Tempête mystique

9782253129844-T.jpgLe tricentenaire de la mort de Louis XIV a remis en lumière la grandeur et la décadence d’un règne qui dura 54 ans, record absolu! Comme pour Napoléon (héros également de cette année « 15 », bicentenaire de Waterloo), nous sommes confrontés à des personnages dont les actions et l’héritage restent adulés par les uns, détestés par les autres.

Que d’émissions, que de livres consacrés au Roi-Soleil ! On a frisé parfois l’insolation! Pour se faire un peu d’ombre iconoclaste, pourquoi ne pas l’aborder, littérairement parlant, en (re)lisant Le Montespan de Jean Teulé  (http://nouveautempolibero.skynetblogs.be/archive/2015/04/15/comme-au-bon-vieux-temps-de-l-assiette-8421155.html) et Intrigue à Versailles d’Adrien Goetz ?

Retrouvé dans mes sempiternels rangements, j’ai relu ce dernier avec un oeil tout neuf. Voici ce que nous en dit Adrien Goetz, l’auteur.

L’auteur se complaît à brouiller les pistes, à entremêler les fils de l’intrigue, à nous faire douter de tout et de tous autour d’un « méchant » bien pointé comme dans les meilleurs James Bond.

Mais chez Adrien Goetz, ce que j’aime par dessus tout, c’est la grâce et l’érudition avec lesquelles il glisse des éléments d’histoire et d’histoire de l’art de l’époque ou d’aujourd’hui dans sa prose mutine et parfois iconoclaste. On jubile et on en apprend des choses tout au long de l’enquête! 

3117RZV5CML._SX298_BO1,204,203,200_.jpgTout d’abord, il y a l’héritage contesté de ce flamboyant Gérald Van der Kemp. Les gens de ma génération se souviennent sans aucun doute de cet exceptionnel communicant que l’on voyait sur l’écran de la TV noir et blanc du temps de De Gaulle, qui remit Versailles à la mode. Soutenu par Malraux, il n’avait pas son pareil pour fréquenter la Jet set des mécènes américains fortunés et les faire « cracher »au bassinet versaillais. En 1980, il partit à Giverny qu’il remit , là encore, au goût du jour.

Le livre nous dévoile la « reconstruction » du château qui était passé entre bien des mains depuis la Révolution et qui était vide, exsangue. Remeubler un pareil monument alors que tout avait été saccagé ou expatrié en Angleterre, quelle gageure! Van der Kemp choisit une option que réfutait Pierre Verlet. Passionnant!

Mais il y a aussi du sang dans ce roman, des meurtres rituels, des religieux extrémistes, la porte ouverte vers le jansénisme. Voilà, pour moi à la relecture, l’intérêt principal du livre. Tout le monde a son avis sur la question, une impression vague qui oscille entre Pascal, Racine et Montherlant… L’abbaye de Port-Royal!     

 Réforme « à la française », le jansénisme est un courant religieux et doctrinal initié par Jansénius, évêque d’Ypres et dont le foyer culturel fut notamment l’université de Louvain. Vision très pessimiste de la destinée humaine, elle se répandit dans toute l’Europe du Nord et en Italie. Rigueur morale extrême, doctrine de la grâce prédestinée, valeur exclusive des Écritures, mysticisme. Louis XIV les combattit en vagues successives avec l’aide papale. Tout comme les Jésuites, dont les collèges étaient l’exclusivité, et qui voyaient d’un très mauvais oeil les Jansénistes créer les petites écoles.  La parole janséniste fut libérée avec la mort de Louis XIV et prépara la Révolution. Elle demeure aujourd’hui. Histoire étonnante, controversée, fascinante, étonnamment moderne si comme l’aurait dit Malraux, le XXIème serait religieux  ou ne serait pas.

Sous cette vision des choses, Versailles devient alors le ring des influences religieuses infiltrées au plus près du Roi. La Quintinie aurait été janséniste, ami pourtant de Le Nôtre bon chrétien, du donnant donnant. Le potager royal, ancien cimetière janséniste redécouvert. Et puis un autre plan du château de Versailles, sanctuaire janséniste rêvé avec l’Orangerie comme centre névralgique… La tête nous en tourne !

Le dénouement de l’intrigue aura lieu la nuit du 25 au 26 décembre 1999, alors que les jardins de Versailles sont hachés menu par la tempête, le château menacé. Comme une vengeance divine.

On ne résiste pas ! et au bout du compte, on s’en fout un peu de qui a fait quoi.  Adrien Goetz a distillé, grâce à son héroïne Pénélope et son petit ami Wandrille, le meilleur de l’histoire : la destinée historique et moderne du Château de Versailles. 

51uzKxz20SL._SX388_BO1,204,203,200_.jpgDans la foulée, j’ai acheté le livre « Les Wallons à Versailles ». Certes il y a Rennequin Sualem et la machine de Marly, tous les marbres qui viennent de nos régions, et puis Grétry…  mais aussi des banquiers, des agents secrets comme le Prince de Ligne, des scientifiques liégeois. Je vous tiens au courant.  Voilà, mon Versailles à moi! Dernière visite le 5 juin 2008 en voyage scolaire avec ma chère amie Françoise, ma « copleuse », bien trop tôt disparue.

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L’avis d’un expert?

http://www.lejdd.fr/Chroniques/Bernard-Pivot/Les-folies-de-Versailles-74455

 

 

 

 

 

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