amis de Chateauneuf-du-pape… Que du bonheur!

Ces marchés, quel plaisir de les fréquenter au printemps et à l’automne, les commerçants avec les années étant devenus des copains qui saluaient avec chaleur amicale notre venue. En été, c’était autre chose. Fournisseurs débordés, on se saluait simplement par une clignette entendue (pour nous) et un « peuchère! » survolté (pour eux). C’était fou comme les marchés avaient aussi gonflé de toutes sortes d’échoppes attrape-touristes et de marchands flirtant avec les bordures de l’honnêteté… Ah! cette merveilleuse roue de comté qui avait fait de l’oeil à mon homme en plein cagna… Un morceau, monsieur? ben oui, un p’tit pour deux et hop, on se retrouve délestés de 25€. Difficile de rechigner au milieu d’un cercle de clients dégustant béatement les petits morceaux d’un fromage effectivement délicieux…   

Qu’en avons-nous ri ensuite, de cette anecdote ! On s’était fait avoir comme des bleus… 

ma-grand-mere-avait-les-memes.jpgLa Provence, ses marchés et tout le bonheur qui allait avec sont, pour un quatrième été, bien loin. Mais rangeant hier « quelques » livres, je suis tombée sur celui-ci. Philippe Delerm, je l’adore, on trouve toujours dans ses courts écrits une madeleine de Proust, un baume un rien nostalgique mais optimiste, ça croque la vie!

Je feuillette et ô merveille, « Y a un peu plus, je laisse? » apparaît! Je lis avec gourmandise et oui, la madeleine de ce cher Marcel a marché et m’a inspiré ce post!

Pas mauvaise fille, je partage le texte!

Parfois c’est seulement « y a un peu plus ». Mais même alors, le « Je laisse? » est sous-entendu, y compris la montée interrogative. le commerçant est devant sa balance, le regard rivé à l’écran, comme un prêtre à l’offertoire, candide et concentré. Il s’est donné du mal pour satisfaire vos désirs avec exactitude ; au milieu de quelques phrases enjouées, son sérieux est devenu légèrement ostentatoire. Pas si simple de jouer devant lui le rôle du pointilleux, non j’avais dit une livre, je n’en veux pas davantage. Bien sûr, on pourrait surjouer l’amabilité de ton pour compenser la rigueur des propos, vous seriez gentil de m’en enlever un peu s’il vous plaît. Mais on le sait. On est coincé. De toute manière, on en serait réduit à jouer le rôle du casse-pieds, et ce serait tellement peu dans la note, l’effervescence bon enfant du marché, la bonhomie de ce rapport humain que vous êtes venu chercher ici. Car vous avez un cabas à la main, ou un panier, pas un caddie. Vous n’arpentez pas des couloirs symétriques ; vous déambulez, le nez en l’air, sourire aux lèvres. Vous ne remplissez pas vous-même des sacs de plastique difficiles à ouvrir. Il vous faut un officiant ; la qualité du rapport que vous entretenez avec lui est l’essence de ce commerce authentique et déclinant dont vous vantez les mérites – moi, j’adore faire mon p’tit marché. 

Alors il faut laisser, bien sûr, et même davantage. Manifester par votre attitude que vous ne soupçonnez pas le marchand de mauvaise foi, même si vous gardez pour vous quelques idées dont l’aigreur n’est pas de mise, c’est curieux, il n’y a jamais moins, depuis le temps qu’il pèse ses haricots, il doit commencer à maîtriser son truc, à cinq euros le kilo, il ne s’embête pas. Mais le regard s’est détaché de la balance. Pour prolonger sa déférente interrogation, il plonge dans vos yeux. Vous faites semblant d’y lire la fraîcheur du maraîcher, non la rouerie du commerçant. Des clients attendent à vos côtés, vous savez bien ce que le public espère. C’est l’heure de la jouer grand seigneur, avec une infime réticence qui vous sauve à vos propres yeux, je ne suis pas dupe mais je connais mon rôle. Une moue approbative des lèvres, une oscillation approbative du chef, un battement de paupières. « Ça ira. »

Philippe DELERM, Ma Grand-mère avait les mêmes, les dessous affriolants des petites phrases, 

Le goût des mots, Points

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Goûtez Philippe Delerm, savourez-le à petites doses délectables, comme de succulentes et subtiles verrines!

