Jean d’Ormesson est un de ces auteurs dont je conserve les livres au chevet de mon lit. Au détour d’une humeur chagrine, j’y mets le nez et j’y trouve du réconfort, déjà celui d’une langue belle. « Jean d’O » n’a pas son pareil pour magnifier des mots simples par le style, la musique et la vivacité iconoclaste de sa pensée… À son âge, on peut tout dire, surtout avec une telle étincelle spirituelle sous la plume. Et, ceci en dehors de toute considération littéraire, j’avoue qu’en tant que femme, je ne puis résister au bleu de ses yeux et à la mélodie cabotine de sa voix! Et quelle auto-dérision! * voyez la vidéo à la fin de mon post!
Ce qui me chiffonne en ces temps de journalisme politique effréné, c’est la pauvreté de vocabulaire de ces intervenants audio-visuels. Alors je suis allée piocher dans « Odeur du temps – Chroniques du temps qui passe ».
Dans l’édition Pocket page 299 (dirait François Busnel dans La Grande Librairie!):
Je suis laxiste en matière de langue et j’accepte avec joie néologisme et argot, mots étrangers et drôleries de toutes sortes, fantaisies et calembours à la Queneau ou à la Tardieu. Mais je voudrais que la langue reste claire pour qu’on puisse s’en servir, élégante et légère pour qu’on y prenne du plaisir, univoque et rigoureuse pour que l’esprit ne s’y égare pas. L’imparfait du subjonctif m’est assez indifférent, mais l’usage des « dans ce but » ou des « par contre », l’utilisation de « quiconque » à la place de de « qui que ce soit », la confusion impardonnable entre « rien moins que » et « rien de moins que » ‘qui signifient exactement le contraire l’un de l’autre), la création en gigogne de mots nouveaux dérivés les uns des autres avec une lourdeur croissante (poser, position, positionner, positionnement…) me paraissent non seulement exaspérants, mais dangereux. Les tics de langage, la mode, la répétition chic des mêmes âneries et des mêmes borborygmes (« disons… », « mettons… » et même « dialectique » ou « existentialisme » et peut-être même « philosophique » ) bercent mollement l’esprit et l’endorment. La langue, pour tout dire d’un mot, n’est pas une fin en soi : c’est la pensée qui en est une. La langue est un instrument. Conservons-le en bon état et faisons-le aussi tranchant et efficace que possible.(…) Une langue claire, maîtrisée, sans fioritures de routine ou d’idéologie, sans traces de graisse ou de paresse, sans ambiguïté et sans flou, ouverte à l’extérieur parce qu’elle serait solide à l’intérieur, voilà le but qu’il faut se fixer…
Ah! ça me calme un peu de la rage qui me prend quand j’entends à longueur de journée des journalistes, que j’apprécie au demeurant, se répandre en « hein? » à chaque fin de phrase pour qu’elle devienne une question… (au lieu de « n’est-ce pas? » Moi, on m’a toujours appris que ce mot était impoli…) ou encore ce « qu’est-ce que… » au lieu de « ce que » (Je voudrais savoir qu’est-ce que vous pensez de …) Ce n’est même plus du style indirect libre, c’est du style direct relâché ! Et que dire de cet horrible « initier » auquel on attribue la signification de « commencer, entreprendre », pur anglicisme, et ce fameux « cela m’insupporte » alors que le verbe « insupporter » n’existe pas!… Grrr!!!!
Ces tics de langage bon chic bon genre, je les hais! Preuves d’un relâchement de l’esprit plus encore que de la langue en tant qu’organe.
D’autres me diront qu’il y a encore bien pire : ces liaisons dangereuses avec notamment les verbes terminés en -a, du style « cela sera -t-un grand succès! » Ouiche… Y a pas à dire, y a du boulot!
Et puis, voilà que je découvre aujourd’hui aux Quatre Vérités de Télématin de France 2, l’interview d’Aurélie Filipetti, la nouvelle ministre de la culture. Du charme, de la rigueur dans la connaissance de ses dossiers mais surtout une façon de s’exprimer simple, sans redondance, sans langue de bois et sans ces horribles tics… « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement » disait Boileau.

Oui, elle est écrivaine et sa compétence fut tout de suite saluée par Frédéric Mitterrand, un orfèvre du français élégant et châtié.
Ainsi tout ne serait pas perdu…
* Auto-dérision suprême : Jean d’O imite Laurent Gerra qui l’imite… et vous remarquerez au passage dans le début de l’interview, ces fameux « hein » prononcés à la pelle par Vincent Parisot, journaliste tout à fait respectable et que j’apprécie, un tic disais-je…
Œuvres 

Une heureuse initiative de la Ville de Liège: « La Place aux livres », place Saint-Étienne juste derrière les désormais célèbres Galeries Saint-Lambert. Sous les tonnelles, des tas de livres, intéressants, classés avec professionnalisme, très propres, presque neufs parfois, prix très honnêtes.
L’ambiance est bon enfant, il faudrait juste peut-être un marchand « de bouche » avec des produits simples et régionaux, qui permettrait de se sustenter et de créer une belle ambiance liégeoise : une enseigne des produits wallons par exemple… ou un stand avec


































Celle d’Avignon me fait toujours penser à un immense ballon Zeppelin flottant au gré du mistral. L’intérieur est convivial et aérien, comme une gigantesque nef.
Les voyageurs y perdent tous leurs repères. À gauche toutes les têtes lorsqu’on annonce le TGV venant de Marseille Saint-Charles vers Paris Gare de Lyon. Concentrés, les papas et les mamans très doctement conseillent à leurs bambins de regarder « par là » le train qui est annoncé…

Il y a un tel brassage de cultures millénaires dans cette Provence, ils en sont le fruit qu’ils le veuillent ou non, le merveilleux fruit métissé, c’est leur richesse et la nôtre : notre richesse européenne et universelle. Ils le nient, campés sur leur Jeanne d’Arc et autres preux chevaliers. Tenez, à Orange, un des premiers gestes du maire, ce fut d’aller exhumer cette vieille statue de la colline Sainte-Eutrope et l’exposer en plein centre-ville… 

Oui, il s’agissait bien de la rue Crémieux dans le 12ème arrondissement de Paris. Une rue perpendiculaire à la rue de Lyon et à la rue de Bercy. Absolument charmante dimanche dernier. J’y suis passée vers 13h et avec le beau temps, les habitants sortaient la table pour manger dehors entre les pots de fleurs et d’oliviers. Quel luxe en plein Paris, à deux doigts d’une des gares les plus fréquentées d’Europe ! Les portes ouvertes, on distingue l’intérieur un rien spartiate: de très petites pièces avec un escalier raide qui monte à l’étage. Mais enfin, le charme doit bien combler un relatif inconfort. 



