À l’américaine!

Cette chronique m’a été inspirée après une folle semaine vécue à l’Opéra de Liège lors des superbes représentations du Barbier de Séville de Rossini. 

L’argument, on le doit à un homme : Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais.

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Fils d’horloger, écrivain, musicien, homme d’affaires et agent secret, Beaumarchais mena une vie tumultueuse tout au long d’un siècle qui ne l’est pas moins, né en 1732 et mort en 1799. Figure emblématique des Lumières, créateur des droits d’auteur, pourfendeur des privilèges de la noblesse, il fut néanmoins bien malmené à la Révolution. Personnage virevoltant aux multiples facettes parfois sombres et peu avouables, flamboyant, insolent, amoureux de la vie, le voici campé à merveille par Fabrice Luchini dans le film d’Édouard Molinaro. 

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En tant qu’agent secret, il se met au service de Louis XV et surtout de Louis XVI. À partir de 1775, il se lance dans la guerre d’Indépendance des États-Unis et joue le rôle d’intermédiaire entre les Insurgents et la France. Il reçoit du Roi une importante somme d’argent pour les soutenir et l’autorisation de leur fournir des armes. 

Un article polémique mais bien intéressant: (cliquer dans le coin inférieur droit pour tourner les pages)

http://fitheatre.free.fr/gens/Beaumarchais/Hist1Beaumarchais.htm

 

Parmi toute cette agitation frénétique qui caractérise la vie de Beaumarchais, la part de l’écrivain semble bien congrue et serait peut-être tombée dans l’oubli s’il n’avait écrit La Trilogie de Figaro ou le Roman de la famille Almaviva. Une saga familiale peu reluisante au Siècle des Lumières. 

On a parfois l’impression que ce sont les Américains qui furent les inventeurs de ces piètres séries que nous avons découvertes avec Dallas, sommet du bon goût qui déclencha une fièvre inédite en son temps, les rues se vidant à l’heure du feuilleton! 

Pourtant les sagas familiales faites de trahisons, d’amours scandaleuses et autres meurtres scabreux pullulent déjà dans les mythologies antiques écrites rappelons-le, par les Hommes qui créèrent les Dieux à leur image… 

La Trilogie de Beaumarchais est de la même veine… Certes il y manie la langue élégante du XVIIIème siècle, y développe son engagement politique et y fait entendre le grondement encore sourd de la colère du peuple. Mais les aventures de la famille Almaviva voient se mêler des intrigues amoureuses, des mariages, des tromperies, des trahisons, des adultères, des enfants naturels et cachés, le pouvoir de la naissance et de l’argent…  Dallas, les Feux de l’amour, Amour, gloire et beauté ne sont pas loin!

Voyons plutôt. 

Le Barbier de Séville ou la Précaution inutile met en scène Figaro aidant le jeune Comte Almaviva à conquérir le coeur de la jolie Rosine, pupille du vieux Bartholo qui envisage de l’épouser pour faire main basse sur sa dot. Rossini en fera le livret de son opéra Il Barbiere di Siviglia.

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Le Mariage de Figaro ou la Folle journée nous transporte 10 ans plus tard. Figaro va épouser Suzanne, la camériste de Rosine, devenu Comtesse Almaviva. Mais le comte poursuit Suzanne de ses assiduités, voulant exercer ainsi son droit de cuissage. Quant à la Comtesse, elle n’est pas insensible au charme de son page Chérubin. Tous ces personnages vont à la fin de cette journée de noces tendre un piège au comte et le confondre. Mozart écrira sur le même thème son opéra Le Nozze di Figaro.

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La Mère coupable ou L’autre Tartuffe

La famille Almaviva a émigré en France.  L’avocat Begears, homme de confiance du comte, va dévoiler un à un les secrets de la famille dans le but de la dépouiller. Il convoite Florestine, pupille du comte, qui elle-même est éprise de Léon, fils naturel de ce même comte. Begears découvre qu’en réalité, elle est la fille naturelle du comte. Les tourtereaux, donc demi-frère et soeur, ne peuvent prétendre à un mariage jugé incestueux. À lui Florestine! Mais on apprend alors que Léon est le fruit de la liaison entretenue par la comtesse  avec son page Chérubin mort depuis à la guerre. Supplications et prières torturées de la comtesse en présence du comte outragé qui menace de la répudier. La famille étant au bord de l’implosion, Begears sent la victoire à portée de main. Mais on s’achemine vers une sorte de happy end : Léon et Florestine, n’étant plus frère et soeur, peuvent alors se marier! Figaro a définitivement démasqué l’affreux Tartuffe et ses ignobles plans. Dans cette oeuvre, le ton dramatique l’emporte. Avec le même argument, Darius Milhaud composa un opéra en 1965.

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Mélodramatiques et peu glorieuses, toutes ces aventures, non? Et ce n’est pas tout ! L’homme providentiel, c’est toujours Figaro, mais qui est-il vraiment ?  

S’appelant en réalité Emmanuel, il est le fils naturel de Bartholo et de sa servante Marceline… Avant de chasser mère et enfant, Bartholo l’avait marqué au cou afin de pouvoir peut-être un jour le reconnaître. Après des années d’errance, le garçonnet est kidnappé par des bohémiens qui lui prénomment alors Figaro. C’est dans le Mariage de Figaro qu’on assiste aux retrouvailles des parents et de leur enfant… 

Alors Beaumarchais, créateur ou pas du soap-opera… 

 

Fleming-Ghosts_Versailles.jpgLes Américains eux-mêmes nous donnent peut-être la clé avec l’opéra-bouffe « The Ghost of Versailles » du compositeur John Corigliano. Mis à l’honneur notamment lors du 40ème anniversaire de James Levine au Met de New York et repris régulièrement sur les grandes scènes américaines, l’oeuvre nous transporte à Versailles avec les fantômes de Marie-Antoinette et de Beaumarchais. La reine déprimant à cause de sa triste fin, notre auteur veut la distraire en faisant jouer la dernière pièce de sa trilogie, La Mère Coupable. Sur fond de Révolution française, le livret prend certes des libertés avec la pièce puisque les fantômes de Marie-Antoinette et de Beaumarchais s’unissent au paradis tandis que Suzanne, Figaro et la famille Almaviva émigrent en Amérique…

 

À l’américaine, vous disais-je!