Un article dans mon précédent blog sur toute la famille Delerm! (copiez le lien dans votre navigateur):

http://tempolibero.skynetblogs.be/archive/2011/11/index.html

Bonne lecture, les amis!  

Un autre Godard

C’était il y a quelques jours, écoute un peu distraite de Musiq3 en faisant la vaisselle. Les corvées passent mieux en bonne compagnie! Et bonne compagnie, il y eut, plus que je ne l’imaginais…

Cela commença par cet air, mélodie devenue un rien sirupeuse par la voix de tout bon tenorino qui se respecte et par tout autre instrumentiste pataugeant un rien dans la guimauve… Écoutez! 

 Benjamin Godard, lisez-vous. Ce n’est pas l’instrumentiste, c’est le compositeur.

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Benjamin Godard (1849-1895) fut élève du conservatoire de Paris où il étudia le violon avec Henri Vieuxtemps. Sa production? Compositeur d’opéras : Les Bijoux de Zalamea (Anvers, 1884), Jocelyn, d ‘après le poème de Lamartine (Bruxelles, 1888), Dante (Paris, 1890), La Vivandière (Paris, 1895) et Les Guelfes (Rouen 1902) ; mais également des symphonies: la Symphonie gothique, la Symphonie orientale, la Symphonie légendaire. On y ajoutera des concertos pour violon et piano, des sonates pour piano et violon et piano et violoncelle, de très nombreuses mélodies.

Atteint de tuberculose, il se retira sur la Côte d’Azur où il mourut à l’âge de 45 ans. Outre les opéras posthumes, des éditeurs firent paraître également des recueils pour piano.

Il connut une gloire certaine : des bustes, des statues et une rue dans le 16ème arrondissement de Paris en témoignent (hier et aujourd’hui).

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Mais quoi ou qui, me direz-vous, a attiré mon attention sur ce compositeur que certains qualifient de Brahms ou de Chopin français? 

C’est notre pianiste Éliane Reyes, l’invitée de cette émission de Musiq3 que j’écoutais, les mains dans l’eau romantiquement savonneuse.

Elle le connaît sur le bout des doigts, lui ayant consacré deux CD:

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Vous voulez en savoir plus?

Une bien belle interview de cette pianiste…

http://www.tutti-magazine.fr/news/page/Eliane-Reyes-pianiste-Benjamin-Godard-Nicolas-Bacri-Interview-fr/

Et puis une rétrospective vénitienne :  

http://www.bru-zane.com/?page_id=16191&lang=fr 

(comme d’habitude, copiez les liens, ils sont inactifs dans le blog…)

 Bonne découverte à tous!

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Damier tridimensionnel mais pas que…

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De nombreux monuments historiques arborent sur leurs façades des damiers très esthétiques composés de pierres calcaire et de briques comme ici le château de Rumilly (à gauche) et le château Saint-Germain de Livet (à droite).

gibelet-boutisses.jpgLe côté esthétique que nous apprécions aujourd’hui n’était pas au départ le but recherché. La technique fut inventée dans la grande zone sismique d’Orient autour du Liban. Entre les Xème et  XIIIème siècles, on réutilisa les colonnes antiques en boutisse, imbriquées en sorte que leur plus grande dimension se trouve placée dans le sens de l’épaisseur des murs afin de mieux les stabiliser (comme ici, sur le site de Gibelet). 

À un quart d’heure de Liège, un château hesbignon utilise le damier. C’est le merveilleux château de Jehay.

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37412637.jpgCe bâtiment jouit d’une réputation mondiale car il est le seul exemple en Europe à être couvert d’un damier alliant la pierre calcaire et un appareillage de grès brun, et non de briques. De plus, le motif est irrégulier, créant ainsi un aspect fuyant et très original. 

Quelle est l’histoire de ce château?

On trouve la trace de cette seigneurie proche de l’ancienne voie romaine vers Tongres après l’an mil. Elle était peut-être habitée par un certain Jehan, Jehaing ou Jahin qui devint Jehay. Elle passa aux Awans, aux de Lexhy, à Wathieu d’Athin ; au XVème siècle, aux de Falloise et aux de Sart. En 1492, une certaine Jehanne de Sart se maria avec Arnould de Mérode. Durant plus de deux siècles, le château fut la possession de la famille de Mérode et de grandes restaurations eurent lieu. Vers 1550, le château reçut sa forme actuelle, style gothico-Renaissance (les anciennes fondations et les caves ont été gardées). En 1680, Ferdinand-Maximilien de Mérode vendit le château à François de Gand-Vilain van den Steen. Près de 300 ans plus tard, le comte Guy van den Steen (1905-1999) le vendit à son tour en viager à la Province de Liège qui à son décès, en devint définitivement propriétaire.

