Les eaux de Clémence

Au début, il y a quatre cadors: Louis, Charles, André et Jean-Baptiste.

André et Louis possèdent des agences sur Paris et travaillent dans toute l’Europe: l’un est spécialisé dans la création de jardins, l’autre dans les techniques de construction. Jean-Baptiste, lui, porte le surnom d’humaniste des jardins potagers. Quant à Charles, il dirige l’Académie royale de peinture et de sculpture. Une solide amitié les lie, une profonde amertume aussi, tant et si bien qu’ils se sont baptisés secrètement « les Compagnons de Vaux », en hommage au surintendant Fouquet qui eut le génie de réunir leurs talents.

Mais depuis le 17 août 1661, ils tremblent d’être entraînés dans la disgrâce décrétée par Louis XIV.

Le Roi, dans la fougue de ses 22 ans et sous les insinuations perfides et répétées de Colbert, foudroie l’Ecureuil pour laver l’humiliation supposée. Cependant dans la découverte de la perfection du château de Vaux-le-Vicomte et de ses jardins, le grand bâtisseur qui sommeille en lui sait reconnaître le génie de Louis Le Vau, de Charles Le Brun, d’André Le Nôtre et de Jean-Baptiste de La Quintinie, nos fameux cadors! Il les épargne; mieux, il les engage pour transformer le pavillon de chasse à l’abandon de son père à Versailles en un lieu calme et confortable où il pourra se reposer, donner quelques fêtes et satisfaire sa passion des jardins et jeux d’eaux.

Les jeux d’eaux…

Comme hydraulicien, Fouquet avait engagé Claude Robillard. Pour Versailles, Le Vau et Le Nôtre vont proposer au roi François de Francine avec lequel ils avaient déjà travaillé à Fontainebleau et à Saint-Germain. 

Le quatuor amical devient alors le quintette de base dans la conception de Versailles. Les amis ne se quitteront plus, habitant des maisons contiguës afin de travailler ensemble jour et nuit au gré de leur inspiration et des volontés royales. 

De ces cinq premiers concepteurs de Versailles, François de Francine est le moins connu, presque tombé aux oubliettes. Aucun portrait de lui. Et pourtant que n’admire-t-on pas encore aujourd’hui les Grandes Eaux, son chef-d’oeuvre ! 

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D’où vient-il et qui est-il?

Les membres de la famille Francini sont originaires de Toscane et ont travaillé en tant que fontainiers pour les Médicis qui les anoblissent. Tommaso Francini est appelé en France par Henri IV pour les travaux du château de Saint-Germain-en-Laye. Il est aidé par son frère Alessandro sur le château de Fontainebleau. Ils se spécialisent dans l’édification de grottes et leur ornementation par des jeux d’eaux d’automates. On leur devrait également d’autres réalisations comme la fontaine des Médicis dans le jardin du Luxembourg et l’aqueduc d’Arcueil. La famille naturalisée, ils se nommeront dorénavant Thomas et Alexandre Francine puis de Francine, Marie de Médicis  ayant confirmé lors de sa Régence leur petite noblesse italienne.

François (1617-1688) est le fils de Thomas. Son terrain d’expérimentation sera les jardins de Versailles. Il devra dès le début se battre contre une difficulté récurrente : amener suffisamment d’eau. Il installera notamment de grands réservoirs souterrains, des moulins à vent, des pompes et une fonderie, afin de produire les premiers tuyaux en fonte permettant un transport plus performant que ceux en bois ou en plomb habituellement employés. À lui le plus haut jet d’eau de l’époque (27 m). Au fil du temps et des monarques, bon nombre de ses réalisations ont disparu (comme la fameuse grotte de Thétis animée par un orgue d’eaux qui imitait le chant des oiseaux) ou ont été remaniées. 

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sans-titre.pngCette « bataille de l’eau », avec en toile de fond la lente et incessante élaboration de Versailles, nous est racontée dans le livre de Jean Diwo, La Fontainière du Roy. C’est Clémence, la fille (inventée) de François de Francine qui va nous servir de guide. Elle aime se baigner à la nuit tombée dans les grands bassins du Jardin, elle manie les clés-lyres pour ouvrir et fermer les vannes, elle est chargée par son père de siffler discrètement lors du passage du roi devant une fontaine afin de transférer l’eau vers la suivante, donnant ainsi au monarque l’impression que tout fonctionne en même temps, elle est paternellement aimée par Le Nôtre qui souffre d’avoir perdu tous ses enfants…

Avec elle, on découvre la grande aventure architecturale, le développement de la vie à la Cour, l’activité guerrière et diplomatique, la vie quotidienne d’une famille de toute petite noblesse, quasi roturière. La condition de la femme également car Clémence a une sacrée personnalité! On y rencontre Jean de la Fontaine et Madame de Sévigné qui resteront fidèles à Fouquet, Molière, Lully, les favorites successives et bien plus encore…

Tout cela est écrit dans une langue d’aujourd’hui, dans un style agréable avec un allant de grande saga d’autant que notre « Ondine » vivra d’autres aventures dans un second livre narrant une  grande réalisation de Louis XIV aujourd’hui disparue…(ce sera pour un prochain post!) Grande rigueur historique également puisque l’auteur indique en notes de bas de page les documents consultés.

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Ce premier volume a le mérite de remettre en lumière ce François de Francine, injustement oublié! Pour ma part, ce fut une véritable découverte. Ci-dessous, le square des Francine à Versailles, construit sur l’ancien abreuvoir à chevaux… Une rue porte aussi le nom de Thomas Francine dans le 14ème arrondissement de Paris.

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Pour en connaître un peu plus sur Versailles, ce superbe site: www.chateauversailles.fr     

Jean DIWO, La fontainière du Roy, J’ai lu n°5204

Bonne lecture et bonnes découvertes!

Les métamorphoses du cello

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C’est le miracle musical à chaque retour de l’été: le Concours Musical International Reine Elisabeth de Belgique, le CMIREB, passionne les mélomanes avertis et occasionnels, la radio et la télévision retransmettent tous les niveaux d’épreuves: éliminatoires, demi-finale et finale. On attend tard dans la nuit le palmarès et on le commente comme un match de foot! 