 

Tempête mystique

9782253129844-T.jpgLe tricentenaire de la mort de Louis XIV a remis en lumière la grandeur et la décadence d’un règne qui dura 54 ans, record absolu! Comme pour Napoléon (héros également de cette année « 15 », bicentenaire de Waterloo), nous sommes confrontés à des personnages dont les actions et l’héritage restent adulés par les uns, détestés par les autres.

Que d’émissions, que de livres consacrés au Roi-Soleil ! On a frisé parfois l’insolation! Pour se faire un peu d’ombre iconoclaste, pourquoi ne pas l’aborder, littérairement parlant, en (re)lisant Le Montespan de Jean Teulé  (http://nouveautempolibero.skynetblogs.be/archive/2015/04/15/comme-au-bon-vieux-temps-de-l-assiette-8421155.html) et Intrigue à Versailles d’Adrien Goetz ?

Retrouvé dans mes sempiternels rangements, j’ai relu ce dernier avec un oeil tout neuf. Voici ce que nous en dit Adrien Goetz, l’auteur.

L’auteur se complaît à brouiller les pistes, à entremêler les fils de l’intrigue, à nous faire douter de tout et de tous autour d’un « méchant » bien pointé comme dans les meilleurs James Bond.

Mais chez Adrien Goetz, ce que j’aime par dessus tout, c’est la grâce et l’érudition avec lesquelles il glisse des éléments d’histoire et d’histoire de l’art de l’époque ou d’aujourd’hui dans sa prose mutine et parfois iconoclaste. On jubile et on en apprend des choses tout au long de l’enquête! 

3117RZV5CML._SX298_BO1,204,203,200_.jpgTout d’abord, il y a l’héritage contesté de ce flamboyant Gérald Van der Kemp. Les gens de ma génération se souviennent sans aucun doute de cet exceptionnel communicant que l’on voyait sur l’écran de la TV noir et blanc du temps de De Gaulle, qui remit Versailles à la mode. Soutenu par Malraux, il n’avait pas son pareil pour fréquenter la Jet set des mécènes américains fortunés et les faire « cracher »au bassinet versaillais. En 1980, il partit à Giverny qu’il remit , là encore, au goût du jour.

Le livre nous dévoile la « reconstruction » du château qui était passé entre bien des mains depuis la Révolution et qui était vide, exsangue. Remeubler un pareil monument alors que tout avait été saccagé ou expatrié en Angleterre, quelle gageure! Van der Kemp choisit une option que réfutait Pierre Verlet. Passionnant!

Mais il y a aussi du sang dans ce roman, des meurtres rituels, des religieux extrémistes, la porte ouverte vers le jansénisme. Voilà, pour moi à la relecture, l’intérêt principal du livre. Tout le monde a son avis sur la question, une impression vague qui oscille entre Pascal, Racine et Montherlant… L’abbaye de Port-Royal!     

 Réforme « à la française », le jansénisme est un courant religieux et doctrinal initié par Jansénius, évêque d’Ypres et dont le foyer culturel fut notamment l’université de Louvain. Vision très pessimiste de la destinée humaine, elle se répandit dans toute l’Europe du Nord et en Italie. Rigueur morale extrême, doctrine de la grâce prédestinée, valeur exclusive des Écritures, mysticisme. Louis XIV les combattit en vagues successives avec l’aide papale. Tout comme les Jésuites, dont les collèges étaient l’exclusivité, et qui voyaient d’un très mauvais oeil les Jansénistes créer les petites écoles.  La parole janséniste fut libérée avec la mort de Louis XIV et prépara la Révolution. Elle demeure aujourd’hui. Histoire étonnante, controversée, fascinante, étonnamment moderne si comme l’aurait dit Malraux, le XXIème serait religieux  ou ne serait pas.

Sous cette vision des choses, Versailles devient alors le ring des influences religieuses infiltrées au plus près du Roi. La Quintinie aurait été janséniste, ami pourtant de Le Nôtre bon chrétien, du donnant donnant. Le potager royal, ancien cimetière janséniste redécouvert. Et puis un autre plan du château de Versailles, sanctuaire janséniste rêvé avec l’Orangerie comme centre névralgique… La tête nous en tourne !

Le dénouement de l’intrigue aura lieu la nuit du 25 au 26 décembre 1999, alors que les jardins de Versailles sont hachés menu par la tempête, le château menacé. Comme une vengeance divine.

On ne résiste pas ! et au bout du compte, on s’en fout un peu de qui a fait quoi.  Adrien Goetz a distillé, grâce à son héroïne Pénélope et son petit ami Wandrille, le meilleur de l’histoire : la destinée historique et moderne du Château de Versailles. 

51uzKxz20SL._SX388_BO1,204,203,200_.jpgDans la foulée, j’ai acheté le livre « Les Wallons à Versailles ». Certes il y a Rennequin Sualem et la machine de Marly, tous les marbres qui viennent de nos régions, et puis Grétry…  mais aussi des banquiers, des agents secrets comme le Prince de Ligne, des scientifiques liégeois. Je vous tiens au courant.  Voilà, mon Versailles à moi! Dernière visite le 5 juin 2008 en voyage scolaire avec ma chère amie Françoise, ma « copleuse », bien trop tôt disparue.

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L’avis d’un expert?

http://www.lejdd.fr/Chroniques/Bernard-Pivot/Les-folies-de-Versailles-74455

 

 

 

 

 

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Luna rossa

C’est un peu facile, je sais ! Et pas très original, Facebook regorge de photos bien plus belles du phénomène. Mais j’ai envie de partager les miennes, toutes artisanales qu’elles soient. Je me suis levée à 4h15, je n’ai pas vu la lune disparaître, elle était déjà bien « sfumata » quand j’ai ouvert la fenêtre. Mais j’ai regardé la suite avec ravissement et émotion. Un spectacle grandiose avec en plus la lune qui se déplace dans le ciel, qui se déplace tant et si bien que je ne l’ai pas revue pleine, elle a glissé entre les toits de mes voisins d’en face, j’aurais peut-être dû descendre dans la rue en peignoir mais il faisait plus que frisquet… 

Pour moi, le moment le plus magique fut le tout premier petit point de la lumière du soleil revenant poindre sur le bord gauche de la lune, comme une étincelle de dessin animé, la mécanique céleste dans toute sa splendeur.  