 

 

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Les douves dessinent trois îlots: le château, la chapelle et la ferme castrale.

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Les douves furent vidées l’an dernier afin de constater l’état des fondations et la restauration complète du château a commencé, rendant sa visite impossible. Mais le temps pressait pour préserver l’impressionnante collection d’oeuvres d’art réunie par le dernier comte : mobilier (dont un piano de 1780), tapisseries, argenteries, cristaux, orfèvreries, dentelles, boîtes à musique… sans oublier une vaste bibliothèque de vieux livres aux magnifiques reliures. Dans les caves, est exposée la plus belle collection archéo-spéléologique privée d’Europe.

Se promener dans le jardin, lui aussi restauré il y a peu, est un véritable enchantement. On ira au jardin clos avec ses roses anciennes, ses simples, sa vigne, ses arbustes à petits fruits, ses fleurs chatoyantes, ses hôtels à insectes…

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Il y a aussi la grande allée et ses cascades aux nymphes, sculptures plus que coquines du comte…

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P1080472.JPGLa glacière insondable, la forêt et ses mystères…

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Les charmilles, les jardins à l’italienne…

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Notre visite fut agrémentée du vernissage de l’exposition « Arts et Métaux » avec quelques installations parfois étonnantes !

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 Nous y retournerons, en automne par exemple. Même si le temps de ces derniers jours, hum…

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Beaucoup d’autres photos de ce lieu exceptionnel dans l’album ci-contre (une fois l’album ouvert, cliquez sur la 1ère photo du pêle-mêle et vous les verrez en grand)! Regardez, vous n’aurez qu’une envie: y aller ou y retourner ! Bonne visite, les amis!

 

Par Saint-George, elle était olympique avant de Coubertin!

C’est une bien étrange histoire qui vient d’arriver à Julien Chauvin et ses amis musiciens en voulant donner à leur orchestre le nom de « Concert de la Loge Olympique », en référence à un orchestre portant ce nom en 1781 et issu de la « Société Olympique », une loge maçonnique fondée à Paris.

Au Siècle des Lumières et dans cette période pré-révolutionnaire, le Concert de la Loge Olympique était considéré comme un des meilleurs orchestres d’Europe, avait reçu la protection de Marie-Antoinette et rassembla de nombreux compositeurs fondateurs du Conservatoire de Paris (dont Cherubini). Il commanda notamment à Haydn ses six symphonies de Paris et les créa.

« La première preuve d’un succès avéré se manifeste par la commande du comte d’Ogny (1757-1790) de six symphonies destinées au répertoire du Concert de la Loge Olympique parisienne, société réputée dans toute l’Europe pour ses qualités d’exécution. En 1785 et 1786, six chefs-d’œuvre voient ainsi le jour (symphonies n° 82 à 87), inaugurant la série insurpassée des vingt-trois dernières symphonies du maître. Toutes ces compositions intéressèrent au premier chef les éditeurs français tant le public parisien montra une insatiable avidité à les entendre et les réentendre. »

Alexandre DRATWICKI, La réception des symphonies de Haydn à Paris. de nouvelles perspectives de recherche…

Aujourd’hui, Julien Chauvin, à l’instar d’autres formations spécialisées dans les interprétations historiques (Le Concert Spirituel, Les Arts Florissants, La Grande Ecurie et la chambre du roi…), a voulu donner une identité originale à son orchestre en puisant dans l’histoire de la musique durant la période révolutionnaire, dans le répertoire de la période « classique » de Haydn et de Mozart, et son choix se porta donc sur « le Concert de la Loge Olympique ».

 

(La rue est située entre la rue Royale et la rue Cambon, et donne dans la rue Saint-Honoré).

Les Vainqueurs wagnériens

Il est communément admis que Richard Wagner a composé 13 opéras : Die Feen, Das Liebesverbot, Rienzi, Der Fliegender Hollander, Tannhäuser, Lohengrin, Tristan und Isolde, Die Meistersinger von Nurnberg, Das Rheingold, Die Walküre, Siegfried, Gotterdamerung (la Tétralogie ou Ring des Nibelungen) et enfin Parsifal.

