La mort et ses leçons de vie

DSCN01251.jpgMon mari, mon compagnon de 35 ans de vie, s’est éteint il y a dix jours d’une longue et pénible maladie, comme on dit pudiquement.

Longue : pas vraiment puisque le crabe a fait son oeuvre en moins de six mois. Pénible : bien sûr car très vite il devint évident qu’il n’y avait aucune guérison possible.

Alors nous avons décidé de vivre ces dernières semaines, ces derniers mois heureux, solidaires et apaisés. Ce n’était pas gagné. Malgré l’amour et la tendresse, il a fallu face à la maladie faire du chemin l’un vers l’autre.

Moi tout d’abord. Mon homme s’inquiétait de ma réaction face à cette épreuve, il me l’a avoué quelques jours avant de mourir. Il savait que je détestais viscéralement et intellectuellement l’état de maladie et ses contraintes et conséquences. Être malade et se plaindre m’avait toujours semblé inélégant et irrespectueux vis-à-vis des autres, un sentiment qui me venait sans aucun doute d’un père hypocondriaque et adepte de l’auto-médication abusive, mais surtout du fait que je ne suis personnellement jamais malade et n’ai jamais été hospitalisée (grande chance, je sais, qu’elle dure encore longtemps!). Les circonstances, l’amour et l’admiration pour lui m’ont permis de trouver des ressources insoupçonnées, je me suis petit à petit métamorphosée en garde-malade 24h/24h pendant ses soins palliatifs à la maison. Quand on veut, on peut…

Lui ensuite. C’était un homme aux réactions passionnées, souvent excessives, parfois inattendues… Comme tout cancéreux, il est passé par les trois stades émotionnels habituels. Quand il en est arrivé à l’acceptation, lui aussi s’est métamorphosé en un homme lucide, serein et apaisé, ne pleurant jamais sur le sort injuste qui le condamnait mais seulement sur la peine de quitter ceux qu’il aimait. Cette « soupe au lait » a ainsi forcé le respect de tous ses proches. Tout qui lui téléphonait était accueilli d’une voix joviale et enjouée, jusqu’au bout.

Aussi aujourd’hui malgré la peine, je me sens heureuse et légère car nous avons réalisé, lui et moi, ce que nous nous étions promis.

Quels soutiens avons-nous reçus !

Son fils Thierry, mon beau-fils bien aimé. En vrai Delfosse, les relations avec son père furent souvent rugueuses mais l’amour, l’immense amour partagé n’était jamais loin, toujours prompt à déferler et réchauffer leurs coeurs. Quel réconfort !  

Facétieux François qui l’accompagna philosophiquement et fit un éloge funèbre tellement émouvant avec le clin d’oeil au bord des yeux, comme il sait si bien le faire.

Bouleversant Stéphane qui, si j’ai bien compris, lui avait proposé de le soulager à jamais.    

Tous les voisins, amis et connaissances virtuelles qui nous ont entourés de leur affection. Un petit bonjour en passant devant la fenêtre près de laquelle se trouvait son lit, une visite à la maison, un coup de téléphone, un courriel, chacune de ces marques d’amitié nous réjouissait le coeur.

Et puis toute ma gratitude personnelle à Dominique, notre cousine du lointain Québec dont la voix enjouée et le rire au téléphone ont ensoleillé mes jours, et à Barbara, « sa Louloutte chérie », qui l’a bichonné jusqu’aux derniers instants, toutes deux nous ont soutenus à bout de bras et d’amour.

Pour lui : Mozart dont il partageait les convictions philosophiques, le violon dont l’amour lui venait de sa grand-mère italienne, un adagio réconfortant comme un verre de Châteauneuf-du-Pape qu’il appréciait tant.

À toi, mon homme!

  

      

Temps suspendu

Pour vous, tous mes lecteurs et amis qui ne fréquentez pas Facebook, une merveille (parmi mille autres) offerte par Nathalie Stuzmann et son orchestre Orfeo 55. Dimanche de Pâques, les rues sont désertes et ceux qui ont la chance d’être en famille courent après les oeufs. En fin de journée quand les petits seront au lit ou repartis, avec un bon rhum, un bon cognac ou un bon Macvin à la main et un morceau de chocolat, savourez ce moment de grâce dû au génie du grand Jean-Sébastien !