Cette année, la passion était à son comble car après le violon, le piano, la composition, le chant, c’est le violoncelle qui rejoignait la grande famille du concours. L’occasion de découvrir des artistes, un répertoire, l’histoire de l’instrument…

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Instrument à archet de la famille du violon, inventé à la fin du XVIe siècle, il prend place entre l’alto et la contrebasse. Il est caractérisé par la pique réglable, fixée à l’extrémité inférieure, qui permet d’avoir un meilleur point d’appui, depuis le XIXe siècle. Les grands luthiers italiens Andrea Amati, Gasparo da Salò et Antonio Stradivari en ont construit de beaux exemplaires. Concurrent de la viole de gambe, il finit par s’imposer, par sa sonorité plus forte.

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Le répertoire est extrêmement vaste même si Mozart et Beethoven ne lui ont pas composé de concerto spécifique. Mais il prend sa revanche à la fin du 19ème siècle, au 20ème et aujourd’hui encore, la création étant boostée par de grands interprètes comme Paul Tortelier, Mstislav Rostropovitch et les virtuoses d’aujourd’hui. 

Jacqueline du Pré (1945-1987) et Mstislav Rostropovitch (1927-2007)

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Mais vous lirez ailleurs des analyses plus complètes et plus savantes!

Mon propos ici différent… J’ai envie de partir en goguette et de vous parler d’autre chose…

Sa forme, par exemple. Il fut « da braccia » et porté en bandoulière sans pique…

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Aujourd’hui, il prend des formes psychédéliques en version électrique…

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Mais il peut aussi décoiffer en restant BCBG… Thunderstruck de AC/DC en perruques poudrées, ça vous dit? ça décoiffe, ça dézingue, ça déboîte! Écoutez!

 

Et la relation à deux? Par leur position, le violoncelle et l’instrumentiste s’enlacent…Qui sont-ils donc l’un pour l’autre? Il? Elle?

Lors de la finale du CMIREB, on a posé la question aux hommes… pas aux deux jeunes femmes, question de pudeur? 

Les Russes vous diront que c’est « elle » car dans leur langue, c’est un nom féminin. D’autres vous diront que c’est « il » car c’est leur alter ego, leur meilleur ami à qui on donne l’accolade fraternelle… D’autres encore vous parleront de l’ancrage terrien fort avec les genoux, les pieds et la pique… 

Amedeo Modigliani – Joseph De Camp

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Plusieurs finalistes avaient coiffé le haut de leur instrument d’un chiffon, d’un coussin, question de protéger le vernis de la sueur du corps ou ses seins pour une jeune femme. 

Et dans les autres arts, quelle est la place du violoncelle? Assez peu de représentations en peinture mais un joli dessin animé du Japonais Isaho Takahata : Goshu, le violoncelliste. Où il est question tout d’abord d’un chat piégé… De Beethoven, de Schumann aussi!

 

 

Mais pas que…

 » Goshu est un violoncelliste maladroit et timide, toujours réprimandé par son professeur. Il va être aidé dans la préparation de son concert par la visite d’une succession d’animaux : un chat un coucou, un tanuki et un mumot, chacun lui apportant des vertus telles que la patience, le goût de la communication et la rigueur. Le chat, provocateur, insolent et chapardeur, révèle à Goshu sa faculté d’exprimer sa colère. L’oiseau chantant son fameux « coucou » sur deux notes est un modèle pour Goshu qui tentera de multiples variations sur cet air ; le tanuki approfondit l’enseignement du rythme avec son tambour. Enfin, la souris suppliera Goshu de jouer pour la guérison de son souriceau malade, ce qui sera l’occasion pour Goshu de faire montre de sa compassion et de sa générosité. Ces animaux, dans leur comportement authentique, auront tous contribué, par l’échange, à l’apprentissage intime du jeune héros »

P1100313.JPGQuestion chat, mon Casanova avait résolu le problème! 

En littérature?

Une histoire incroyable m’est tombée sous les yeux avec un certain Maurice Maréchal. 

Appelé sous les drapeaux à l’âge de 22 ans, le violoncelliste Maurice Maréchal n’était pas destiné à devenir soldat, il se destinait à une carrière de concertiste quand il a été mobilisé. Un autre musicien, le violoniste Lucien Durosoir, fait appel à lui pour constituer un quatuor à cordes, à la demande du Général Mangin. Ils deviendront ainsi les musiciens officiels de l’état-major, premiers éléments de ce qui deviendra la « Musique aux armées » (pendant la Seconde Guerre Mondiale, on y retrouvera notamment Francis Lemarque). Avec l’interprétation d’oeuvres de musique classique ou de compositeurs de leur temps, ils distraieront surtout les officiers, ce qui leur permettra de jouir d’un confort et d’une sécurité relatifs.
Pour se produire lors de ces concerts, Maurice Maréchal convainc deux camarades soldats, menuisiers dans le civil, de lui fabriquer un violoncelle. Constitué avec les moyens du bord, une caisse de munitions allemandes et des morceaux de porte en chêne, ce violoncelle, que Maurice Maréchal a surnommé « le Poilu », se produira même à Verdun! Il est aujourd’hui exposé à la Cité de la Musique. 

Après la guerre, Maurice Maréchal entamera une brillante carrière de concertiste, puis deviendra l’un des plus illustres professeurs de violoncelle du Conservatoire Supérieur de Paris. Son ami Lucien Durosoir se consacrera surtout à la composition. 

51XPibveM6L._SX210_.jpgCette extraordinaire histoire a inspiré Hervé Mestron qui a écrit un roman pour la jeunesse « Le violoncelle poilu » dans lequel il donne la parole à l’instrument. c’est lui qui décrit la vie dans les tranchées, qui dépeint les émotions, les peurs et la misère des soldats. 

J’ai dû attraper la grippe dans cette grotte humide. Mes cordes sont fausses, mon timbre enrhumé. Une lueur cependant traverse le visage de mon violoncelliste. Sans un mot, il me plaque contre lui et se met à jouer une phrase de Beethoven.
Notre duo maladroit me bouleverse. Le bois s’est décollé dans le fond de ma caisse, ceci expliquant mes problèmes de sonorité, et Maurice, les membres engourdis, pose des doigts malhabiles sur ma touche. Une lumière jaillit cependant du trou noir.