Mais le legs wagnérien ne se limite pas à cela puisque le catalogue WWV contient 111 oeuvres : des opéras, des sonates, des pièces orchestrales, des pièces chorales, des lieder (parfois sur des textes français), des arrangements d’oeuvres, des drames sans musique. 

Revenons à l’opéra, ou plutôt à la musique de scène. On dénombre 27 oeuvres achevées ou restées en chantier.

Éliminons les 13 opéras connus cités plus haut.

Il en reste 14.

Certaines sont restées au stade du livret (puisque Wagner les rédigeait), d’autres ont été composées en partie, d’autres encore ont vu leurs partitions perdues. 

1  Leubald                 1827- 28                                 Sur des thèmes de l’oeuvre de Shakespeare. Une version du texte existe, mais pas de partition.  
6 Die Laune des Verliebten  1829-30  Sur une pièce de Goethe. Plus aucune trace du livret et de la partition.
31 Die Hochzeit  1832 Sur une histoire de J.G.G. Büsching. Joué à Leipzig en 1938
40 Die hohe Braut  1836-42 Livret de Wagner, joué à Prague en 1848 , mis en musique par Jan Bedrich Kittl sous le titre de Bianca et Giuseppe.
48 Männelist grösser als Frauenlist, oder Die glückliche Bärenfamilie  1839 Basé sur un conte des Mille et une nuits. Livret complet mais pas la partition. Joué en 2007 à Londres.
66 Die Sarazenin  1841-42 Livret basé sur le Manfred de Lord Byron. Pas de musique. Jamais représenté
68 Die Bergwerke zu falun  1842 Sur une histoire de E.T. HOffmann, jamais représenté
76 Friedrich I  1848-49 Projet sur Frédérick de Prusse. Pas de livret ni de musique.
80 Jesus von Nazareth  1848-49 Livret en prose, certains éléments ont été utilisés pour Parsifal.
81 Achilleus  1848-49 Livret en prose, pas de musique.
82 Wieland der Schmied  1849-50 Livret en prose refusé par Berlioz et Liszt.
89 Die Sieger  1856 Livret en prose pour un opéra sur un sujet bouddhiste. Des éléments musicaux ont été utilisés pour d’autres oeuvres.
99 Luthers Hochzeit  1868 Livret à propos du mariage entre Martin Luther et Katherine von Bora.
102 Ein Kapitulation  1871 Farce lors du siège de Paris en 1870. Wagner tenta sans succès de le faire mettre en musique par Hans Richter.

 

Passé les polémiques engendrées de l’emploi de l’oeuvre de Wagner par l’idéologie nazie et les réticences sur la conduite d’un homme parfois sans scrupules, on doit admettre la richesse musicale et philosophique léguée. 

Il faut souligner sa profonde connaissance de la philosophie de Schopenhauer et son intérêt pour le bouddhisme, découvert grâce à Mathilde Wesendonck. Son oeuvre ultime, Parsifal, dépeint parfaitement tout cela.

Mais jusqu’à sa mort, Wagner songea à un opéra sur un sujet bouddhiste. En 1856, il rédige un synopsis « Die Sieger » (les Vainqueurs) basé sur un récit découvert dans l’Introdution à l’histoire du bouddhisme indien d’Eugène Burnouf.

Prakriti, une jeune fille indienne de la plus basse extraction, brûle d’un  impossible pour Ananda, un proche de Bouddha. Elle ne pourra vivre auprès de son amant qu’en entrant dans son ordre religieux et en faisant voeu de chasteté. Renoncement au monde comme rédemption, l’histoire de Prakriti et d’Ananda est également une métaphore de l’inégalité entre les hommes et les femmes.

Wagner tentera jusqu’à la toute fin de sa vie de concrétiser ce projet, en vain. Le mardi 13 février 1883, une violente dispute avec Cosima à propos de l’invitation faite à Carrie Pringle (l’interprète d’une des filles-fleurs de Parsifal) de venir les retrouver à Venise, provoque une crise cardiaque qui emporte le compositeur.