Comme on se sent bien en écoutant cette musique sublime et cette voix unique de contralto de Nathalie, chef d’orchestre également… Ô temps, suspends ton vol !

Vous aimez cette voix?  http://www.nathaliestutzmann.com/

 

Vendredi Saint Verdissimo

Même si l’on n’est pas croyant, le Vendredi Saint est un de ces jours qui incitent à écouter une musique inspirée. Puisque nous célébrons l’année Verdi (200ème anniversaire de sa naissance), je vous propose un extrait de son Requiem. Composé à l’occasion de la mort du poète Manzoni, c’est une oeuvre d’une puissance émotionnelle renversante. Passez les préjugés des snobs qui du bout des lèvres vous affirment que « c’est grandiloquent comme de l’opéra » et laissez-vous émouvoir par la grandeur humaine déployée ici par le compositeur. Tous les grands chefs ont enregistré cette oeuvre sublime et souvent très bien, avec des distributions hors-pair.

0002894159762_600.jpegMa préférence va à une version de Claudio Abbado avec l’orchestre et les choeurs de la Scala de Milan et Katia Ricciarelli, Shirley Verrett, Plácido Domingo et Nicolaï Ghiaurov (DG – éditée en CD mais jamais remasterisée hélas). Très italienne dans sa profondeur, sans expressivité déplacée avec des interprètes de rêve.

 

 

 

 

Celle que je vous propose n’est pas moins impressionnante. Karajan adorait cette oeuvre (il l’a enregistrée au disque au moins cinq fois) et l’interprète ici en concert avec les Wiener Philharmoniker, Anna Tomowa-Sintow, Agnès Baltsa, José Carreras et José Van Dam. Moment intense: le Lacrymosa.

 

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On trouve sans difficulté sur YouTube la version complète. Et si vous désirez acheter ou emprunter les CD (ou DVD), il n’y a que l’embarras du choix: en plus de Karajan et Abbado déja cités, vous trouverez Bernstein, Solti, Muti (venu le diriger à Liège il n’y a pas si longtemps), Pappano et bien d’autres.

L’an dernier à la même époque, je vous avais proposé Wagner et Brahms !

http://nouveautempolibero.skynetblogs.be/archive/2012/04/05/l-enchantement-musical-du-vendredi-saint.html

Bonne écoute à tous, que la musique vous émeuve et vous apporte ainsi du bonheur à l’approche de Pâques!

 

XVIIIème:délocalisation, conclave et train de vie des nantis

Faire petit-déjeuner ses filles sur le tombeau de leur père au fond d’une crypte lugubre et permettre à Toinette et à Marie-Caroline de jouer à la marelle entre les tombes, quelle éducation, chère Marie-Thérèse ! D’autant que ces deux demoiselles vont devenir reines: l’une en France, l’autre à Naples. 

Elles resteront très liées : Marie-Antoinette trouvant en Marie-Caroline la seule confidente de ses déboires conjugaux et Marie-Caroline appelant à l’aide sa soeur dans une grande opération de reconquête industrielle. Un homme les lie : Anselme Masson, porcelainier de la manufacture de Sèvres.

En effet, nous sommes dans la seconde moitié du XVIIIème siècle, époque où la porcelaine à pâte dure ou tendre est un produit stratégique. Le roi Charles III rentrant en Espagne a délocalisé les manufactures de porcelaine napolitaines à Buen Retiro, en Espagne. Devenue reine du royaume de Naples et des Deux Siciles, Marie-Caroline  veut relancer, malgré l’embargo du roi d’Espagne, cette production. Chargé de cette mission par la dauphine de France, Anselme va tenter de l’aider au péril de sa vie et de celles de ses compagnons car les ennemis européens de cette initiative ne reculeront devant rien. Les deux reines n’y tiendront pas non plus leurs promesses… Cette première partie du livre nous plonge dans une Naples bouillonnante mais aussi dans l’éblouissement des premières fouilles à Herculanum et Pompéi.