Au cours de l’histoire, le violoncelle est détruit par un obus : Une sensation de froid se propage dans ma caisse, depuis la pique jusqu’au sillet. Je suis en miettes. J’ai explosé en mille morceaux, pareil à un verre sur du carrelage. Mes cordes pendouillent dans le vide, mon souffle s’amenuise. 

 

On peut aussi, en consultant l’iconographie, constater que les Poilus avaient confectionné des instruments minimalistes dont se sont sans doute inspirés les designers d’aujourd’hui!

 

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Vous le voyez, l’histoire du violoncelle est passionnante! Et que dire de ses métamorphoses en tant qu’objet et en tant que vecteur d’un grand répertoire du 20ème siècle car il est le chouchou des compositeurs contemporains. Vivement dans quatre ans…

 

Au fil du fil et de la Seine

Pour beaucoup d’entre nous, la Seine c’est le fleuve majestueux et romantique qui traverse Paris. Mais à part cela, des 770 km de son cours, que sait-on? J’en ai découvert toutes les beautés dans une récente émission télévisée.

France_relief.jpgD’où vient-elle? Du plateau de Langres. La source n’est pas très loin de Beaune. Où elle va, on s’en doute, à la mer ! Mais dans des paysages dignes en beauté de ceux des bords du Rhin: ce sont les boucles de la Seine, paradis impressionniste qui démarre à Giverny. 

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    Le Havre est certes le port de mer à l’embouchure mais d’énormes bateaux, slalomant entre boucles et méandres, remontent l’estuaire jusqu’à Rouen, spécialisé à l’époque dans les céréales et le textile.

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Entre Rouen et Paris, on rencontre Les Andelys où Richard Coeur de Lion installa Château-Gaillard, sa forteresse à la frontière du royaume de France et de celui d’Angleterre, à 100 km de la capitale.

La Seine maritime est bordée de jolis châteaux, de nombreuses abbayes et de quelques filatures en ruines. 

 Arrêtons-nous à Radepont, entre Rouen et les Andelys. Tout y est : le joli château, construit sur les ruines de la forteresse rasée par Philippe Auguste et une abbaye cistercienne, celle de Fontaine-Guérard, transformée en filature au début du XIXème siècle. 

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Le domaine est acquis par les Levavasseur, famille de capitaines d’industrie, armateurs et manufacturiers. Et c’est alors que surgissent quatre tours dans le plus pur style gothique anglais…

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 Approchons de ces ruines qui semblent être celles d’une formidable cathédrale…

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Suite aux incendies successifs de la filature de Fontaine-Guérard installée dans l’abbaye, la famille Levavasseur décide de faire construire un nouveau bâtiment. Les travaux commencent en 1857. L’usine, de style néogothique anglais mesure 96 m de long pour 26 m de large. Les cheminées, cachées dans les tours aux quatre coins, s’élèvent à 38 m de hauteur, sur 5 niveaux de planchers. Une deuxième filature, dite « petite filature » est construite à proximité. En 1861, l’usine commence sa production.

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Hélas le 23 août 1874, un incendie ravage la grande filature. L’assurance ne pouvant prendre en compte la totalité des travaux, seule la petite filature est restaurée et remise en activité. Deux autres incendies : en 1913 et en 1946. Nous restent ces formidables ruines…

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L’incendie dévastateur de 1874 aurait été causé par une surchauffe dans un grenier, surchauffe due au soleil d’août qui serait passé par la grande rosace qui surplombait l’entrée (on en voit encore la base ci-dessus à droite) et aurait enflammé les ballots de coton américain entreposés.

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Dans les années 1960, le département rachète le site et prévoit sa restauration pour permettre la visite d’un des derniers témoignages des grandes filatures normandes du milieu du XIXème siècle, construites comme les châteaux de l’industrie du Nord de la France.

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Quel endroit  magique pour rêver! À découvrir sans aucun doute au fil du fil, richesse de Rouen au XIXème siècle, et au fil de la Seine…

Une longue et terrible épine

C’est une toute petite île. Regardez, à quelques encâblures de Plaka juste en face. La Crète, golfe de Mirabello le bien nommé. Une Méditerranée paradisiaque de carte postale.

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Comme une épine dans le bleu, une épine plus longue que large, d’où son nom « Spinalonga ».

Au gré de l’histoire mouvementée de la Mare nostrum, elle fut tout d’abord une place forte antique puis, face à l’ennemi ottoman, un bastion vénitien qui recueillait les chrétiens en fuite.

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En 1715, elle tomba finalement aux mains des Turcs jusqu’au début du 20ème siècle.

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Et ensuite, me direz-vous?

Le destin contemporain incroyable de ce caillou, je l’ai découvert dans L’Île des oubliés de Victoria Hislop , un best-seller qui m’entêtait un rien à le voir, en version poche, fleurir chez tous les libraires avec un bandeau rouge alléchant barrant une superbe photo grecque pur jus.

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Je l’ai acheté et j’ai commencé la lecture. Les premières pages me déçurent superbement, dialogues « dignes » d’Amour, gloire et beauté, style assez plat. Déçue, j’étais déçue, mais je me suis accrochée, je n’avais rien d’autre à lire sur le coup, mais surtout je me disais qu’il y avait dans ce livre plébiscité certainement un secret que j’allais découvrir au fil des pages.

Er ce fut le cas.

Encore aujourd’hui, cette lecture m’occupe l’esprit. Oh, ce n’est pas vraiment l’intrigue car, malgré de nombreux rebondissements, elle est relativement devinable comme toutes ces sagas familiales : une jeune fille qui part à la recherche de ses racines, mais quelles racines…

Elles poussent à Spinalonga, certes une  petite île crétoise du golfe de Mirabello mais aussi la dernière léproserie d’Europe, fermée en 1957!

Etait-il possible qu’à l’époque de ma naissance une telle horreur existe encore en Europe? Dubitative,  même si les oeuvres du Père Damien me reviennent en mémoire.

Je me suis alors demandé si ce lieu, pourtant parfaitement situé et décrit, existait vraiment et si son destin funeste était réel.

Oui, cette île que je vous ai présentée tout au début comme paradisiaque fut, de 1903 à 1957, considérée comme un mouroir immonde.

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Dans le livre, nous emboîtons le pas de ceux qui, devenus lépreux, prennent le bateau pour un voyage sans retour et qui sont terrorisés par le monde qu’ils vont découvrir, une fois passée la porte de Dante.