Alors, juste pour le plaisir et l’émotion. 

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(mystérieuse juste au milieu)

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(si discrète à ras du toit…)

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À 5h17 exactement, la lumière solaire renaît!

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Et puis à 5h45, elle s’est glissée entre les toits et moi, je me suis glissée dans mon lit, les yeux encore écarquillés d’émerveillement…

Et ce matin, un soleil arrogant, comme un Sarastro victorieux de la Reine de la Nuit! 

Ah! Cette chanson s’imposait, en plus elle date de 1954, quelle année!   

Volée de bois vert

Journée du Patrimoine oblige, je m’en vais encore vous parler d’un lieu connu de tous les Liégeois mais méconnu ou du moins mal connu.

Notre bonne ville se remet seulement des immondes opérations immobilières qui l’ont défigurée dans les années 1970. Après avoir colmaté les brèches, on en est aujourd’hui à reconstruire un tout cohérent, assez élégant et novateur.

Mais que n’avons-nous pas dû subir…

Le quartier où je vous emmène est sans doute, avec celui de la place Saint-Lambert, le plus emblématique de ces affres « modernistes » complaisamment infligées par la société Demarche acoquinée avec certain échevin « bâtisseur visionnaire » de l’époque… 

Revenons aux sources. Il s’agissait tout d’abord d’un pont à reconstruire au tournant des années 50… Le Pont de la Boverie devint « Pont Kennedy ». De la rive droite vers la rive gauche :

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Puis ce fut « le tout bagnoles » avec ses saignées dans les vieux quartiers. Le quartier de la rive gauche paya le plus lourd tribut avec la disparition notamment de l’ancienne bibliothèque des Chiroux et les rues voisines du quartier des Croisiers pour faire place à la Tour Kennedy début des années 70…

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Il était nécessaire ensuite de conduire cette nouvelle voie rapide vers le boulevard d’Avroy, et hop! on traça l’avenue Destenay en sacrifiant cette fois le quartier du Vertbois. Comme je le disais à certaines amies lors de notre visite, je me souviens très bien être allée à l’ancienne bibliothèque des Chiroux avec mon papa et encore plus avoir fréquenté le photographe que l’on aperçoit sur l’image de gauche, au rez-de-chaussée du petit building entre la station-essence et la maison de la Culture des Chiroux comme on disait alors (la devanture était jaune).

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Dans la configuration d’aujourd’hui comme on la voit ci-dessus, un bâtiment est complètement mis à nu et dépourvu de son environnement séculaire: le Vertbois (en rouge sur le dessus de la photo).

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De l’origine jusqu’aux années 1970, la cour d’entrée avait un vis-à-vis très proche au-delà d’une porte cochère en bois puis d’une grille…

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                              (1942)                                                    (1956)

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(2015)

Le Vertbois, c’était au départ le nom d’une auberge coincée entre l’église Saint-Jacques et l’abbaye de Beaurepart (dont on a parlé dans le poste précédent concernant la Chartreuse). À la fin du XVIIème siècle, le baron Jean-Ernest de Surlet-Chokier (ancien vicaire général du Prince-Evêque) rachète l’auberge, ses dépendances et ses jardins et y installe un hospice. Dans celui-ci, deux départements bien distincts, séparés par la chapelle : l’aile des filles repenties et celle des pauvres incurables. Un escalier à deux montées parallèles mais de sens contraire (unique en Wallonie) évitait la recontre des unes et des autres…

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L’hospice sera transféré ensuite au Valdor. L’aile gauche accueille alors l’école de Mécanique de la Ville de Liège jusqu’en 1932, puis est pressentie pour être le siège du Musée de la Vie wallonne. Elle est abandonnée à l’annonce de la guerre puis est pulvérisée par une bombe volante en 1945. L’aile droite accueille dès 1892 les orphelins de l’Assistance publique jusqu’en 1981, avec une grande modernisation au début des années 50 (avec reconstruction de l’aile gauche en vrai faux-vieux).

De nombreux anciens orphelins se sont pressés aux portes ouvertes du week-end dernier et tous ont témoigné de la bonne ambiance familiale dont on les entourait (le directeur et sa famille mangeaient au réfectoire avec les enfants, il y avait le chauffage central et toutes les commodités d’hygiène dont des douches…).

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Les bâtiments sont aujourd’hui le siège du CESW (conseil économique et social de Wallonie). Le réfectoire, la salle de jeu et l’étude ci-dessus à droite sont devenus le hall d’entrée ; les étages sont occupés par différents bureaux.

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Les combles ont été aménagés en salles de réunion, accessibles par une élégante passerelle. 

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Quant à la chapelle dédiée à Saint-Charles Borromée, elle devint une salle de gymnastique et aujourd’hui est la salle  de réunion du Conseil.

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Exceptionnelle visite organisée par l’association Art&Fact, merci à notre guide Eva dont nous avons souvent croisé la route et qui chaque fois nous enchante par ses explications pointues mais compréhensibles pour tous. 

Nous avons terminé par les jardins jouxtant le Grand Séminaire et l’Évêché.

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et l’aile gauche avec ses caves restaurées recélant des trésors extraordinaires (plans, cadastres, dessins architecturaux). Nous y avons notamment fait connaissance avec un certain Jean-François Blondel. je vous en parlerai bientôt…

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Bref, ravie de la découverte de ce monument que je longe depuis plus de 30 ans sans avoir imaginé un seul instant sa très riche histoire. C’est ça, le miracle et la joie des journées du Patrimoine! 

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Notre verte colline

Comme celle de Bayreuth, elle pourrait être sacrée puisque pas moins de quatre ordres monastiques l’ont occupée : les Oblats, les Prémontrés, les Chartreux et les Carmélites qui y séjournent toujours. Elle porte également le nom féminisé de l’un d’eux : la Chartreuse. Comme celle de Bayreuth, elle est aussi verte, c’est un des poumons écologiques de la ville. La voici visible depuis la passerelle panoramique de la Citadelle, la colline d’en face. 