Jean-Claude Carrière, adepte du bouddhisme, et le compositeur Jonathan Harvey ont, début des année 2000, construit l’argument d’un opéra, « Wagner Dream « , mêlant les derniers instants de Wagner et les éléments de Die Sieger. Une illusion-révélation « le temps d’un battement de paupières » ou encore « le temps immobile du dernier soupir ». Jonathan Harvey, compositeur notamment de Bakhti, veut ainsi mettre en scène l’ultime vision de Wagner à l’instant de sa mort et cette vision serait tout simplement cet opéra bouddhiste qu’il n’a pas écrit.

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L’oeuvre fut créée à Luxembourg en 2007 puis enregistrée et disponible en CD. 

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« La partition est somptueuse. Les passages entre le théâtre et la musique, la parole et le chant, le temps historique confié aux acteurs et le rêve confié aux chanteurs coulent avec naturel, l’électronique « live » réalisée à l’IRCAM par le compositeur et Gilbert Nouno est d’une justesse jamais atteinte encore dans le domaine de l’opéra, ce qui incite l’auditeur à se laisser porter au cœur de l’espace sonore qui l’enveloppe et ne cesse de le surprendre, se disséminant furtivement dans la salle. Ce qui est malheureusement aplani par le remarquable enregistrement produit par Cyprès (1), capté à Amsterdam en juin 2007 mais forcément réduit à la seule stéréophonie. Tout en évitant citations et pastiche, la musique extrêmement raffinée et aux harmonies chatoyantes, extraordinairement élaborée et d’une expressivité foisonnante qui réussit le miracle de fondre l’ombre de Wagner à travers celle de l’un de ses héritiers les plus marquants, Gustav Mahler, et les parfums de l’Orient à la pure créativité de Harvey, envoûte dès les premières mesures pour ne plus lâcher l’auditeur quatre vingt dix minutes durant. »

 

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http://brahms.ircam.fr/works/work/18549/ 

La force d’un destin

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Quel est le point commun, me direz-vous, entre La liberté guidant le peuple de Delacroix et le nouveau pont liégeois? 

C’est le destin de la petite vachère Anne-Josèphe Terwagne, une destinée qui ne peut exister que par des temps révolutionnaires.

Née en 1762 à Marcourt (près de Liège), elle a une enfance paysanne digne de Cosette. Ballottée après le décès de sa mère entre une tante qui l’enferme dans un couvent, et une marâtre qui la malmène, elle finit par s’enfuir dès l’âge de 13 ans. Vachère et servante sans aucune éducation, elle devient par hasard dame de compagnie d’une riche Anglaise à Anvers. Une véritable renaissance.

Puis s’étant amourachée d’un bel Anglais qui lui avait promis la lune, elle commence une carrière de demi-mondaine et de chanteuse, voyage à travers toute l’Europe et contracte la syphilis.

theroigne_de_mericourt.jpgElle rallie Paris en 1789, se passionne pour la politique, ouvre un salon et prend le nom de Théroigne de Méricourt (transformation de son nom de famille et de celui de son village natal). Pour ses admirateurs, elle devient « La belle Liégeoise », « l’Amazone rouge » ou encore « la furie de la Gironde »

A-t-elle participé à la prise de la Bastille? Armée d’un sabre et de pistolets, a-t-elle pris la tête du cortège qui se rendit à Versailles présenter les revendications du peuple à Marie-Antoinette (inspirant le personnage féminin de la toile de Delacroix) ? Elle déchaîne tant de passion que tout devient rocambolesque! On l’accuse même de vouloir tuer Marie-Antoinette…

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Endettée, poursuivie par la presse et ses détracteurs monarchistes, elle se réfugie en Belgique mais y est kidnappée et conduite dans une prison autrichienne. Libérée en 1792 pour des raisons de santé, elle regagne Paris triomphalement.

 

Elle y défend la cause des femmes mais ses prises de position sur leur émancipation sont jugées bien trop révolutionnaires pour l’époque. Elle est moquée, isolée, devient suspecte aux yeux des hommes. Elle entame alors le déclin de son destin politique.  

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Le droit de voter et de s’organiser en corps armé, de s’affirmer comme citoyennes à part entière qu’elle réclame, sa volonté de créer des bataillons d’amazones, sa participation à des épisodes sanglants feront alors naître la légende d’une tueuse sanguinaire.

XB345833.jpgLe 13 mai 1793, elle est prise à partie par des mégères jacobines qui la dénudent et la fouettent devant les portes de la Convention. elle ne doit son salut qu’à l’intervention de Marat.