C’est une prison à ciel ouvert, un déchirement car ils voient les villages de la côte éclairés de vie avec leurs proches qui y vivent. Certains chercheront à s’échapper, happés par les eaux ou, arrivés au littoral, lynchés par les Crétois terrorisés par la crainte de la contagion. Mais la plupart…, je ne vous en dis pas plus, lisez!

derniere-danse.jpgville orpheline.jpegBref, le secret de Victoria Hislop n’est sans doute pas un style flamboyant (quoique, la traduction trahit parfois) mais son pouvoir de nous faire découvrir les drames contemporains de la Méditerranée.

Notamment la guerre à Chypre en 1970 avec La ville orpheline, la guerre civile espagnole avec La dernière danse... Pas encore lu mais je suis sûre qu’ils vont m’en apprendre beaucoup.

Victoria Hislop est attachante quand on la découvre, parfaite francophone dans ses interviews que vous pouvez retrouver sur Internet.

Son site en français:

https://www.victoriahislop.com/?lang=fr

Beaucoup de films accompagnés du son du bouzouki, encombrés de touristes vous permettront de découvrir ce caillou déjà filmé par Werner Herzog dans Dernières paroles et Jean-Daniel Pollet dans L’Ordre.

Mais après la lecture du roman, ces petits films touristiques m’apparaissent comme indécents même s’ils nous permettent de découvrir l’île d’aujourd’hui.

J’ai trouvé ce petit film de 1935…

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Et puis tout de même un docu d’aujourd’hui, je l’ai choisi pour son calme et surtout parce qu’il nous fait pénétrer dans l’île par la fameuse « porte de Dante », couloir qui paraissait au lépreux comme un terrible purgatoire entre le paradis des vivants qu’il quittait et l’enfer qu’il allait découvrir, comme un adieu à la vie…

Bonne lecture, bonne découverte! Certes tout est très convenu mais le cadre est humainement et historiquement bouleversant. Donc enrichissant!

Qu’il est beau, mon trentenaire !

Ce samedi s’annonçait radieux. Le piquant vent de nordet avait nettoyé les contours et ravivé les couleurs du jardin des Tuileries, le ciel était moutonneux juste ce qu’il faut pour le relief.

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Mon programme du jour : une expo au Musée d’Orsay. 

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Ce n’est pas l’Arbre des voyelles de Penone gisant comme déraciné qui entame mon enthousiame muséal, mais bien la splendeur du jour. Vais-je m’enfermer ou partir sous la lumière dorée, le nez au vent au gré de mes folles envies pédestres, libre, libre !

Je vais m’employer à ce qu’il y ait du temps pour les deux. 

C’est la fête impériale qui m’appelle tout d’abord.

Une fois dans son aura, le sémillant trentenaire qu’est le musée d’Orsay vous la joue ivresse irrésistible. Et la porte passée, cuite, vous êtes cuite. Vous vous laissez faire avec volupté… Du régal, rien que du régal!

Le lieu. Oui, le lieu d’abord.

Une ancienne gare qui fut construite pour l’expo de 1900 et resta en fonction jusque dans les années 60, abandonnée ensuite à cause de ses quais trop courts pour les convois modernes.   

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Après, les amis, elle eut chaud aux fesses!

Abandonnée et réinvestie mille fois, c’est Giscard qui la sauva de la démolition et nous évita ça… Ouf!

Ah oui, rien que pour ça, je l’aurais bien invité à dîner a casa, moi! Même s’il apparaît comme un handicapé de la culture face à ses contemporains Pompidou, Mitterrand et Chirac, il fit classer le bâtiment et lança la réhabilitation.

Première réhabilitation d’un bâtiment industriel à des fins culturelles, c’est lui! Merci, VGE!

 

 En bord de Seine, l’eau est souvent menaçante. Pas plus tard que l’hiver dernier, cote d’alerte et collections préservées. Auparavant en 1910 pendant l’inondation historique, et lors de son abandon avec déjà le rêve d’après…

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Se retrouver, encore se retrouver dans le grand hall, c’est toujours une émotion. Et il y a toujours des choses à découvrir… 

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Je m’étais donné une heure pour baguenauder (mais avec l’obligation d’aller saluer quelques tableaux dont je vous parlerai demain ou après…). Alors, j’ai décidé avant de prendre ces horribles escalators vers l’impressionnisme, de m’arrêter à l’espace Opéra. De Paris, s’entend. J’en reviens à Napoléon III.

Et là, boum, j’ai l’impression d’avoir été aveugle à chaque visite! D’abord cette extraordinaire maquette sous verre… On marche, on danse sur le quartier de l’Opéra!

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Il y a aussi Carpeaux…

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Vous allez à gauche et vous découvrez la saga de la construction de l’Opéra de Paris. Garnier avait des challengers et pas des moindres, Viollet-Leduc! Le plafond d’avant Chagall, pas si lointain dans le temps, mais si désuet…

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À droite, la maquette de l’Opéra Garnier et sa machinerie, des reconstitutions de décors…

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P1090516.JPGBeaucoup d’autres choses passionnantes à découvrir dans cette petite section qui vous mène à ces horribles escalators puis vers le paradis impressionniste. Heureusement qu’on sait où on va, car ces escaliers mécaniques sont dignes du pire Prisunic! Allez, on va prendre l’air!

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Le Salon de l’Horloge

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Et après des échappées aériennes et vibrantes entre les tableaux les plus célèbres du monde. Un p’tit coup d’air, faut bien ça devant tant de chefs-d’oeuvre! Sauf que l’extérieur est aussi enchanteur… 

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Et dans cette gare devenue musée, il y a une salle des fêtes qui vous laisse à chaque fois la tête à l’envers…

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À la recherche de Seurat et de Signac, salles fermées.  Mais balade dans les coursives et l’oeil se régale encore et toujours!   

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Oui, tempus fugit! Et à Paris, il est toujours trop court…  

Voici un superbe lien pour découvrir l’histoire d’Orsay! 

http://www.musee-orsay.fr/fr/collections/de-la-gare-au-musee-dorsay-renove.html

Train_wreck_at_Montparnasse_1895.jpgEt pour tordre le cou à une erreur fréquente sur le Net, ce n’est pas à la gare d’Orsay que le fameux train a traversé la façade… C’est à la gare Montparnasse. Jamais eu de vapeur à Orsay et l’accident date de 1895, la gare n’était pas encore construite!

