Un fameux coureur indien

On vient à peine de ranger les vélos du Tour de France, plouf imminent dans les piscines catalanes (ça tombe bien en ces temps chauds) et début du mois prochain, gros émoi dans le stade d’athlé chez les Ruskoffs. Dans toute cette agitation sportive, la photo de présentation du moteur de recherche Bing a réveillé en moi certains souvenirs d’un irrésistible coureur que nous avions hébergé à la maison… Un coureur incognito !

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C’est un beau roman, c’est une belle histoire mais sans descendre dans le Midi (pour une fois), si ancienne qu’on pourrait à la limite la commencer par il était une fois

Donc il était une une fois il y a presque 35 ans, mon professeur d’éveil scientifique de mari qui avait décidé de construire une couveuse à oeufs. Outre la construction et le bricolage électrique, les élèves devaient également tourner un petit film sur la naissance de poussins afin que la classe gagne un concours de la Société protectrice des animaux. Un gentil collègue avait fourni des oeufs de cane piqués afin d’avoir des canetons, ce serait plus original. Le tout évidemment juste avant Pâques. Et ce qui devait arriver arriva : la couvaison prit du retard, les vacances arrivèrent et nous nous sommes retrouvés avec la couveuse au milieu de l’appartement. On était presqu’à terme, nous restions l’oeil rivé dans l’objectif de la caméra, au cas où nous raterions les naissances tant attendues!

Tiens, ça me rappelle quelque chose…

Bref, un soir que nous devions aller au Philharmonique, patatras, les oeufs se fendillent, les diamants des petits becs apparaissent. Au lieu des Quatre saisons de Vivaldi par Charles Jongen, nous vécûmes une belle émotion dont je me souviens encore : les canetons craquant la coquille pour respirer puis faisant des efforts désespérés pour s’en extraire… Il nous en resta deux vivants : un tout jaune et un tout noir. Merveille!

Merveille? nous voilà à les héberger pendant les quinze jours de vacances et puis, impossible de s’en séparer. Ravissants, ils nous accueillaient au retour comme des chiots : on tournait la clé dans la serrure, les coin-coin démarraient, on ouvrait la porte et ils accouraient à toutes palmes. Nous en étions arrivés à leur donner un nom, à les laisser regarder la télé sur nos épaules (une photo immortalise la scène, dans mes grands travaux de rangement, je vais la retrouver, je vous le promets!).

Un jour, nous nous sommes dit que des canards, ça aimait l’eau. On allait leur faire un beau cadeau : une baignade dans la baignoire. Le noir bondit dans l’eau avec entrain et se mit le derrière en l’air comme pour chercher dans la vase, le jaune amerrit avec prudence puis bondit sur le porte-savon en cancanant de désespoir.

Mais c’est quoi, ce vilain petit canard qui n’aime pas l’eau????  En voilà un capricieux! Seconde tentative le lendemain, même effet avec des petits mouvements de tête frénétiques et des petits yeux désespérés ! On le sortit de l’eau et il galopa, le cou redressé, se mettre à l’abri derrière un fauteuil… Nous étions très perplexes, son frère devenu un joli col vert barbotait avec ravissement puis sortait de l’eau en se dandinant, un vrai canard, lui!

Pas d’Internet à l’époque, nous allâmes donc dans une animalerie consulter un livre sur l’élevage des canards et là, ô surprise, nous comprîmes tout. Nous avions été de vrais bourreaux avec cette pauvre bête car c’était un coureur indien, une race de canard qui ne raffole pas du tout l’eau et dont l’anatomie particulière – son grand cou tendu – lui permet de se déplacer dans les herbes et les rizières avec la tête en vigie… tout comme ces canards de la photo de Bing.

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La fin de l’histoire fut mi-figue, mi-raisin. les élèves gagnèrent un super appareil-photo grâce au film tourné dans notre appartement. Nos deux amis palmipèdes grandirent et nous décidâmes de les installer au vert dans le jardin de ma belle-mère à Nandrin. Hélas, une nuit, le renard visita l’enclos… Adieu, notre petit coureur indien.