Plus tard, Anselme trouve refuge à Rome alors qu’un conclave s’organise. On vit alors ce moment de l’intérieur, à l’ancienne. Et il y est aussi question de poison…

De retour en France, Anselme, homme des Lumières et franc-maçon, redécouvre Marie-Antoinette en reine. Il avait quitté une jeune femme intelligente et à l’esprit très ouvert, maintenant il la retrouve sombrant petit à petit dans des frivolités somptuaires dictées par ses courtisans et inspirées par son malheur matrimonial. La colère du peuple enfle de plus en plus devant ces dépenses et ce train de vie délirants. C’est l’époque des Philosophes : Anselme côtoie l’ami Diderot, nous parle de Voltaire l’exilé et de Rousseau déjà en retraite à Ermenonville. Dans ce contexte, les femmes se découvrent aussi bien des talents et des envies d’exister intellectuellement. Et puis on croise également Benjamin Franklin incitant Louis XVI à envoyer un corps expéditionnaire en Amérique…

Comme ce très beau roman de Jean-Pierre Desprat entre en résonance avec notre époque : époque charnière dramatique, bouillonnante, inspirante, presque déjà romantique. Ce livre fait partie d’une trilogie : Bleu de Sèvres, Jaune de Naples et Rouge de Paris (non encore édité) mais il peut se lire « seul », ce que j’ai fait, étant attirée par son titre. Récit très intelligent, très instructif aussi – parfois un peu ralenti par les explications techniques à la manière de Jules Verne – mais comme le dit si bien Daniel Pennac, on a la liberté de les passer… et ainsi de poursuivre un récit « à la Dumas »!

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Le style est élégant mais sans pédanterie, la langue contemporaine, sans difficulté aucune. Alors bonne lecture à tous !    

20 ans d’humour

Ces deux-là me font beaucoup rire, et je ne dois pas être la seule ! Jamais méchants ni grinçants vis-à-vis desFlyer_OPE_-_Face_-_Novembre-2.jpeg autres, ils fêtent leur vingt ans de carrière avec une tournée francophone. En plus, ils initient ce week-end nos petits à la musique classique dans la série « L’Orchestre à la portée des enfants ». Tout pour me plaire…

Un petit entraînement pour vos zygomatiques en ce week-end grisouille !

www.taloche.com

 

 

C’est une langue belle…

Oui, vous connaissez tous cette superbe chanson d’Yves Duteil qui parle si bien du merveilleux métissage de notre langue française.

« Et de l’île d’Orléans jusqu’à la contrescarpe… »

De l’île d’Orléans, je découvre chaque jour les beautés linguistiques grâce à ma cousine Dominique de Saint-Lazare dont vous pouvez lire sur ce blog les commentaires savoureux. J’aime quand elle me parle d’une terrible poudrerie (de neige), quand elle se déclare bien niaiseuse, puis qu’elle compte s’épivarder à Québec avec son homme…

La contrescarpe !  Rien de tel que le beau Mômo Chevalier, éternel Parigot au canotier, pour nous faire une vraie leçon d’argot…

Vous voulez vous délecter des paroles?

Appelez ça comme vous voulez  (Jean Boyer, Georges  Van Parys)

Ah, plaignez les vrais Parigots
Ceux de Belleville et d’ la Villette
Ils sont victimes des gens honnêtes
Les gens honnêtes sont des salauds

Ils nous avaient pris déjà
Notre belote et notre java
Avouez qu’ nous n’ sommes pas verjots
V’là maintenant qu’ils nous chipent notre argot
Dans toutes les classes de la société
La langue verte est adoptée
Chacun en douce fait à sa manière
Son petit vocabulaire