 

 

 

 

Bling-bling mais pas que…

Pour la plupart d’entre nous, Napoléon III symbolise une honteuse défaite militaire et quelque part l’usurpation d’un nom et d’un titre.

C’est bien injuste.

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Car Louis Napoléon Bonaparte, dans ses petits vingt ans de pouvoir, fait de la France une puissance coloniale, industrielle et moderne. Avec des dommages sociaux collatéraux, certes oui, cher Totor. 

Démocratiquement élu Président de République en 1848, il commet en 1852 un coup d’État qui instaure le Second Empire et en fait dorénavant Napoléon III. Nourri de l’exemple anglais, il croit en la modernité industrielle, économique et financière. Il veut gommer le Congrès de Vienne et restaurer la grandeur de la France par la croissance.

Qu’on l’admire ou qu’on le déteste, il faut lui reconnaître une vraie vision politique, qui fonde la France actuelle et qui nous fait bien défaut aujourd’hui. 

 Prospérité, euphorie économique, ostentation. Ah, cette fête impériale! 

Bling-bling certes, mais pas que…

L’expo « Spectaculaire Second Empire » que j’ai visitée au Musée d’Orsay ce week-end met en lumière son faste. Elle n’aborde ni les bouleversements sociaux, ni l’industrialisation, c’est un parti-pris assumé par les organisateurs. Elle fait la part belle au décor, à la mise en scène du pouvoir impérial et à l’ascension de la bourgeoisie triomphante. Et aux artistes.

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Peintures, sculptures, photographies, dessins d’architecture, objets d’art, bijoux et un peu de musique brossent le portrait de cette époque foisonnante, brillante et riche en contradictions. Perso, je me suis laissée aller au plaisir de l’oeil, au bonheur de l’amatrice d’opéra pour laquelle ce fut une période bénie.

 

 

05._lansyer_choteau_de_pierrfonds2.jpgLes pièces présentées sont exceptionnelles; la scénographie efficace. Louis XIV, Boulle et Marie-Antoinette  sont en filigrane, mais l’art du Second Empire se veut savant : le néo-antique avec le style pompéien et le néo-gothique avec Viollet-Leduc. Notre vision de certains chateaux et des cathédrales lui doivent beaucoup. Vive Notre-Dame de Paris, le Haut-Koeninsbourg  et le château de Pierrefonds! Paris se métamorphose avec Haussmann et Garnier. 

Alors ça, moderne? me direz-vous… Oui, car l’orientalisme japonisant, le travail incroyable de ces artistes-artisans préparent, à mon sens, l’art nouveau et l’art déco du siècle suivant. En réaction, certes, mais les savoir-faire ont été préservés et stimulés.

 

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C’est une société hautement narcissique qu’on peut haïr. Mais par son goût des bains de mer, elle fera naître une nouvelle génération de peintres réalistes et plus tard impressionnistes. J’ai personnellement apprécié la scénographie présentant un Salon.  Vue dans bien des films, cette accumulation hétéroclite est étonnante pour nous!

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L’époque est à l’opéra. 22._nadar_offenbach2.jpgUn attentat raté contre l’empereur conduit à la construction de l’Opéra de Paris version Garnier. Un bien bel instrument qui fait naître un genre musical, le grand opéra à la française avec lequel même Wagner et Verdi devront  composer. 

Mais Offenbach veille au grain…  Il titille grave! Et on aime ça…

Ceci dit, je laisse l’avis aux spécialistes. Mais quel bon moment!

 

Les deux petits films que je vous propose expliquent et montrent l’essentiel de cette superbe exposition. 

  

 

 

 

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Nicolas, Nicolas…

Je ne remercierai jamais assez mon amie Marga de m’avoir emmenée il y a bien longtemps au rayon « romans policiers » de la Fnac et de m’avoir conseillé la lecture des Enquêtes de Nicolas Le Floch par Jean-François Parot.

Les romans policiers, j’avais coincé le curseur aux Maigret, mes parents s’en délectaient et m’enjoignaient de partager leur passion. Vainement. 

Ainsi donc il existait des romans policiers historiques? Certes, le genre n’avait pas encore la vitalité et la diversité d’aujourd’hui (je suis fan depuis notamment des deux soeurs Claude Izner, de Michèle Barrière, d’Adrien Goetz et de Frédéric Lenormand).  

« Achète le premier, me dit Marga, tu aimeras et tu dévoreras la suite ». La prédiction se révèle exacte encore aujourd’hui pour elle comme pour moi, une véritable passion pour les professeurs de français et d’histoire que nous fûmes!

Qu’aimons-nous tellement au fil des treize enquêtes menées par Nicolas le Floch, commissaire de police du Châtelet, département des Enquêtes extraordinaires?

La découverte par le menu de la seconde partie du XVIIIème siècle (les dernières années du règne de Louis XV et celui de Louis XVI), le temps de l’Encyclopédie et la mutation des Idées, la lente et inexorable marche vers la Révolution, un Paris moyenâgeux fascinant et pourtant puant, fangeux…

Jean-François Parot, en parfait historien érudit, y dépeint une société en pleine déliquescence, un pouvoir tétanisé par la crainte des attentats, des mouvements de foule et de l’espionnage, les luttes d’influence à Versailles, les guerres contre les Anglais, les alliances européennes, la naissance des États-Unis, quelles visions de l’Ancien Régime! Tout cela au gré d’intrigues policières passionnantes. 

communiquepresse_3156_1.jpgLe succès littéraire fut tel que la chaîne France2 décida d’en faire une série télévisée.

Les personnages prenaient alors des visages. Le choix des acteurs fut tellement adéquat que pour tout lecteur aujourd’hui, ils l’accompagnent immanquablement. On les voit en lisant !