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Ceinturée par l’Ourthe et la Dérivation de la Meuse à la base, et par le cimetière de Robermont et la commune de Fléron au sommet, elle correspond aujourd’hui aux quartiers de Basse-Wez et de Grivegnée. Si l’histoire de Liège est faite de milliers d’événements et de rebondissements en tous genres qui font perdre la tête aux plus érudits des historiens de la principauté, la Chartreuse en a vécu bon nombre!

Tout commence par un oratoire administré par l’ordre des Prémontrés qui y vénèrent Saint-Corneille, d’où le premier nom de cette colline : le Mont-Cornillon. Ils y installent un hospice puis une léproserie, quatre bâtiments dont deux sont réservés aux hommes et deux aux femmes, ceux-ci étant gérés par des Soeurs (dont la célèbre Sainte-Julienne à l’origine de la Fête-Dieu qui devint prieure en 1230 et voulant  y remettre de l’ordre et de la discipline, dut d’enfuir et fut poursuivie pendant de nombreuses années par ses détracteurs à Huy, Antheit, Namur jusqu’à Fosses-la-Ville). Mais cette colline stratégique est l’objet d’attaques incessantes et les Prémontrés abandonnent les lieux pour l’Abbaye de Beaurepart-en-Île, aujourd’hui le Grand Séminaire de Liège. La situation sanitaire s’améliorant, la léproserie est fermée, fait place à une foire aux bestiaux et le couvent déserté devient une forteresse, détruite en 1336 par les Liégeois eux-mêmes en révolte contre leur Prince-Evêque.

Ah! Y avait de l’ambiance en ce temps-là et encore, je vous résume les péripéties…

Le lieu déserté est octroyé ensuite aux Chartreux qui y érigent un nouveau couvent, y vénèrent Saint-Bruno et y restent jusqu’à la Révolution liégeoise en 1794. 

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Ci-dessus, Saint-Remacle à gauche, les bâtiments de la léproserie et le couvent des Chartreux à flanc de coteaux.

Le couvent est détruit en grande partie et les ruines sont cédées aux Petites Soeurs des Pauvres qui s’y installent et y accueillent les plus démunis.  Ces dernières années, le bâtiment devint un Park-hôtel et aujourd’hui, est en complète réhabilitation pour y installer une résidence de luxe pour seniors.

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P1050914.JPGLa léproserie, quant à elle, devint le Carmel de Cornillon qui abrite toujours aujourd’hui des soeurs Carmélites. Il est possible d’assister à des offices.

Tout cela sur la face mosane de la colline.

 

Vers l’Ourthe, c’est l’ordre missionnaire des Oblats qui rachète à la fin du 19ème siècle l’ancien casino de la rue du Beau-Mur et y fait construire une église néo-gothique durement touchée pendant la deuxième Guerre mondiale et qui est désormais fermée au public.

 

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T_II_F_3_53.gifVoyons maintenant le sommet de la colline. La forteresse construite puis détruite en 1336 est remplacée plus tard par un fort hollandais à la Vauban qui devait compléter la Citadelle érigée en face sur l’autre rive de la Meuse. 

Malheureusement, l’urbanisation de la région de Péville rend ce rôle très périlleux avec l’avènement des canons longue portée ; la forteresse devient alors simplement une caserne de 1891 à 1981, une garnison ennemie, une prison et un hôpital au gré des différentes guerres et des occupants français, belges, allemands, américains… 

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La Chartreuse aujourd’hui est un but de promenades et de découvertes en pleine nature.

On y monte par le Thier de la Chartreuse, puis une ruelle et l’ancienne route d’Aix-la-Chapelle surplombée par l’Arvô, ancien pont fortifié entre la ferme des Chartreux et leurs terres.

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Les bâtiments militaires abandonnés ont été la proie de promoteurs immobiliers qui ont laissé tout aller à l’abandon. Ce patrimoine inestimable ne peut plus être que démoli, il n’y a rien à sauver malheureusement. Visite surréaliste au pays du tag, du paint ball et des milices para-militaires hollandaises!

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Si c’est bien peine perdue pour le sauvetage des bâtiments, la Ville de Liège et des associations écologistes ont acquis une grande partie du parc. Des chemins de promenade montant notamment du parc des Oblats, la merveilleuse lande des aubépines, les dalles minérales (zones ouvertes), une partie en gestion raisonnée (les îlots forestiers de sénescence ) pour la sauvegarde de la biodiversité de la faune et de la flore, des lieux romantiques au gré des fortifications… On n’est pas loin de Brocéliande!

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Nous avons découvert ce lieu au départ du Thier de la Chartreuse mais il est aussi possible de l’atteindre par le parc des Oblats (Grivegnée-bas) et Péville (Grivegnée-haut). Nous y reviendrons en automne car le parc de 19 hectares ne contenant que des feuillus, si l’automne n’est ni trop pluvieux ni trop venteux, on pourra y faire de superbes photos et y vivre comme un été indien!

Que de choses trouvées sur le net ! Ce lieu est devenu emblématique pou les écologistes mais aussi pour les historiens, les photographes en quête d’ambiances particulières!  Elle, aussi, a bien des mystères, notre verte colline liégeoise!

Petit album avec quelques clichés à droite!

 

 

L’autre Montpellier

Sur l’air de L’autre Finistère des Innocents si vous le désirez !

Des Montpellier, il en existe de toutes les sortes : 11 avec un seul « l », essentiellement dans la sphère anglo-saxonne (États-unis, Irlande, Royaume-Uni), 6 avec deux « l » dans le monde francophone (France et Québec). Ce sont tous des noms de lieux.

P1050795.JPGCelui dont je vais vous parler, c’est un nom de famille et après bien des caprices de l’histoire, finalement belge : de Montpellier-d’Annevoie. Oui, celui des fameux jardins, perle du patrimoine wallon.

 

La famille d’abord!