Vous gênez pas, y a du choix dans les mots
Un lit, un plume, un pucier, un pajot
Et appelez ça comme vous voulez, moi j’ m’en fous
Pourvu qu’ dedans j’y trouve ma poule
Ma régulière, ma gonzesse, ma houri
Ma musaraigne, ma ménesse, ma souris
Et appelez ça comme vous voulez, moi j’ m’en fous
Pourvu qu’ le p’tit homme ait d’ gros sous-sous

Du blé, du fric, de l’aubert, de la braise
Des picaillons, du flouze ou bien du pèze
Et appelez ça comme vous voulez, moi j’ m’en fous
Pourvu qu’ j’en aie toujours plein les poches
Plein les profondes, les fouilles et le morlingue
Pour que mézigue ait d’ badours petites fringues
Et appelez ça comme vous voulez, moi j’ m’en fous
Tout c’ que j’ veux, c’est d’avoir malgré tout

Des chouettes tatanes et d’ bath petits costards
Pour jouer au marle, au dur, au malabar
Et appelez ça comme vous voulez, moi j’ m’en fous
Pourvu qu’au bistrot je prenne un verre
Un glass, un drink, un godet ou un pot
Avec les mecs, les aminches, les poteaux
Et appelez ça comme vous voulez, moi j’ m’en fous
Tout c’ que j’ veux, c’est d’ pas sucer des clous

Briffer, becqueter, s’empiffrer le cornet
Se cogner l’ tronc, s’en mettre plein les trous d’ nez
Et appelez ça comme vous voulez, moi j’ m’en fous
Je m’ débine car c’est l’heure de la croûte
Trisser, calter, se barrer en lousdoc
Carguer la voile et hisser le grand foc
Appelez ça comme vous voulez, moi j’ m’en fous
Tout c’ que j’ veux, c’est d’ bien me taper l’ chou

Gueuler, piauler, discuter le bout d’ gras
Ramener sa fraise, en vendre un remettre ça
Et appelez ça comme vous voulez, moi j’ m’en fous
Tout c’ que j’ veux, c’est d’ pas m’esquinter l’ chose
Le vase, le prose, le figne, le coquillard
À faire le schnock, le cave, le zigomar
Et appelez ça comme vous voulez, moi j’ m’en fous
J’ suis pompé, groggy et tout et tout.

 
Chanson redécouverte lors de la soirée sur France 2 consacrée à Aznavour samedi dernier. Le code embed est bloqué, donc cliquez sur ce lien pour admirer Charles dans ses oeuvres !  
Faites dérouler un peu la page pour atteindre les images – d’autres extraits de l’émission à droite. Bon amusement !  
 
 
(Pour les fans de Patrick Bruel, il l’a aussi interprétée dans la version live à l’Olympia de son album Entre deux.) 
 

L’âme d’une ville

Pourquoi et depuis quand la saison de la Scala commence-t-elle le 7 décembre ? Vous le saurez en regardant ce joli reportage de The Guardian. 

Autres temps, autres moeurs : Milan, comme Vienne, reconstruisent leur opéra en ruines dès la fin des hostilités, comme un coeur battant qui ne pouvait s’éteindre. Disons-le à nos décideurs : La culture sauve de tout et est un puissant vecteur économique, plein d’énergie positive !

Lohengrin sur grand écran et sous la neige milanaise, quelques secondes de pur miracle. Bonne vision de ce clip hautement jouissif !

http://embedded-video.guardianapps.co.uk/?a=false&u=/travel/video/2013/feb/19/scala-opening-night-peroni-italy-video

Visionnaire

poster-habemus-papam.jpegMes nombreuses (et très heureuses) années de cours d’italien m’ont fait découvrir et aimer Nanni Moretti, acteur et réalisateur. Son film La stanza del figlio m’avait plus que remuée et Le Caïman m’avait réjouie par sa critique acerbe de l’ère Berlusconi. Et puis le chroniqueur de la vie italienne a fait place au visionnaire avec Habemus papam

Merveilleux Michel Piccoli qui campe un papabile rejoignant étrangement l’actualité de ces derniers jours.

Nul n’est prophète en son pays, dit-on, et pourtant quelle coïncidence divine et cinématographique, question de regard et de flair… jubilatoire!