Nicolas, Sartine, Noblecourt, Semacgus, Bourdeau et Sanson, La Borde,  la macrelle Paulet…

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93f5de82207eb7839ca81516a5948b30.jpgVoilà les personnages récurrents dont la vie et la psychologie vont évoluer pendant ces plus de 25 ans d’histoire. Il y aura aussi des femmes : Antoinette et Aimée, les favorites de Louis XV et Marie-Antoinette, Marion et Catherine…

Même si on peut par certains aspects le rapprocher de d’Artagnan et de Fanfan La Tulipe, Nicolas n’est pas un héros sans peur et sans reproche. Enfant trouvé et recueilli en Bretagne, il a la hantise de ses origines. Il refuse un titre de noblesse mais se hérisse parfois face aux attaques républicaines de son cher Bourdeau. Il aime passionnément deux femmes mais est peu fidèle à l’une comme à l’autre. Avec l’âge, le panache fera place à l’introspection, même parfois à certains épisodes de franche dépression. 

Louis XV puis Louis XVI le mettront en exergue, veilleront sur lui, la raison en sera élucidée dans la treizième enquête, la dernière parue, et nous sommes alors en 1786. La Révolution est bientôt là, comment la vivra-t-il? Y survivra-t-il? Je ne vous dis pas, les fans dont je suis sont tendus…  

L’époque et le héros sont, vous le comprenez, terriblement attachants. 

Attention aux candidats lecteurs: il faut lire les livres dans l’ordre. Chacun est très daté historiquement par l’intrigue construite autour d’un événement historique réel, mais aussi psychologiquement pour les personnages.

Il est temps de faire le point avec l’écrivain… Jean-François Parot, ancien brillant diplomate. 

J’ai tout lu au fil des parutions et je profite de ces vacances immobiles et fades pour tout relire d’un bloc.  

Certes il y a l’intrigue mais très vite pour ma part, elle devient presqu’accessoire. Ce que j’aime par-dessus tout, c’est le contexte historique : la langue, la cuisine, Paris… Ça va faire l’objet de différentes chroniques. Vous n’êtes pas sortis de l’auberge!

J’avoue que celle-ci était en gestation depuis longtemps mais la conférence-cours d’hier avec Monsieur Onkelinx sur le Platée de Rameau m’a donné l’envie de la concrétiser.

La question : la langue du 18ème siècle finissant.

Cette langue, de Beaumarchais et de Marivaux, elle est très présente dans l’oeuvre de Jean-François Parot. Il la reconstitue à merveille à petite dose, à bon escient, avec des formules imagées qui enchantent l’amoureu(se)x de la langue française. Un lexique organisé par chapitre vous attend à la fin de chaque volume si nécessaire.

Un petit extrait de L’homme au ventre de plomb (qui commence avec la représentation des Paladins de Rameau justement):

« Comment, vous ignorez que votre suicidé a un frère cadet? Je vous l’apprends donc. Le vidame de Ruissec a été de tout temps promis à la tonsure, sans que jamais son père n’ait consulté son goût ni sa vocation. Frais émoulu du collège, il essuya toute une litanie de persécutions et n’eut bientôt d’autre choix que de se jeter au séminaire pour échapper aux obsessions paternelles. Rien n’est définitif, ce n’est qu’un petit collet qui n’a reçu encore aucun ordre. Séduisant et séducteur il n’a, par ses paroles et par ses actes, jamais cessé de marquer son aversion pour l’état ecclésiastique qu’on lui veut faire embrasser. Eh! foutre, je le comprends. On le dit libertin à l’excès, il y met sans doute un peu de provocation. il aurait des inclinations vicieuses et cet étourdi sans principes aurait recours à des procédés violents et à des démarches aussi contraires à l’honneur de son nom qu’à une simple décence de l’habit qu’il porte. »

C’est très compréhensible mais avec ce qu’il faut de désuet, et parfois de sens dévoyé par rapport à notre français moderne. 

De cette langue, que nous en dit Jérôme Robart, Nicolas Le Floch à l’écran qui dut « se la mettre en bouche »?  

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Pas vraiment celle du XVIIIe, elle a le charme d’une langue musicale aux formules obsolètes. « Auriez-vous l’outrecuidance? », « Le bruit a couru qu’il se serait ensauvé du bagne de Brest », « La vérité est chose mobile et variable »… Autant de formules jubilatoires pour des dialogues épicés, dans une langue quasi morte et pourtant si vivante. a-t-on dit fort bien par ailleurs.

Une jouissance de plus pour la passionnée de linguistique que je fus pendant mes études…

Oh oui, Nicolas, on t’aime!

La cuisine du XVIIIème, ça vous dit? 

Des trucs insensés, nos cuisiniers les plus déjantés n’ont rien inventé! 

À la prochaine!

 

Rebecca

Rebecca, c’est Daphné du Maurier. 

Daphné du Maurier (1907-1989)… Cette écrivaine anglaise old-fashioned que j’avais cataloguée (sans l’avoir lue, embarassedoups…) dans le genre Barbara Cartland…

téléchargement (2).jpegJe me suis laissé séduire par sa biographie car j’aime la plume de Tatiana de Rosnay. Et puis la maison d’édition Héloïse d’Ormesson, c’est un gage de qualité!

Le personnage que j’ai découvert m’a passionnée, bouleversée ; mes insomnies chroniques en ont été charmées. Tudieu, Daphné, quelle femme et quel écrivain! 

Les précédents biographes s’étaient focalisés soit sur sa bisexualité, quelle débauchée!, soit sur sa volonté intangible de faire passer sa vocation d’écrivain avant tout, quelle épouse et quelle mère indignes ! Ce dernier argument explique l’énorme et éternelle distanciation entre l’avis des critiques littéraires contemporains (des hommes anglais misogynes) et ses lecteurs passionnés. 

Tatiana nous raconte la vie de Daphné au gré des maisons qu’elle a habitées : Cumberland Terrace à Regent’s park qui l’a vue naître, Cannon Hall où elle a grandi, Ferryside,où elle a pu laisser libre cours à son imagination pour ses premiers romans, Menabilly qui l’a totalement envoûtée et enfin Kilmarth, où elle a fini ses jours.

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Londres est détesté ; les Cornouailles, le paradis. Daphné y vit divinement en pantalon, vieux pull, bottes et parka. Elle est casanière même si elle accomplit de nombreux voyages en Italie, en Grèce, en France, terre de ses ancêtres. Ils alimentent son imaginaire.