Elle n’est pas du tout originaire du Languedoc comme on pourrait le croire. Un lointain ancêtre, Jehan Servais, étant parti faire des études de chirurgie à l’université de Montpellier, accole à son nom ce patronyme et s’installe dans la région namuroise. Ses descendants, spécialisés dans la sidérurgie, deviennent maîtres de forges, puis seigneurs et sont enfin anoblis en 1743 par l’impératrice Marie-Thérèse (oui, l’Autrichienne, la mère de Marie-Antoinette, vous comprendrez pourquoi plus tard). Le château d’Annevoie devient propriété de la famille par mariage.

Mais le grand homme de la famille, celui qui passera à la postérité, c’est Charles-Alexis de Montpellier. Il naît en 1717. Comme ses ancêtres, grande figure de la sidérurgie namuroise, il a engrangé d’énormes profits grâce auxquels de 1758 à 1776, il fait agrandir le château. Puis homme des Lumières, érudit et amateur de jardins (il a visité les plus beaux de France et d’Italie), il crée les jardins autour du Rouillon, un ruisseau qui cascade naturellement dans le domaine. Il meurt en 1807, à l’âge respectable de 90 ans.

Nous avons visité le domaine d’Annevoie le week-end dernier et nous nous sommes posé la question de savoir comment cet ensemble avait traversé la période troublée des révolutions.

Dans la jeunesse de Charles-Alexis, la région est autrichienne. En 1787, elle se soulève contre l’empereur Joseph II et fait partie  en 1790 de la Confédération des États belgiques unis qui ne vivra qu’un an (regroupant toutes les provinces belges ex-autrichiennes sauf la Principauté de Liège qui, elle, ne fut jamais autrichienne. Elle dépendait de l’empire allemand et avait fait sa propre révolution mais elle conclut très rapidement des accords avec la Confédération). Ensuite elle est annexée par la France et Namur devient la préfecture du département Sambre-et-Meuse. Après Waterloo, elle est, comme toute la Belgique, rattachée aux Pays-Bas. Puis vient la Révolution de 1830 et les descendants de Charles-Alexis en sont de grandes figures. Le domaine n’a donc jamais été en danger.

 

Et maintenant, les jardins!

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      Aujourd’hui, un jardin de 50 hectares avec 4 sources, 50 jeux d’eau qui fonctionnent depuis 250 ans sans interruption et de sublimes arbres de 200 ans d’âge…

 

C’est Charles-Alexis de Montpellier d’Annevoie qui, comme dit plus haut, crée ces jardins d’eau uniques en Belgique et parmi les plus beaux d’Europe (classés deux étoiles par le guide Michelin). L’eau est partout, cascadant sans aucune machine, par la seule pression et les déclivités naturelles du terrain étagé. On peut, au fil de sa promenade, se laisser envahir par le romantisme anglais, le raffinement italien, la géométrie à la française. Un écrin de verdure au sein d’un paysage forestier où on n’entend aucune rumeur de la modernité.

Pourtant, ce domaine est en perpétuelle mutation : depuis 1930, il ne cesse de s’agrandir et de se transformer. Malgré de sombres imbroglios financiers et immobiliers qui ont récemment conduit la Région Wallonne à y mettre bon ordre et à en devenir acquéreuse, il s’y passe toujours quelque chose : l’ouverture dès le printemps avec un marché artisanal, les superbes fêtes vénitiennes

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Un peu plus tard dans la saison, des concerts estivaux et même la célébration de Noël.

Lors de notre visite, notre parcours fut agrémenté par les superbes sculptures de Robert Arnoux (Issu de l’atelier de Soulages, il s’inscrit dans la lignée de Brancusi ou de Moore). Étonnant dialogue entre oeuvres d’art et nature, une vraie symbiose qui nous a ravies ! 

 

Je vous propose un album de 50 photos ci-contre à droite tout au-dessus (choix cruel, on se laisse aller, au gré de la promenade, à faire plus de 100 clichés qui vous semblent tous dignes d’intérêt…) Cliquez sur l’image puis sur  visualiser l’album et sur diaporama, c’est plus agréable.

La succession des photos correspond à la promenade conseillée.

L’entrée des jardins se fait par le coin inférieur gauche. On chemine ensuite de gauche à droite vers le buffet d’eau, le château, le miroir, la grande allée, les charmilles et le petit canal. Passé l’église (en rouge sur le plan), on entame la montée parmi de sublimes arbres centenaires vers le Grand Canal. Au sommet, on repart vers la gauche en direction du jardin de fleurs qui cascade vers le lac et retour vers l’Orangerie, où une bière locale vous attend. Deux heures et demie d’une promenade enchantée et apaisante.

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Si vous ne situez pas bien le lieu, c’est dans la haute vallée de la Meuse, entre Dinant et Namur.     

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 D’autres infos : http://www.annevoie.be/ 

Très Riche lieu d’histoire…

Vous connaissez? Mais si ! Tout visiteur de la capitale française a, au moins une fois dans sa vie, soulagé ses petons endoloris dans cet endroit champêtre. Un lieu pourtant chargé d’une histoire tumultueuse dans les siècles passés!

On le doit à Richelieu, le cardinal. Devenu ministre, celui-ci veut un pied-à-terre près de son lieu de travail, le palais du Louvre. Il acquiert un hôtel particulier qu’il transforme en palais avec un très vaste jardin limité par les rues de Richelieu, des Petits-Champs, des Bons-Enfants et Saint-Honoré. Il y meurt en 1642 après l’avoir légué par anticipation à Louis XIII. C’est le palais Cardinal.

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Plus tard, Anne d’Autriche s’y installe avec ses deux fils, Philippe d’Orléans et Louis XIV. Il prend alors le nom de Palais-Royal.

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Richelieu, amateur de théâtre, y avait fait construire une salle de spectacle privée. Louis XIV l’ouvre au public et y installe la troupe de Molière. On y donne également les opéras de Lully. Ayant brûlé en 1781, cette salle fut remplacée par un nouveau théâtre qui deviendra le Théâtre-Français (siège de la Comédie-Française).

Dès 1701, le palais devient la possession des ducs d’Orléans qui commencent un certain nombre de travaux, dont l’installation de boutiques, des maisons de jeu et de joie, une galerie de tableaux, un jardin planté d’arbres, une pièce d’eau.

9782253128755FS.jpgLe Régent Philippe II d’Orléans, ayant déserté Versailles, en fait le centre de la vie politique et artistique de 1715 à 1723 et  y organise des soupers libertins.

