La maison d’Alice et de David

Leur adresse n’est un secret pour personne : Monsieur et madame Van Buuren 41, avenue Léo Errera 1180 Bruxelles (Uccle). La maison est discrète quoique d’un style « Amsterdam » peu habituel dans la capitale belge. 

Ceci explique peut-être cela : David était Hollandais. Né à Gouda en 1886 d’une famille d’éditeurs de livres d’art et d’antiquaires, il tente d’abord des études d’architecture puis opte pour une formation financière. Ayant déménagé à Bruxelles, il devient employé à la banque du Baron Cassel et y rencontre la jeune Anversoise Alice Piette, secrétaire de direction. C’est le coup de foudre ! Ils se marient en 1922 et partagent tout pour toujours, et notamment l’amour de l’art.

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Ils ont un ambitieux projet : construire une maison qui serait une œuvre d’art totale, un musée intime dans lequel ils pourraient continuer à vivre heureux au milieu de leurs acquisitions. Ils choisissent de s’installer à Uccle, un quartier calme sans ostentation.

Et c’est tout à fait l’impression que l’on a quand on y pénètre. Ne vont-ils pas surgir pour nous saluer ? Tout est accueillant, chaleureux et confortable ; tout est simplement beau et en parfaite harmonie. 

David dessine les plans de la maison avec son neveu puis demande aux architectes Léon Emmanuel Govaerts et Alexis Van Vaerenbergh de la réaliser. La construction est terminée en 1928. 

Contrairement à ce qui se fait à l’époque, David et Alice ne vont pas confier à un seul artiste la décoration intérieure. Ils cherchent à chaque fois le créateur qui va répondre à leurs souhaits et mettre en valeur les oeuvres d’art qu’ils acquièrent. Tout est minutieusement envisagé : les meubles, les tapis, les fenêtres, les lustres et plafonniers, l’escalier…

 Le rez-de-chaussée comprend une salle à manger

Quittant celle-ci, on trouve en enfilade le salon « noir »

le salon de musique dans lequel se trouve le piano rénové d’Érik Satie. Alice Buuren y reçut la reine Elisabeth et bon nombre de participants à son concours.

et enfin le cosy corner au mur duquel on peut voir une reproduction d’époque de « La chute d’Icare » attribuée à l’atelier de Pierre Breughel l’Ancien.

On accède au 1er étage par un hall où trône un immense lustre de pâte de verre et de bronze de plus de 700 kilos acheté à l’exposition internationale des Arts décoratifs de Paris en 1925. David fit transformer les plans de la maison afin de le mettre en valeur. 

Au premier étage, on peut notamment visiter le bureau de David avec un meuble qu’il a lui-même dessiné, ainsi qu’un atelier où il pouvait s’adonner à la peinture et au dessin. La salle de bain est aussi visible, mais pas les chambres.

Ces quelques photos que j’ai prises lors de ma visite vous font-elles ressentir l’incroyable harmonie chaleureuse de ces lieux? Elles n’en sont, je le crains, que le pâle reflet tant la beauté précieuse mais paisible est certes partout palpable mais insaisissable par de simples clichés. Venez-en faire l’expérience!

Vous trouverez ailleurs si le cœur vous en dit l’incroyable inventaire des oeuvres d’art présentes : tableaux, tapis, lampes, meubles, vitraux de tout grands maîtres anciens ou contemporains des Buuren qui furent de grands mécènes.

David meurt en 1955. Alice décide alors de laisser libre cours à sa vraie passion : le jardin. Le jardin initial avait été conçu par Jules Buyssen. Alice décide alors de l’étendre considérablement (1,2h) avec un labyrinthe, un jardin de cœur, une roseraie et un verger. Elle transforme le tennis en une grande pelouse pour accueillir à la belle saison des concerts et des spectacles de danse notamment. C’est l’architecte-paysagiste  René Péchère qui est à la manœuvre.

Ce merveilleux jardin qu’il est possible de voir de toutes les pièces de la maison, qui fait partie intégrante de sa décoration, qui la baigne de lumière et de sérénité a vu sa rénovation exemplaire couronnée en 2015 par le prestigieux prix Europa Nostra.

Alice décède en 1973, après avoir créé un organisme d’utilité publique par le biais duquel elle lègue par testament la maison et le jardin dans le cadre d’une fondation privée. Le rêve initial du couple, celui d’un musée vivant, se réalise enfin. 

Vous l’aurez compris, je suis repartie sous le charme indescriptible de ce trésor un peu méconnu même si la littérature (sur Internet) est de plus en plus abondante… et j’y retournerais volontiers, on s’y sent si bien! 

David et Alice nous ont donné une leçon de vie :  construire une maison pour abriter leur amour, la meubler de mille beautés choisies, utilisant leurs revenus confortables en étant mécènes des artistes de leur temps mais sans ostentation, sans bling-bling ; créer une harmonie avec la nature environnante, y vivre heureux et au soir de la vie, tout léguer pour en faire un musée…   

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