Cadette d’une fratrie de trois sœurs, ses parents espéraient un garçon ; toute sa vie, elle conservera en elle un double, Éric Avon, qu’elle fera parler dans certains de ses romans et qu’elle fera vivre dans sa bisexualité. Un père comédien célèbre mais possessif, étouffant qui ne voit pas le tournant théâtre/cinéma et qui doit vendre son nom à un cigaretier pour conserver son standing financier ; un grand-père français caricaturiste célèbre, devenu romancier sur les conseils de Henry James. Daphné viendra étudier à Paris et restera toujours fière de ses racines françaises. Très vite, elle a envie d’écrire et de vendre ses romans, afin d’acquérir une certaine indépendance et d’échapper à son père.

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Elle tombera éperdument amoureuse d’un bel officier, Tommy Browning qu’elle surnommera plus tard Tristounet car il fut marqué dans sa jeunesse par la guerre des tranchées de 14/18 et ne se remit jamais de la perte de ses hommes pendant le débarquement et la marche forcée vers l’Allemagne pendant la seconde guerre mondiale. Ils furent anoblis par la Reine Elisabeth. Épouse modèle, elle le suivit au gré de ses casernements, en Égypte même. Ils eurent 3 enfants : Kits (le fils adoré), Flavia et Tessa (ici avec Tatiana). L’éloignement dû à la guerre, le détachement dû à la passion de l’écriture ruinèrent un temps leur couple mais reprenant la vie commune, Daphné se révéla un vrai soutien pendant des années contre la neurasthénie, l’alcoolisme et les penchants suicidaires de son mari.  

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Mais Daphné est avant toute chose écrivaine. Elle sacrifie tout à sa passion. Elle travaille tous les jours plus de dix heures devant sa machine à écrire et lorsque l’inspiration si prolixe en son temps, se trouvera tarie, ce sera une grande souffrance. Des romans, des nouvelles par dizaines. Cataloguée romancière romantique, gothique, « féminine », ultime injure! La biographie de Tatiana, elle-même écrivaine, fait la part belle à cette zone d’ombre, celle de l’étincelle de l’inspiration mais surtout celle du travail, du sang et des larmes, des doutes et du désespoir, le fil du rasoir… Pour tout amateur de littérature, c’est un pur bonheur, la cuisine d’un roman révélée !   

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article-2021986-0042CB0D000004B0-705_468x329.jpgTrois événements majeurs bouleversent à jamais la vie de la romancière:

La publication de Rebecca qui, en un mois, se vend à 40 000 exemplaires et est traduit en français chez Albin Michel. Comment se relever d’un tel succès?

Sa rencontre avec Menabilly, manoir qui a justement donné naissance à Manderley, le lieu de Rebecca. Daphné, malgré ses demandes, ne pourra en faire jamais l’acquisition, mais le transformera, l’habitera, le louera pendant plus de vingt ans et dira de celui-ci : « J’ai un peu honte de l’admettre, mais je crois que je préfère “Ména” aux gens ».

Hitchcock porte à l’écran certains de ses romans, dont les terribles Oiseaux.

Daphné vit au gré du temps des Cornouailles, une existence rude mais émerveillée par la nature et la solitude. Après Menabilly, il y aura  Kilmarth, une transhumance qu’elle aura orchestré au pire, au mieux, ne pouvant fléchir les héritiers de sa tanière chérie.

Le 19 avril 1989 âgée de 81 ans, la romancière décède. Les éloges funèbres sont unanimes et le Daily Télégraph écrit « Dame Daphné écrivit vingt-neuf livres, dont la plupart sont des romances historiques ».

Des romances historiques… Tatiana nous donne bien des clefs pour aborder les romans et nouvelles de Daphné de toute autre façon. Daphné est un auteur trouble, ambigu, noir, tragique, pas loin du masochisme.

9782226314772-j.jpgAh! Voilà qui m’a emmenée bien loin de mon jugement de départ. Je suis allée acheter la nouvelle traduction de Rebecca parue au Livre de Poche, je vais découvrir!

Car oui, Daphné ne fut jamais contente de ses traductrices. Elles ne faisaient qu’édulcorer le propos. Bienheureux soient ceux qui puissent la lire en anglais, dans toute sa noirceur, dans toute sa grandeur!

Elle ne fut jamais satisfaite des films d’Hitchcock, même Les Oiseaux (qui  me terrorisèrent  à jamais). Celui-ci prenait bien trop de libertés dans ses scénarios par rapport aux oeuvres initiales et sans jamais en faire part à Daphné qu’il snobait honteusement.

Rien de « féminin », vraiment!

De la vie!

Impression personnelle : Une vie de femme libre comme celle de notre chère Colette! Colette aimait les chats ; Daphné, les chiens

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«La nuit dernière, j’ai rêvé que je retournais à Manderley…» : la phrase qui ouvre le roman Rébecca a fait rêver des générations de lecteurs. Tout le monde connait L’Auberge de la Jamaïque, Rebecca ou Les Oiseaux d’Alfred Hitchcock, mais l’auteur des oeuvres qui l’ont inspiré, Daphné du Maurier (vendue pourtant à des millions d’exemplaires et traduite en une quarantaine de langues), est aujourd’hui tombé dans l’oubli. Pourquoi Daphné du Maurier est-elle considérée comme un auteur de romans féminins, alors que ses histoires sont souvent noires et dérangeantes ? Que sait-on vraiment de son lien étroit avec la France, de ses liaisons longtemps tenues secrètes, des correspondances ténues que son oeuvre entretient avec sa vie, et dans laquelle elle parle beaucoup de son histoire familiale ? Portrait d’un écrivain par un autre écrivain, Manderley décrit minutieusement une vie aussi mystérieuse que l’oeuvre qu’elle sous-tend – toute de suspense psychologique –, et met en lumière l’amour fou de cette femme pour son manoir de Cornouailles. Un portrait tout en nuances de la plus énigmatique des romancières britanniques, mais davantage encore : un voyage littéraire sur les traces d’un des plus grands auteurs de best-sellers de son époque, méprisé par la critique mais adulé du public.

 

Une interview passionnante de Tatiana de Rosnay (vous pouvez mettre les pages plein écran,dernier carré à droite, et agrandir les caractères avec la loupe…)

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Bouleversifiant!

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Un univers « bouleversifiant », vous annonce-t-on : promesse tenue!

C’est décalé, surréaliste, onirique et ça embarque même les plus réticents, dont j’étais.