Je vous conseille ce livre de Michèle Barrière, dans lequel elle fait revivre cette époque. La haine du peuple pour le Régent, la Quatripartite pour éviter les guerres, les rumeurs, les espions qui sont partout, la crainte des empoisonnements, le Théâtre des Italiens et Marivaux, la guerre entre le Champagne et les vins de Bourgogne, la gastronomie dans ces soupers libertins, la pâtisserie et la parfumerie avec des mélanges qui nous semblent étonnants, c’est savoureux!   

En 1789, les Révolutionnaires s’y donnent aussi rendez-vous dès les premières heures.

 

C’est à la Restauration que Louis-Philippe donne au Palais-Royal sa physionomie actuelle.

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Il faut y ajouter une dernière modification à la fin des années 80 avec l’installation des colonnes de Daniel Buren.

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Les bâtiments, définitivement propriété de l’État en 1848, connaissent bien des utilisations: commerces, théâtres, musée, Bourse, Tribunal de Commerce, Comptoir d’escompte, état-major des gardes nationale et mobile…

Aujourd’hui, ils abritent notamment le Ministère de la Culture, le Conseil Constitutionnel et le Conseil d’État ; la Comédie-Française et le petit Théâtre du Palais-Royal. Lors de la réfection de la salle Richelieu de la Comédie-Française en 2011-2012, on construit le long des colonnes de Buren un théâtre éphémère.

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Samedi dernier, dans ce jardin du Palais-Royal, nous avons fait un petit arrêt pique-nique bienvenu, dans notre long périple pédestre vers la Sainte-Chapelle.

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Aujourd’hui oasis de calme au centre de Paris mais au passé extrêmement riche et foisonnant dans les siècles précédents, n’hésitez pas à lire son histoire complète, c’est passionnant! Le passage au XXème siècle y laissera les souvenirs de la grande Colette et du restaurant gastronomique Le Grand Véfour.

La place Colette (1966 – André Malraux) devant la Comédie-Française qui sert souvent de parvis à des concerts improvisés et dont la bouche de métro de Jean-Michel Othoniel, est une des plus originales de Paris…

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L’histoire passionnante de ce restaurant gastronomique, qui se confond avec celle du lieu! (Vous pourrez également y consulter la carte alléchante et réserver… si les additions à 3 chiffres ne provoquent pas de reflux gastrique à votre portefeuille!) 

http://www.grand-vefour.com/legrandvefour/lhistoire.html

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« Quand je suis fatigué de lire mes dossiers et d’aligner les signatures sur les parapheurs, je sors sur la terrasse et je regarde les fenêtres de l’appartement de Colette à l’autre extrémité du Palais-Royal. je l’imagine quand elle remontait lentement les allées pendant la guerre, grosse et percluse d’arthrite, au bras de son mari Maurice Goudeket, dont elle assumait bravement l’étoile jaune et qu’elle avait réussi à sortir de Compiègne, l’antichambre de la mort… »

Frédéric MITTERRAND, La récréation, Le Livre de Poche, p.309 (Ministre de la Culture 2009-2012)

 

Je vous propose ce joli film dans lequel Colette, Raymond Oliver (celui qui fit renaître le Grand Véfour), Mireille, Cocteau et beaucoup d’autres repeuplent ce lieu mythique. (Les images ont été tournées alors que le théâtre éphémère coupait la perspective). 

   

Une femme en or

Maria, fringante septuagénaire un peu désargentée, tient une jolie boutique de mode à Los Angeles. Venant de perdre sa soeur et entreposant toutes les affaires de celle-ci dans une petite pièce de sa propre maison, elle découvre tout à coup une carte postale représentant le célèbre tableau d’Adele Bloch-Bauer par Gustav Klimt.

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hqdefault.jpgLe passé lui revient alors en mémoire car Adele, c’était leur tante chérie morte très jeune d’une méningite. Elle se souvient parfaitement de ce superbe collier qu’elle l’aidait à fixer autour de son cou lors de ces soirées viennoises où leurs familles juives côtoyaient la plus belle société intellectuelle. La guerre arriva, Maria dut fuir tout cela soixante ans auparavant…    

Mais nous sommes en 1998 et une loi permet dorénavant aux familles spoliées par le régime nazi de faire valoir leurs droits sur leurs biens familiaux volés. Maria Altmann va dès lors s’allier à Randol Schoenberg, un jeune avocat petit-fils du grand compositeur viennois Arnold Schoenberg, pour tenter de récupérer les tableaux de Klimt, possession de l’état autrichien et notamment cette Dame en Or considérée comme la Joconde autrichienne, icône du musée du Belvédère.

On retrouve ici le même cheminement des jeunes générations face au drame du nazisme que dans le film Labyrinthe. Là, un jeune Allemand tente de comprendre pourquoi un de ses amis s’auto-détruit. Par son histoire, il va découvrir le mot « Auschwitz », l’horreur qui se cache derrière et la dissimulation organisée par la génération des survivants, bourreaux comme victimes. En tant que jeune Allemand, il en sortira meurtri mais victorieux.

La-Femme-au-Tableau-Affiche-France.jpgDans La femme au tableau, c’est un jeune avocat juif américain, petit-fils d’Arnold Schoenberg qui décide d’aider une amie dans sa quête pour récupérer des tableaux. Il agit tout d’abord par intérêt, on est en 1998 aux débuts d’internet et il comprend tout de suite, par quelques recherches sur le web naissant, des sommes colossales en jeu. Il est dans une passe difficile et décide de son action uniquement par intérêt pécuniaire. Mais un voyage à Vienne avec sa cliente, sur les traces de leurs ancêtres et de leur passé tragique, va changer sa vision des choses. La seule restitution des tableaux volés et indûment considérés comme patrimoine de l’état autrichien devient sa priorité au-delà des sommes astronomiques en jeu.

  

http://www.aufeminin.com/embed/n267002/v1/20150704/v510006_28287_2

C’est aussi un peu la suite de Monuments Men.

