Celui qui faisait chanter le bois

Crémone, une belle lombarde endormie et pourtant tellement célèbre…

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 Dont un habitant de l’Isola avait des fréquentations un rien bizarres… Jugez-en : 

« Après d’innombrables essais, Antonio se figea soudain devant un vénérable sapin qu’il toisa jusqu’à l’échancrure de ciel par laquelle il pointait sa cime et dominait ses voisins.

– Viens! dit-il à Andrea. Nous allons le faire sonner et s’il répond à nos gentillesses, comme je le crois, nous le rapporterons à Crémone.

– N’est-il pas trop gros? demanda Guarneri en montrant la base du tronc qui s’élargissait puissamment sur la terre.

– Avec les bas, nous ferons des violoncelles. pour les violons que nous voudrons sublimes, nous choisirons dans les régions mitoyennes, situées à une certaine distance de la racine, du sommet et du coeur. C’est le bois des instruments royaux. Remarque que nous pourrons encore en réussir d’excellents dans les restes de ce géant musical. Écoutons… 

Stradivarius.jpegll leva sa masse et frappa à hauteur de l’épaule. Le géant parut s’émouvoir et une sorte de tintement rompit le silence de la forêt.

– Ce n’est pas mal mais je suis sûr que ce colosse nous cache une part de son talent. Attention, je recommence un peu plus haut et plus fort.

Cette fois, L’arbre sonna vraiment, mit l’air en vibration, comme un diapason et Stradivari exulta.

– Voilà, nous l’avons notre mine à violons!… »

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Antonio Stradivari ! Mieux connu sous son nom latinisé de signature : Stradivarius.

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Voulez-vous connaître par le détail la vie de cet illustre luthier ? Je vous conseille l’excellent livre de Jean Diwo : Les violons du roi.

Jean Diwo, tout juste disparu, fut journaliste notamment à Paris-Match et créa Télé7jours. Retraité en 1980, il démarra une nouvelle carrière d’écrivain de romans historiques. Dans Les violons du roi, il nous dépeint la vie des grands luthiers de Crémone et notamment celle très laborieuse d’Antonio Stradivari.

144618_2784036.jpegLe style littéraire en est classique, celui d’une plume  facile et élégante, sobre, jamais pédante ni tape à l’oeil comme certains auteurs d’aujourd’hui.

Mais l’intérêt est ailleurs: l’exceptionnelle documentation de l’auteur lui permet de nous faire pénétrer dans le quotidien de ses personnages par le menu détail, de nous faire découvrir cette vie de recherches et de labeur qui fit naître des instruments mythiques – les Amati, Stradivari, Guarneri del Gesù, de cotoyer les grands maîtres du baroque comme Corelli, Tartini, Vivaldi, de découvrir Crémone, Venise, Rome, cette Italie musicale rayonnante, pourtant le champ de batailles préféré des monarques européens.

Et il y a aussi les balbutiements de la lutherie française de Mirecourt…

Acheté un peu par hasard dans le fameux lot d’occasions de la bibliothèque d’Ans, ce livre m’a littéralement enchantée et passionnée. Je vous le conseille chaudement !

Alors, faisons chanter le violon avec un immense artiste un peu de chez nous puisqu’il a remporté le Concours Reine Elisabeth en 1989 et qu’il a la double nationalité belgo-russe. Il joue sur un Stradivarius et un Guarnerius del Gesù, oeuvres des deux plus grands amis du livre aux destins parallèles. Le temps d’un  tango,  Vadim Repin.

2 commentaires sur “Celui qui faisait chanter le bois

  1. Eh oui, cousine! En rentrant du CHU avec cette terrible nouvelle, nous écoutions dans la voiture le dernier concerto pour piano de Mozart et cela faisait un bien fou…

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