Namur revisitée (3): Thozée

Venant du musée Félicien Rops, nous rallions sa gentilhommière ou plutôt celle de son épouse Charlotte Polet de Faveaux. Qu’il dut quitter après leur divorce mais qui reste à jamais liée à son oeuvre, qui fut sauvegardée par ses enfants et petits-enfants, et qui aujourd’hui encore doit sa survie à des admirateurs de l’oeuvre du maître.

La sortie de Namur vers Mettet m’a permis de revoir subrepticement la rue et l’arrière de la maison de mes grands-parents maternels ainsi que les petites routes vers la Citadelle que j’empruntais à vélo dans mon enfance avec mes cousins Christian, Paul et Hubert ; seule fille de la meute ! Après plus de 45 ans, j’ai tout retrouvé dans l’instant !

À travers des rideaux de pluie, nous atteignons Mettet puis le château de Thozée, caché dans une oasis de verdure. On craint le pire car il va falloir rejoindre le château à pied par une drève. Merveille, le soleil revient !

Le domaine appartenait donc à l’épouse de Félicien Rops, avec un château et un jardin certes remaniés mais au charme bucolique irrésistible. Je m’y verrais très bien faire une retraite de quelques jours dans le calme et le vert environnant si reposant.

La bâtisse fut rehaussée, les jardins à la française transformés à l’anglaise par commodité d’entretien et les descendants de Félicien Rops veillèrent sur la propriété jusqu’à l’extinction de la famille. Le tout aujourd’hui accueille des artistes en résidence grâce à une asbl très active.

Je vous invite à une visite sans chichis. On respire, on se sent bien dans une nature enveloppante. Sans masque, à l’air libre, quel luxe par les temps qui courent ! Profitons, on revit !

Traversons le château et découvrons ses alentours les plus proches.

N’oubliez pas, un clic de souris sur une photo, vous la voyez en grand ainsi que les suivantes de la série !

On s’éloigne vers les jardins à l’anglaise…

On atteint l’étang et ses jeux de lumière…

Quelques pas à l’intérieur. Un charme certain même si le confort semble très spartiate. Des chevalets visibles à l’étage. Un petit air de villa Médicis ou de Chapelle Royale Reine Elisabeth, des lieux inspirants et respectueux des artistes. Ils doivent y être heureux…

Vous dirais-je que l’on quitte ce lieu cher comme disait Tchaikovsky avec un sentiment de trop peu ? J’y resterais bien un petit moment en retraite du monde, en simple communion avec ce jardin et cet étang, mon Casanova sur les genoux. Trois jours, une semaine, je me sentirais regénérée et apaisée après ces mois d’angoisse et de peine.

Mais vite… Oui, vite, il faut rejoindre le car et être à Liège à 19h. Tout toujours trop vite, hélas.

N’empêche, repues de beauté et de nature, donc heureuses ! Vive la prochaine sortie !

Namur revisitée (2): C’est du belge

Après une matinée très riche au TreM.a, l’après-midi commence (et se terminera) avec du lourd : Félicien Rops. Le grand homme de Namur à la réputation sulfureuse !

Nous parcourrons donc le musée Félicien Rops : la section consacrée à son oeuvre mais également l’espace d’exposition où nous retrouverons d’autres tableaux venant du musée d’Ixelles. Encore deux temps forts.

D’abord ce fameux Félicien Rops.

Échappant à l’enseignement des Jésuites « grâce » à la mort de son père, Rops s’inscrit à l’athénée laïque, à l’académie de Namur puis entame des études à l’Université Libre de Bruxelles. Là, il rallie très rapidement divers cercles d’étudiants très remuants et entame une longue collaboration avec Charles de Coster et son Tijl Uylenspiegel. À Paris, il fréquente Verlaine, Rodin, Baudelaire, les frères Goncourt, les milieux symbolistes… Libéré de son mariage avec Charlotte Polet de Faveaux, il entretient un ménage à trois avec les soeurs Duluc. Malgré nombre de dessins pornographiques et diaboliques et une vie personnelle très particulière, il reçoit la Légion d’Honneur. Je n’imaginais pas quel génie protéiforme il avait été ! J’en étais restée très bêtement à l’artiste sulfureux et pornographe. Mea culpa!

Je le découvre écrivain, polémiste, anarchiste, caricaturiste, fondateur de nombreuses revues contestataires, aquarelliste, graveur, peintre, grand voyageur… Le tout avec un immense talent.

Un musée foisonnant à l’instar de la vie de l’artiste, avec des centaines d’oeuvres et de documents, certains à ne vraiment pas mettre sous n’importe quelle paire d’yeux ! Vous les découvrirez par vous-mêmes lors de votre visite…

Pour en savoir plus: https://www.museerops.be/biographie

Le temps d’une descente en ascenseur, et en route pour la quatrième expo de la journée, on tient le tempo !

Après l’atmosphère très particulière des oeuvres de Rops, vive la lumière et une certaine joie de vivre avec les impressionnistes belges du musée d’Ixelles en résidence à Namur jusqu’au début octobre.

Un éblouissement !

Et il y en a pour tous les goûts : Anna Boch, Hippolyte Boulenger, Frantz Charlet, Émile Claus (celui de « notre » jardinier de la Boverie), Omer Coppens, Henri-Edmond Cross, Georges De Geetere,  Jean-Baptiste Degreef, Dario De Regoyos, Willy Finch, Victor Hageman, Charles Hermans, Georges Lemmen, Maximilien Luce, George Morren,  Frans Smeers, Jan Toorop, Théo van Rysselberghe (qui a l’honneur de l’affiche) Guillaume van Strydonck, Isidore Verheyden, Guillaume Vogels, Juliette Wytsman, James Ensor et Félicien Rops…

Un monde artistique dont je connaissais bien peu de protagonistes.