Elle ne se remettra pas de cet affront ni de tous ses échecs et quittera la vie politique. En 1794, son frère demande sa mise sous tutelle pour cause de folie. Est-ce pour la sauver de la guillotine, est-ce pour spolier ses biens? Est-elle atteinte de troubles mentaux dus à la syphilis? Est-elle ce qu’on appelle aujourd’hui une bipolaire?

 

 
Théroigne_de_Méricourt_-_1816.jpgElle est alors internée pendant 23 ans dans des conditions ignobles. Elle meurt abandonnée de tous le 23 juin 1817 et son corps est jeté à la fosse commune.

 Ce qu’en dit Michel Onfray :

 

 

 

 

 

 

  

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Le destin fabuleux et tragique d’Anne-Josèphe Théroigne de Méricourt stimula les imaginations.

Baudelaire dans Les Fleurs du mal

Imaginez Diane en galant équipage,

Parcourant les forêts ou battant les halliers,

Cheveux et gorge au vent, s’enivrnt de tapage,

Superbe et défiant les meilleurs cavaliers!

 

Avez-vous vu Théroigne, amante du carnage,

Excitant à l’assaut un peuple sans souliers,

La joue et oeil en feu, jouant son personnage,

Et montant, sabre au poing, les royaux escaliers?

 

Telle la Sisina! Mais la douce guerrière

À l’âme charitable autant que meurtrière ;

Son courage, affolé de poudre et de tambours,

 

Devant les suppliants sait mettre bas les armes,

Et son coeur, ravagé par la flamme, a toujours,

Pour qui s’en montre digne, un réservoir de larmes.

 

Paul Hervieu, dans la pièce Rêve de Théroigne de Méricourt. Un extrait dit ici en 1902 par Sarah Bernhardt

(Acte V scène VIII
THÉROIGNE

Dans les profondeurs du sommeil, j’entendais une immense acclamation. Une femme m’apparut, que tous saluaient de ce même cri : « – Vive la Révolution! » Mais, dans les traits de son visage, je reconnus, avec stupeur, le mien.

LA FOULE
Ha! ha! ha!

THÉROIGNE
C’était moi! J’incarnais la Révolution. J’étais parée de belles couleurs blanches, rouges et bleues. Je tendais vers tout l’univers des mains fraternelles. Je prononçais des phrases sublimes. J’accomplissais des actes prodigieux. J’étais, vous dis-je, la Révolution !

LA FOULE
Ha! ha! ha!

THÉROIGNE
Soudain, le froid d’une bouche morte s’approcha de mon oreille. Ce François Suleau, dont j’ai assuré l’immolation, me suivait et me disait : « – Tu as goûté au moyen le plus sûr d’avoir toujours raison; tu ne te déshabitueras plus de tuer le contradicteur, de tuer pour qu’on se taise, de tuer encore, parce que tu auras tué ! » Et je me sentis précipitée dans un océan pourpre, sur lequel roulaient des milliers de têtes coupées chez toutes les castes : têtes fines à cheveux d’argent, têtes hâlées d’où pendaient des barbes grossières, blondes têtes de femmes, des têtes même d’enfants ! Je me défendais contre leurs dents grinçantes.

Je criais : « – Erreur!… Vous me prenez pour la tyrannie. C’est elle seule qui, depuis les origines du monde, a eu le loisir de faire tant de têtes sans corps… Moi, vous voyez bien ma cocarde fraîche ! Je suis la Liberté nouvelle ! Je suis la généreuse Révolution !… » Mais toutes les têtes aux yeux fixes répondaient « C’est pourtant toi !… C’est toi qui nous as tranchées au ras des épaules, ouvrant ainsi les sources rouges, vidant les précieux réservoirs de sang qui se sont perdus en cette mer fumante. C’est toi, égale aux pires tyrannies, toi ! toi ! Révolution ! »)

 

Le peintre Félix Labisse et l’écrivain Vicente Blasco-Ibanez

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Plus proche de nous, la psychanalyste Elisabeth Roudinesco a écrit une remarquable biographie « Théroigne de Méricourt, une femme mélancolique sous la Révolution ». On y trouve une parfaite objectivité : dossier étoffé, pas de passion excessive mais une grande compassion pour l’héroïne. Elle y expose les événements et tranche avec prudence.

