Ardeurs

Une fin d’après-midi de la semaine dernière ; détour par la salle des profs, un sas incontournable avant le retour à « la vie civile ».

Ca papote d’abord bébés. Une collègue jeune maman explique de façon péremptoire à celles au bébé toujours en gestation, combien leur enfant sera une véritable éponge psychologique. « Le moins de stress possible, les filles, il faut la jouer cool ! » Facile à dire, difficile à réaliser dans notre métier… 

Là-dessus son portable sonne. Demi-conversation audible qui nous fait comprendre qu’elle a demandé sa mutation vers une école plus prestigieuse. On s’étonne de son choix.

« Ben oui, une opportunité à ne pas rater. J’en ai marre de préparer pendant des heures des leçons pour des élèves à toujours stimuler, à qui il faut rappeler sans cesse d’avoir leur cours avec eux et en ordre, d’être intéressés par ce qu’on leur apprend, d’être simplement à l’heure. J’en veux de ceux qui aient de l’ardeur au travail… »

On comprend très bien ses aspirations, on les partage. Mais enfin, nos élèves souvent cabossés par la vie, ils sont attachants. Sûr qu’elle risque d’être déçue sur ce plan par ces petits génies qu’elle imagine déjà… Bien sûr, il y aura pour compenser leur ardeur intellectuelle ! On l’espère pour elle en tout cas…

La conversation glisse (hum) vers la neige sans cesse annoncée. Mais demain, c’est sûr, elle sera là. Les jeunes futures mamans ont décidé de laisser sagement leur voiture au garage, demain matin elles prendront le bus, donc lever une demi-heure plus tôt au minimum.  

Alors la collègue en mutation, tout de go: « Mais vous êtes folles, les filles! Moi, je prendrai ma voiture, je mettrai le temps qu’il faudra pour arriver mais jamais je ne partirai plus tôt pour arriver à l’heure. Jamais, ça jamais ! » On la regarde, éberluées.

Ardeur au travail, elle disait, non ? Oups…

Petit coup de gueule pas très solidaire professionnellement parlant, je vous l’accorde. Mais ça me démangeait d’un peu vous venger, chers élèves, et puis vous remercier de vos si gentils et quotidiens « Comment y va votre mari aujourd’hui, ‘dame? ». L’ardeur solidaire, ça fait chaud au coeur… 

Ce matin, la neige est là, même à Padoue… sublimant l’ardeur artistique qui sommeille en  nous ! Bon dimanche à tous.

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