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De Dalí vivant, j’ai comme souvenirs des images d’un histrion qui voulait faire parler de lui au prix de provocations clownesques. C’était dans les années 70, et l’artiste avait été complètement occulté par ce personnage mondain invité des émissions de télévision qui pariaient sur ses outrances pour gonfler leur audimat. 

L’expo présentée aux Guillemins (et prolongée jusqu’aux congés de Toussaint) a l’immense mérite de donner quelques clés pour s’initier à cet univers et pour y cheminer avec plaisir et intérêt. 

Le comprendre, c’est autre chose!

Avant tout, Dalí ne peut être qu’Espagnol et un Catalan admiratif de l’oeuvre de Gaudí. 

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La première clé, tout d’abord le poids de l’enfance

Dalí naît exactement 9 mois après le décès de son frère, il porte le même prénom et lorsque ses parents vont se recueillir sur la tombe de l’enfant, le petit Salvador y voit son nom, y contemple en quelque sorte sa propre mort… Elle devient une de ses obsessions. C’est dans ce contexte qu’il faut remettre les montres molles, symbole du temps qui passe avec une précision mathématique inéluctable et pourtant pas avec la même perception de la vitesse selon notre état psychique du moment.

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Ou encore sa fascination pour l’Angélus de Millet, tableau interprété par certains comme le recueillement des parents sur la tombe de l’enfant qu’ils viennent d’enterrer.

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Alors qu’il est en pleine adolescence, sa mère disparaît d’un cancer de l’utérus et son père se remarie presque dans la foulée avec la soeur de celle-ci… (ne jamais oublier que nos sommes dans l’Espagne très catholique des années 20). Voici cette fois les deux autres thèmes de cette première clé : la femme idéalisée (le mystère – les tiroirs et le visage nu – est sa vraie beauté), et une certaine vision de la sexualité (la licorne symbole phallique). 

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La deuxième clé: l’empreinte du surréalisme.

Dès 1929, son moteur sera Gala, épouse et muse dont la rencontre fut l’expérience la plus passionnante de sa vie.

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Dalí découvre la psychanalyse et Freud, ce qui évidemment va influencer son inspiration.

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Dalí a toujours eu une fascination pour les hommes de pouvoir : Napoléon, Lénine, Hitler, Franco, Mao. Ce qui lui vaudra son exclusion du cénacle surréaliste. Ami de Garcia Lorca et de Bunuel, il quittera l’Espagne lors de la guerre civile, se réfugiera en France puis aux États-Unis. Son oeuvre sera longtemps censurée mais cela ne l’empêchera pas plus tard d’accepter une décoration franquiste et de faire le portrait de la petite-fille du Caudillo…

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Il connaîtra également une crise de mysticisme, nous léguant ainsi de véritables chefs-d’oeuvre.

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La Cène devient psychédélique et nous y prenons part…

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Ne figurant pas à l’expo, ce Christ de saint Jean de la Croix m’a toujours profondément émue, moi l’athée convaincue!

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Impressionniste, cubiste, surréaliste, Dali est tout d’abord un admirateur des grands classiques comme Raphaël et Vermeer. Fabuleux dessinateur, il devient un étonnant touche à tout : peinture, sculpture, cinéma, théâtre. 

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Il y aura même cet étonnant projet de dessin animé, Destino, avec Walt Disney (concrétisé en 2003)

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 La troisième clé, ce sera le tourbillon de la célébrité, l’extravagance de celui que l’on surnomme Avida Dollars : son rapport à l’argent, aux medias et à la production de masse.

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 Un très beau parcours qui permet à tous de saisir l’essentiel de l’art de Dalí. À voir sans aucun doute!

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Ub album photos tout au-dessus à gauche vous propose d’autres images. Quelques images car Dalí  est inspirant!

Musée-jardin

En ces périodes glauques et barbares, la beauté est une échappatoire vitale, une stimulation jubilatoire et un repos, tout à la fois.

C’est ce que nous offre le nouveau musée de la Boverie.

On y vient par la navette fluviale ou par les quais rénovés et la passerelle La belle Liégeoise, déjà on respire!

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« En plein air » était le titre de la première exposition temporaire organisée par le musée rénové. On ne pouvait rêver mieux. 

Car c’est l’impression prédominante quand on le parcourt pour la première fois : son ouverture vers l’extérieur, vers la nature environnante. Dès l’arrivée, c’est une évidence : côté entrée, il est niché dans un écrin de verdure. Les pelouses sont propices au pique-nique, à la sieste, aux jeux d’enfants.

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Au fil de l’expo, la nature gagne encore du terrain dans le temps : on croyait retrouver les Impressionnistes et tout démarre avec Alexandre-François Desportes (1661-1743)

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L’itinéraire nous conduit vers la toile de l’affiche : L’ascension d’une mongolfière à Aranjuez de Antonio Carnicero Mancio ( 1748-1814), très grande avec des centaines de personnages et chacun, même esquissé, est différent de son voisin, magique!  Comme la Reine Mathilde, on est sous le charme.

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On gagne ensuite l’avancée imaginée par Rudy Ricciotti et elle s’intègre parfaitement au parcours : comme une échappée belle, une respiration entourée de feuillages et d’eau.

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Dans la boîte Chambre avec vue, la nature entre par une fenêtre, vrai tableau parmi d’autres! Le bassin, la promenade, la roseraie, la Meuse au loin…

De grands peintres, des chefs-d’oeuvre, des découvertes : voilà le lot des expositions temporaires. Et la prochaine s’annonce passionnante!

Mais la Boverie ne néglige pas pour autant les collections permanentes et elles aussi, sont sublimées par un tel écrin. 

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La lumière naturelle est partout, un vrai luxe après le bunker aveugle qu’était le BAL sur la dalle Saint-Georges en Féronstrée. Un Signac baigné de lumière, des danseuses sur fond de roseraie…

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Un petit coup de mou? Halte zen devant une fenêtre…

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 Un jeu d’ombres nous attend avant le retour vers le quai sur Meuse…

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On se retrouve à l’air libre, en vrai plein air. On quitte le musée-jardin pour l’île et son parc, la passerelle et la Meuse. Endroit magique!!

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Une visite virtuelle à 360°? C’est par ici!

 http://www.laboverie.com/actualites/la-boverie-en-photos-360deg