Éblouie.

Quelques-unes de leurs toiles au gré de notre visite et des explications d’Edith…

N’oubliez pas : cliquez sur une photo et vous la voyez en grand!

Voilà un superbe catalogue qui reprend toutes les oeuvres des deux expositions venant du musée d’Ixelles. Des chefs-d’oeuvre enfin mis en valeur, souvent complètement ignorés par les livres internationaux.

On a les yeux en mode kaléidoscope coloré après les eaux-fortes sombres et les gravures grinçantes de Rops! ça fait du bien.

Il est 16h30 et pourtant, la journée est loin d’être terminée. Il nous faut encore découvrir la retraite bucolique du maître des lieux. En route…

Namur revisitée (1): Vite, vite !

Avec Bruxelles et Liège, Namur est une des villes de mon enfance. J’en avais gardé le souvenir d’une atmosphère morne et compassée et ce ne sont pas deux visites plus récentes en plein hiver et sous la pluie qui m’avaient fait changer d’avis.

Mais samedi dernier lors d’une excursion organisée par Art&fact, voilà mon jugement revu du tout au tout ! Et je n’ai pu en admirer qu’une toute petite partie, je me réjouis donc dans l’avenir de pouvoir partir à une redécouverte plus approfondie avec une amie namuroise qui m’a dit être ravie de m’accueillir « chez elle »…

La joie était de mise, c’était le premier voyage culturel depuis un an que nous refaisions avec Art&fact, notre équipe favorite d’historiennes de l’art. Et s’il a beaucoup plu, c’était toujours lors de nos déplacements en car. Dès que nous mettions le nez dehors, le soleil revenait… Veinardes !

Un des buts de la journée : la découverte d’oeuvres venant des collections du musée d’Ixelles (fermé pour rénovation), réparties au TreM.a et au musée Félicien Rops.

Dès 10 heures, notre première visite nous mena donc au TreM.a, le musée d’arts anciens. Deux temps forts.

On y découvre tout d’abord le legs de Léon Gauchez, un éminent collectionneur belge (1825-1907), venant d’Ixelles.

Au fil d’un très beau choix de toiles, on découvre le développement de l’art du paysage et des marines, le portrait et ses canons selon que l’on se situe dans les Pays-Bas espagnols catholiques ou dans les Provinces-Unies protestantes, les natures mortes à la précision anatomique stupéfiante dans le traitement des plumes et des fourrures. La gravure préparatoire de la cigogne par Dürer est stupéfiante quand on voit sa place minuscule au sein du tableau.

Malheureusement, l’obligation de scinder les groupes en deux limite le temps de la visite et ne permet pas de s’attarder, les autres attendent qu’on leur cède la place… Pas simple de faire des photos avec tous les reflets parasites. je privilégie donc cette présentation.

Mais le TreM.a a d’autres atouts ! Il possède avec ses collections permanentes des trésors absolument fantastiques qui laissent pantois.

Au rez-de-chaussée, voilà le Trésor de l’abbaye de Floreffe qui a la particularité d’être resté complet de sa création à aujourd’hui. Les métaux précieux y ruissellent littéralement dans une orfèvrerie virtuose…

Au premier étage, l’atmosphère est toujours religieuse et on y découvre notamment le stupéfiant retable de Belvaux du maître de Waha (Marche-en-Famenne) et d’autres splendeurs du gothique tardif. On en prend plein les yeux et j’avoue avoir été émue, non par le côté religieux, mais par l’extrême expressivité des oeuvres.

On a presque l’impression d’être rassasiées par tant de splendeurs quand c’est alors que le parcours nous fait redescendre dans l’autre aile du rez-de-chaussée pour faire la connaissance d’Henri Bles (1500?-1550) ayant vécu à Bouvignes près de Dinant. Le maître du « paysage-monde » au thème toujours religieux mais avec un foisonnement de vues et de tout petits personnages. On s’approche et on découvre des merveilles en miniature ! Oserais-je dire que le sujet religieux devient alors entièrement anecdotique, juste un prétexte ? Mille excuses pour les clichés approximatifs mais pas simple de faire des gros plans nets avec juste un téléphone portable. Il n’empêche, quelle virtuosité dans le détail !

Si vous désirez découvrir toutes ces merveilles, vite, vite ! comme le dit le titre. C’est jusqu’au dimanche 12 septembre. Après, le musée est fermé jusqu’en février 2022 pour travaux…

Levées à 5h30 et avec déjà deux grandes visites au compteur, nous voilà repues de beautés pour la matinée. Petit tour au marché, rencontre impromptue avec les Molons avec qui je chante « Li bia Bouquet » que ma maman namuroise aimait tellement entonner, et casse-croûte en face du building où vécurent mon oncle Willy et ma tante Maine, rue de Fer. Si je me sens Liégeoise pur jus, j’ai pourtant une moitié de mes racines à Namur et bien des lieux me rappellent ma famille maternelle et les visites de mon enfance.

Incorrigibles, entre deux sandwiches, on exerce notre oeil au jeu des sept erreurs proposé par la ville… sympa! Ensuite, en route pour de nouvelles découvertes. Ce sera pour le chapitre suivant, question de ne pas abuser des bonnes choses…

Petit rappel : en cliquant sur une photo, vous pouvez la voir en grand !