 

La BD également…

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Il faut aussi mentionner ce livre licencieux dont ses ennemis royalistes l’en firent l’auteur sans qu’elle en ait , disent certains, jamais écrit une ligne…

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Ah! cette Belle Liégeoise ! Rappelez-vous d’elle lorsque vous emprunterez la passerelle qui porte désormais son nom…

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Le musée 3B

800px-Jean_Auguste_Dominique_Ingres_016.jpgDepuis le fameux Napoléon Premier Consul d’Ingres (avec le plan d’Amercoeur sous la main et la feue cathédrale Saint-Lambert en arrière-plan),  puis l’incroyable vente de Lucerne en 1939 durant laquelle la Ville de Liège acquit des chefs-d’oeuvre de Gauguin, Chagall, Matisse, Kokoschka ou encore Picasso les préservant ainsi de la destruction en temps qu’art considéré comme dégénéré par le 3ème Reich

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Ces merveilles et bien d’autres ont beaucoup voyagé dans la Cité ardente. On peut espérer qu’elles ont atteint leur port d’attache définitif depuis ce début mai 2016.

Premier lieu d’installation que je leur aie connu puisque j’y passais au moins une fois par jour : le Musée des Beaux-arts, situé rue de l’Académie (quartier Hocheporte). Il avait survécu aux bombardements de la guerre (on l’aperçoit au fond dans le tournant de la rue) et trôna comme un temple antique fané et compassé jusqu’en 1979. 

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Date à laquelle le quartier fut à nouveau éventré, par les travaux de modernisation de la jonction Cadran-Fontainebleau. Il disparut sous les marteaux-piqueurs.

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Et les tableaux, me direz-vous? En route pour un premier exil vers le MAMAC (Musée d’Art Moderne et d’Art Contemporain) au parc de la Boverie jusqu’en 2011.

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Le lieu n’était guère reluisant, prenant déjà l’eau de toute part dans un semi-abandon ; Liège était alors atteinte de la bétonite aiguë des frères Demarche et de l’échevin Goldine qui démolirent joyeusement tous les hôtels de maître en bord de Meuse pour les remplacer par des buildings aussi sinistres que ceux de la Côte, transformèrent les quais en autoroutes urbaines et entamèrent le sac de la place Saint-Lambert. Alors, ce machin sur une île, au milieu d’un jardin, bof… Aucun intérêt pour eux. 

Et pourtant ! Le bâtiment aurait demandé bien de la considération, seul rescapé de l’Exposition Universelle de 1905 qui se déploya en amont de Liège, entre le bassin sidérurgique et la ville. Ci-dessous deux photos que j’ai prises d’un fabuleux plan dessiné présenté lors de l’expo 14-18 au Musée de la Vie wallonne. Le futur MAMAC figure en bas de l’image devant une pièce d’eau, puis un gros-plan (pardon pour les reflets des vitrines…) 

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Et en 2011? L’état du bâtiment est devenu ô combien problématique mais la vision des choses a changé. Il devient précieux, si précieux qu’on demanda à l’éminent architecte Rudy Ricciotti, celui du MUCEM de Marseille, de venir à son chevet, de le guérir et mieux peut-être de lui rendre une nouvelle jeunesse. OK pour le deal, mais le temps de la métamorphose, quid des collections?

On invente alors le BAL.  Sinistre buncker au centre ville, il remplit cependant courageusement son office avec de superbes expos temporaires et surtout la bonne conservation des collections. Une fresque d’Okuda San Miguel vint l’égayer et lui donner un peu d’aura. 

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Mai 2016. Dernier déménagement pour retrouver la splendeur perdue, vers quel écrin! Le revoilou, le vieux truc cra-cra branlant de 1905!

Le musée des Beaux-arts, le Bal et puis la Boverie. On arrive au terme des 3B, d’une errance enfin contenue et magnifiée.

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Je n’ai pas encore visité l’intérieur, trop de monde lors de l’ouverture, des dizaines de milliers de personnes ont salué cette renaissance, comment ne pas s’en réjouir?!

Mais tout de même ces photos de l’intérieur et de la nouvelle extension donnent envie! 

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Et puis le premier partenariat avec le Louvre commence… Somptueux!

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La prochaine fois, je vous parlerai de la nouvelle passerelle qui vibra, tangua sous le flot de milliers de Liégeois enthousiastes. Pour la stabiliser, une solution, juste une chiquenaude de ma part, bien placée!

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