Maria Altmann est très présente sur Internet. Vous trouverez énormément de documents antérieurs à ce film. Je vous propose celui-ci, datant de 2006, où l’on voit la vraie Maria nous parlant d’une époque incroyable, d’une Vienne carrefour de civilisation. Et l’on est pris de vertige en voyant de nos propres yeux ce qui va passer peu de temps après. Comment un peuple va anéantir ses intellectuels de la plus horrible des façons.

Il est vrai que pas mal d’amis me disent souvent que les Autrichiens d’aujourd’hui vous soutiendraient en toute mauvaise foi qu’Hitler était allemand et Beethoven Autrichien…  N’oublions pas la mésaventure Kurt Waldheim et plus près de nous, Jörg Haider dont l’irrésistible ascension ne fut stoppée que par sa mort accidentelle. 

Si vous avez vu le film (ou pas), ceci ne peut que vous intéresser, vous bouleverser. Quel document! 

(Je ne l’ai malheureusement pas trouvé sous-titré en français – je cherche toujours, il doit exister puisqu’il est produit notamment par France Télévisions –  mais l’anglais n’est pas très difficile à comprendre dans son essentiel…)

 

Fritz Altmann, chanteur d’opéra et mari de Maria, connut bien des mésaventures qu’on ne relate pas dans le film mais dont parle Maria dans le document. Voici son témoignage:  http://schoenblog.com/?p=656

Un conseil: allez voir ce film!      

Gott! Welch Dunkel hier…

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Peut-être sont-ce les paroles prononcées par Jon Vickers ce 10 juillet 2015. En espérant cependant pour lui, le croyant fervent, que le lieu soit plus accueillant que la prison de Florestan, et que la lumière ait enfin remplacé l’obscurité dans laquelle l’avait plongé lentement la maladie d’Alzheimer depuis une dizaine d’années.

Sans aucun doute, la plus déchirante interprétation de ce célèbre cri du mari de Fidelio dans l’unique opéra de Beethoven.

Personnage carré physiquement parlant avec une voix ni italienne (bien qu’il ait interprété de grands rôles de ce répertoire), ni allemande (malgré ses nombreux rôles wagnériens), ni française (il fut pourtant Don José, Samson, Énée…). Une voix qui ne ressemblait à aucune autre, brute comme celle d’un bûcheron disaient certains en référence à sa nationalité canadienne, mais capable des nuances et des pianissimi les plus subtils. Une présence charismatique également à une époque où les ténors ne faisaient pas de l’investissement scénique une priorité… (ici en répétition avec Karajan et Rolf Liebermann)

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Pour les amateurs d’opéra de ma génération, le nom de Vickers fait tout de suite penser à ces enregistrements légendaires dont les pochettes même nous émeuvent aujourd’hui tellement elles nous étaient familières…

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Sa discographie est immense, beaucoup de ces opéras existent en plusieurs versions avec tous les grands interprètes de l’époque et les plus grands chefs. Son répertoire était aussi extrêmement éclectique. On y trouvera aussi le Requiem de Verdi, Le Chant de la Terre de Mahler, Elijah de Mendelssohn, le Winterreise de Schubert, la 9ème de Beethoven, certains lieder de Richard Strauss… Seul Mozart manque à l’appel et cela vaut mieux d’après quelques témoignages retrouvés après la seule interprétation qu’il donna de Così fan tutte en 1953 à Toronto. Le grand Nicolaï Gedda (toujours vivant n’en déplaise à certains), ayant interprété Ghermann de la Dame de Pique de Tchaïkowsky, confia qu’il voyait mieux ce rôle pour Vickers ou Domingo. Vickers ne releva pas le défi de chanter en russe. Dommage car la folie du héros lui aurait bien convenu…

J’ai aussi cherché à savoir si son chemin avait croisé celui de Callas. Eh oui, plusieurs fois dans Medea de Cherubini. Un extrait d’interview de la Divina avec la représentation de cet opéra à la Scala en 1961. On y aperçoit Vickers mais on ne l’entend pas malheureusement…

Il existe aussi des films, le plus souvent tournés avec Karajan, où son talent de comédien et son charisme sont bridés par l’inévitable play-back de mise à l’époque.

Quant à mon expérience personnelle, elle se limita d’abord au disque. C’est lui qui m’a fait découvrir Samson. J’ai adoré son Siegmund, le duo d’amour des Troyens. À la scène, j’ai pu voir son Otello à Garnier en avril 77 et j’avoue ne pas en avoir gardé un souvenir exceptionnel. Il y avait sur scène un Iago qui capta toute mon attention (Sherrill Milnes) et puis les costumes et la mise en scène avaient été conçus pour Domingo que j’avais vu plusieurs fois dans cette production. Il y campait un Otello charnel, comme un grand fauve, avec des costumes accentuant plus son côté maure et arabe que sa négritude. Vickers, la face très noire, eut du mal à se glisser dans cette vision du personnage.

J’ai tout de même retrouvé dans mes archives quelques documents émouvants de cette soirée…

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hqdefault.jpgDe Paris, je garde également un souvenir ébloui d’une retransmission de l’Incoronazione di Poppea où il campait, aux côtés de Gwyneth Jones et du Sénèque grandiose de Nicolaï Ghiaurov, un Néron fantastique. 

En dehors du Palais Garnier, c’est sans aucun doute, sur le sol français, aux Chorégies d’Orange qu’il livra ses représentations les plus légendaires : Tristan, Fidelio et La Norma.

Ah, cette Norma! Avec Montserrat Caballé, Josephine Veasey et … le mistral, d’enfer ce soir-là, qui ajouta encore plus de densité dramatique au jeu de ces immenses chanteurs. Définitivement pour moi, La Norma, c’est cette interprétation !

