À la sauce normande

S’appeler Madame Capet, reine de France puis devenir Madame Plantagenêt, reine d’Angleterre au 12ème siècle, c’est tout de même un destin extraordinaire !

Bravo à Aliénor d’Aquitaine qui a ainsi permis aux Anglais de posséder de quoi passer des week-end très variés en France : le duché d’Aquitaine, terre d’une éblouissante  civilisation avec ses troubadours développant la langue d’oc. Et d’y prendre goût jusqu’à nos jours, je me souviens d’un banquet organisé en 1997 sur la grand-place de Duras par un ami vigneron où tous les convives et touristes s’exprimaient dans la langue de Shakespeare.

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Aliénor aimait récompenser ses fidèles serviteurs, par exemple un certain Robert. Ce serviteur était le saucier de la reine, c’est-à-dire l’officier de cuisine chargé de préparer ou de surveiller la salaison, les saumures et les sauces, une mission de confiance à l’époque ; il exerçait également la fonction de bailli de Domfront, une petite ville de Normandie, avec des attributions comptables et fiscales.  

Robert le Saucier reçut donc en récompense de nombreuses terres à Domfront, dont les marais de Rouellé-la Haute Chapelle. À  cet emplacement complètement isolé et en cette fin du XIIème siècle, il y fit construire une première demeure seigneuriale sur une motte défensive.

photo-634236390346250000-1.jpegAu XVème siècle, une résidence très militaire fut édifiée par la famille Doynel. Le manoir de Saucier prend alors l’allure d’une tour-porche en grès armoricain parée de granit et de tours rondes percées de meurtrières et coiffées d’un pavillon carré. Fin du XVIème siècle, les parties hautes furent remplacées par l’ouvrage actuel en pans de bois supportant des toitures en forme de carène de navire renversée.

Au XVIIème siècle, à l’arrière de cette porte-châtelet, un second manoir fut construit, disparu aujourd’hui. Car malgré l’extraordinaire conservation de la porte monumentale, le site seigneurial de la Saucerie a été profondément bouleversé au fil des siècles et reste mal connu. Les vestiges actuels sont surprenants mais ne donnent sans doute qu’une vision très partielle de l’ensemble fortifié, encore en place au milieu du XIXe siècle. 

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Construction tout à fait extraordinaire dont la photo atterrit mystérieusement il y a peu sur ma page Facebook, envoyée par l’office du tourisme de l’Orne. C’est que tout cela est à vendre. Le propriétaire, pourtant aidé par des subventions de l’état et des associations de bénévoles, n’y arrive plus et jette l’éponge. Scandale dans les journaux locaux, et on cherche un repreneur pour une somme approchant les 700.000€. Tout de même ! me direz-vous ; oui, mais il s’agit là d’un monument précieux historiquement parlant.  

« La porte monumentale constituait à elle seule une unité d’habitation et de défense, un véritable manoir. Sans doute bâtie au XVIe siècle, elle comporte, sur chacune de ses deux principales façades, une porte charretière et une porte piétonne, équipées chacune, à l’origine, d’un pont-levis. L’habitation se développe sur quatre niveaux et trois étages, avec un grand nombre de postes de tir intérieurs pour arbalètes ou armes à feu. L’impression qui s’en dégage est une impression de force. Les couvertures en bardeaux de châtaigner, en forme de carène de navire renversé surmontées d’un élégant clocheton, sont en cours de restauration. Elles confèrent à l’ensemble une personnalité et un pittoresque incontestables. »

Envie d’une résidence secondaire sortant de l’ordinaire? Manifestez-vous vite car chef d’oeuvre en péril.

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D’autres étonnants vestiges de tels manoirs existent dans cette région du département de l’Orne.

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Le site de la Saucerie (proche de Domfront, dans le coin inférieur gauche de la carte) est notamment voisin de Juvigny-sous-Andaine où on trouve sur les restes du château de Bonvouloir (1485), une tour appelée « le Phare » culminant à 27 mètres.

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Une région dont la richesse monumentale est peu connue chez nous. À visiter donc d’autant qu’on peut s’y rendre en évitant les périphériques parisiens!

 Et si vous me permettez une comparaison avec le patrimoine de chez nous, j’ai tout de suite pensé au Château de Crupet, en province de Namur, même époque et même démarche architecturale, non?

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Un commentaire sur “À la sauce normande

  1. Quelle prestigieuse région parfaitement inconnue, et pourtant, Alençon fit parler d’elle longtemps car elle faisait dans la dentelle, que dire du haras du Pin, et de camembert…est celui-là?
    Ce que tu nous montres est exceptionnel et peu courant, enfin à mes yeux.
    En parlant de la belle et savante Alienor, ce qui me frappe le plus la concernant c’est son inépuisable énergie, sa rage de vivre, son foutu caractère, Ca ne devait pas être un cadeau d’être sa belle fille, ni d’ailleurs son mari ou ses enfants!
    Imaginez a l’époque cette petite vieille toute maigre, qui courent encore la France sur le coup de ses 70 ans, à cheval, comme un guerrier! Faut le faire quand même. Sans conteste ce caractère l’a aidé à tout supporter, tout reprendre inlassablement, et gagner la plupart du temps.
    Quelle femme!
    Je vais aller refouiller mes archives la concernant, car j’avais eu un premier œil sur elle a l’abbaye de Fontevraud, dans la nef, son gisant….et que fait elle? Elle lit!, autour d’elle une partie de sa descendance.
    Ca m’avait vraiment époustouflé, son assurance, sa stature, et pourtant si petite, minuscule, maigrichonne, sur ce gisant magnifique….je recommande la visite!
    Bonne chance a ce très bel ensemble architectural……..sans doute un chinois ou un russe sinon un quatari y seront sensibles!
    Imaginez sa stupéfaction et paf! Elle se relève de son gisant, et La voilà repartie en guerre!!

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