  

Pendant longtemps, j’ai cru qu’en raison de ses croyances religieuses très exacerbées, Vickers avait refusé d’interpréter Parsifal. Je me trompais lourdement. C’est en réalité Siegfried qui lui semblait trop païen. Il campa un Parsifal extraordinaire dont porte témoignage Christa Ludwig:

« (Kundry) quel formidable rôle! Et, en plus, merveilleux à chanter! Au dernier acte, lorsque Parsifal dit: « Du weinest-Sieh! es lacht die Aue » (Tu pleures! Vois, tout rit aux plaines), j’étais à chaque fois si émue que je me mettais à pleurer. Surtout lorsque Jon Vickers était mon Parsifal. Jon Vickers s’appropriait ses rôles au point de s’identifier à Othello ou à Parsifal. Il chantait ces « notes entre les notes » qui expriment la musique au-delà de la vocalité pure. J’ai chanté avec lui pour la dernière fois au Met avec James Levine au pupitre. Ce grand chef mit un tapis de pianissimo enchanteur sous le récit « Ich sah das Kind an seiner Mutter Brust » (Je vis l’enfant au sein de sa mère)! Je n’oublierai jamais l’explosion de Vickers « Amfortas! », après le baiser de Kundry ; la prise de conscience subite de Parsifal s’exprimait si violemment dans la voix de Vickers que cela allait bien au-delà d’une note chantée. » 

Christa Ludwig, Ma voix et moi, Les Belles Lettres/Archimbaud – page 133.    

Un extrait sonore de l’Enchantement du Vendredi Saint lors d’une représentation à Bayreuth en 1964 (avec Hans Hotter). Et la fin impressionnante dans une version vidéo à Genève en 1981. 

 

 

Vickers4.jpgPour en revenir au côté italien de sa carrière, je vous recommande ce disque (enregistré à Rome en 1961) où l’on va d’étonnement en étonnement en l’entendant interpréter Gioconda, Don Carlo, Andrea Chenier, Tosca, Il Trovatore… Cielo e mar, Recondita armonia, Ah!si ben mio, Come un bel dì di maggio désarçonnants…    

Lors de mes recherches, je suis tombée sur ce portrait très intéressant réalisé par un autre bloggeur.  

http://www.paperblog.fr/7706282/in-memoriam-jon-vickers-1926-2015/

Pour ceux qui lisent l’anglais, un portrait « candide » par John Ardoin, dans The Tenors, Herbert H.Breslin, Editor. Et l’incontournable « En passant par Paris » de Rolf Liebermann, un livre monument avec des photos incroyables. 

En conclusion, je ne peux que vous souhaiter de bien belles heures musicales en découvrant ou en redécouvrant cet artiste majeur de la vie lyrique du 20ème siècle.

Sans aucun doute le plus bel hommage qu’on puisse lui rendre. 

La baby factory des Ardennes

Quel enfant liégeois n’a jamais fréquenté cet endroit idyllique pendant les beaux jours d’été?

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lac wégimont.jpegOn y trouve tout pour s’amuser : un mini-golf, des tennis, une plaine de jeux, des bois, un arboretum, des barbecues, des étangs romantiques avec barques, le seul camping de la périphérie liégeoise…

Et pendant ces jours de canicule que nous venons de vivre, l’immense complexe aquatique qui a remplacé l’antique piscine de notre jeunesse fut pris d’assaut !

Devenu propriété de la Province de Liège en 1920, c’est une des perles du tourisme wallon: le domaine de Wégimont à Soumagne.

Mais à Wégimont, il y a aussi un château.

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Les premières traces datent du XVème siècle. Il passa de mains en mains et fut considérablement abîmé lors de la guerre entre les Chiroux et les Grignoux en 1636. Appartenant alors aux d’Aspremont, il devint la propriété ensuite des Eynatten et des d’Oultremont jusqu’en 1920. Les deux comtesses, Camille et Appoline, le vendirent à la Province de Liège qui ne sut qu’en faire jusqu’en 1938. Nous étions alors à l’époque des premiers congés payés et il fut converti en centre de loisirs avec son parc de 18 hectares que le roi Léopold III vint inaugurer.

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546_001.jpgAYENEUX Château de Wégimont 1956 ed. Blanchy (Small).jpg

Dans ma jeunesse, une partie du château était également affectée à une maison de retraite. En 1964, un drame dont je me souviens parfaitement : le château flamba à cause d’une friteuse mal éteinte. Il y eut 17 victimes et le château n’était plus qu’un amas de ruines fumantes. Mais on le reconstruisit rapidement sans toutefois respecter le plan d’origine, la tour et le corps de logis principal ayant disparu.

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Beaucoup d’historiens regrettent qu’il n’existe que peu de documents sur ce beau château. Mais ce n’est pas étonnant car il a une part d’ombre, une tache honteuse : il fut le seul Lebensborn de Belgique, « le Lebensborn des Ardennes ».

Lors de la seconde guerre mondiale, les Allemands organisèrent des centres d’éducation pour les jeunes bambins nés de très jeunes mères d’origine germanique. Elles y étaient mises en production comme des poules pondeuses pour fournir à l’Allemagne de vrais petits aryens, de futurs invincibles soldats. Le Lebensborn de Wégimont s’est développé sous la direction d’Inge Viermetz avec un personnel de jeunes aidantes et infirmières, et des médecins et gynécologues de Soumagne et de Liège.

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Cependant l’intendance laissait beaucoup à désirer et causait énormément de soucis aux autorités allemandes : la mort d’un bébé, une invasion de moustiques dus aux étangs, du personnel peu zélé contraignirent de transporter un temps les pensionnaires à l’hôpital de Bavière. Tout sembla ensuite rentrer dans l’ordre mais les Alliés approchaient. Mères et enfants furent séparés, envoyés en Allemagne dans d’autres institutions. Après la Libération, les petits parlant français ont pour la plupart été déclarés comme Français et placés en familles d’accueil ou adoptés par des Français.

Je vous propose la lecture d’un excellent article retraçant cette époque douloureuse. Le journaliste Joël Matriche reçut d’ailleurs le prix DEXIA pour ce travail : Jöel Matriche, Les Enfants belges du Führer.

Voici un lien vers ce travail mais il ne fonctionne pas sur Internet Explorer mais bien sur Google Chrome.

http://joelmatriche.com/lebensborn/?page_id=41

Après la Libération, le château servit de prison pour les militaires allemands puis de lieu de repos pour les GI’s.

Une histoire du château à travers le temps un peu plus détaillée :

http://www.provincedeliege.be/sites/default/files/media/268/Un%20bref%20historique%20du%20Ch%C3%A2teau%20et%20du%20Domaine.pdf

Ainsi donc ce domaine si plaisant et si fréquenté aujourd’hui nous cache bien des mystères inavouables!